Les zones en permaculture
Ce blog n’a pas la prétention de réexpliquer les outils de base de la permaculture, des tas de bouquins l’ayant déjà fait avec talent. Mais les zones sont un outil important, qui offre un cadre conceptuel qui déborde bien au delà du terrain. Puisque j’ai déjà utilisé les zones dans un précédent article, que je compte les utiliser ultérieurement, et qu’il semble n’exister aucun article en français, autant poser les bases du zonage une fois pour toute.
Le zonage est un outil qui permet de concevoir son terrain (mais aussi sa cuisine, ou sa biorégion) dans le respect des principes d’efficacité énergétique de la permaculture. Le zonage est utilisé pour guider le placement des éléments d’un système, et la manière de s’en occuper.
Les zones partent d’un constat simple : la distance d’un élément par rapport à notre habitation devrait être fonction du degré de dépendance réciproque entre nous et cet élément. En clair, plus un élément demande des visites de notre part, que ce soit pour ses besoins (eau, soins, …) ou les nôtres (récolte), plus cet élément devrait se trouver à proximité.
La permaculture définit 5 zones, de la zone la plus intensive (zone 1) à la plus sauvage (zone 5). La zone 0 est le centre du système, l’habitation lorsque le système considéré est une propriété.
La définition des zones est ambivalente, l’échelle de 1 à 5 désigne à la fois intensité d’utilisation (de très intensif à sauvage), et une description géographique –superficie et éloignement– (de très proche et petit, à vaste et éloigné, cf. fig. 3). Tout l’intérêt étant que le placement fasse correspondre l’intensité d’utilisation et les spécificités géographiques. On peut caractériser les zones par leur production emblématique, comme pense-bête, mais les zones influent sur plusieurs facteurs (bâtiments, animaux), et définissent des stratégies qui leur sont propre (irrigation, taille). Le tableau 1 offre un aperçu complet. La zone 1, la plus proche de la maison contient le potager et le jardin d’herbes aromatiques. La zone 2 contient la volaille et le verger. La zone 3 contient les cultures de grand champ, les arbres à coque et les pâturages, la zone 4 contient les forêts de bois d’œuvre et le fourrage. La zone 5 est la zone laissée sauvage.
Comme il y a souvent un doute sur le fait de laisser la zone 5 complètement sauvage, ou de ne pas la gérer mais de s’en servir (cueillette), je préfère découper la zone 5 en zones 5a (pas de gestion, mais utilisation par la récolte) et 5b (pas de gestion ni d’utilisation).
Les zones sont représentées par cercles concentriques pour marquer l’importance de la distance, mais les zones peuvent être influencées par divers facteurs, en sus de la distance :
- Les chemins. Les abords des chemins fréquemment empruntés, par exemple ceux qui relient la maison au parking ou la rue, deviendront des endroits privilégiés.
- Les éléments en place. Ils définissent les chemins, donc influent sur les zones. Par exemple si le poulailler (d’intensité Z2) est loin de la maison, il se crée une zone 2 (à moins que le poulailler soit négligé) autour du poulailler et aux abords du chemin qui y mène.
- Les conditions du lieu. Les conditions peuvent influencer le placement des éléments, en dehors des principes d’efficacité énergétique du zonage. Le poulailler peut être éloigné de la maison à cause de l’odeur et de la direction des vents, ou de la localisation des voisins et du bruit. Les facteurs qui influent en général sont la topologie, la fertilité du sol, l’ensoleillement …
- La vue. Les zones que l’on voit sont par définition plus susceptibles d’être aménagées de manière intensive. Les parties visibles depuis les zones intensives (depuis les fenêtres, le potager, etc.) seront plus visitées que les zones à égale distance de la maison mais dans un endroit peu visible.
- D’autres choses. Il n’y a pas de règles et les exceptions peuvent être diverses. Par exemple permettre à la zone 5 de pénétrer jusqu’aux abords de la maison, pour offrir une vue inspirante et un couloir à la biodiversité de la zone 5.
Les zones sont utiles pour conceptualiser l’intensité d’utilisation de ce qui nous entoure. Elles peuvent servir tout un tas de choses, comme analyser l’approvisionnement en nourriture d’une ville ou d’une biorégion par exemple, ou encore l’accès au niveau des transports ou de la culture à partir de son domicile. Les zones sont à utiliser de concert avec les autres outils de la permaculture, comme les secteurs, l’analyse fonctionnelle, l’étude des patterns, …
| Structures | Plantes | Techniques de jardinage | Sources d’eau | Animaux | Utilisations humaines | |
| Zone 1 : La plus visitée; utilisation et soin intensif | Serre, pergola, terrasse, patio, stockage domestique, atelier de travail | Herbes médicinales, fleurs, arbres nains, petits buissons, pelouse | Désherbage et mulch intensifs, plantation dense, espalier | Réservoirs à eau de pluie, petites mares, eaux grises, robinet d’arrosage | Oiseaux sauvages, lapins, cochons d’inde, organismes du sol, insectes auxiliaires | Modification du climat de la maison, nourriture et fleurs quotidiennes, espace social |
| Zone 2 : Cultivée de manière semi-intensive | Serre, grange, cabane à outils, atelier, réserve de bois | Aliments de base, conserves, petits vergers,plantes anti-incendie | Mulch ponctuel, couverture végétale, taille saisonnière | Puit, mare, eaux grises, irrigation, baissières (swale) | Lapins, poissons, chauve-souris, volailles, organismes du sol, insectes auxiliaires | Production alimentaire domestique, quelques plantes commerciales, propagation des plants, habitat pour les espèces sauvages |
| Zone 3 : Ferme | Stockage de nourriture, abris | production commerciale, arbres fruitiers et à coques, fourrage, haies, semis pour greffes | Couverture végétale, taille légère, clôtures portables | Grandes mares, baissières, stockage dans le sol | Vaches, chevaux, moutons, chèvres, …, org. du sol, insectes auxiliaires | Productions commerciales, bois de chauffe ou d’oeuvre, pâtures |
| Zone 4 : Soin minimal | Distributeurs de nourriture pour animaux | Bois de chauffe et d’oeuvre, plantes indigènes | Pâturage, sylviculture | Mares, baissières | Gros animaux, org. du sol, insectes auxiliaires | Chasse, cueillette, pacage |
| Zone 5 : Sauvage, non gérée | Plantes indigènes | Lacs, ruisseaux | Animaux indigènes, org. du sol, insectes auxiliaires | Inspiration, cueillette, méditation |








Merci beaucoup! :)
Jean-Luc
28 mars 2010 à 19:46
Il manque la zone 0 : la maison.
[Et la zone -1 : l'ordi ;-)]
kristen
28 mars 2010 à 21:02
@jean-luc: merci :)
@kristen: j’ai bien évoqué la zone 0. Pour la zone -1, sans commentaire ;)
Nicollas
29 mars 2010 à 8:09
à propos de zone zero j’étais tombé sur ça:
http://permaculture.org.au/2008/11/08/what-is-‘zone-zero’/
Koldo
8 avril 2010 à 22:19
@koldo: merci
“We can teach philosophy by teaching gardening but we cannot teach gardening by teaching philosophy.”, j’aime bien ce que dit Mollison
Nicollas
9 avril 2010 à 8:12
[...] Jeavons prévoit ses cultures pour produire dans son jardin la totalité des ingrédients nécessaires à son compost. D’où la recommandation de faire pousser une grande proportion de céréales, afin de disposer de beaucoup de paille. Comme il faut toujours que je discute les conseils des professeurs, je me permettrai d’aller faire pousser mes céréales en bas du jardin, puisqu’elles demandent beaucoup moins d’attention que les légumes. Comme ça je libère de la place dans la « Zone I« . [...]
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[...] pour combler ses besoins en plusieurs niveaux : Zones et secteurs — Les concepts de zones et secteurs permettent de voir l’application d’outils de conception aux différents [...]
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16 juillet 2010 à 11:04
[...] zones pour moins s’embêter quand il pleut [...]
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17 septembre 2010 à 16:30
J’aimerais apprendre les bases de la permaculture. Quel livre recommanderais-tu pour les gens qui n’y connaissent rien du tout ?
Pour le moment je n’ai pas trouvé de site internet “permaculture pour les nuls”, en existe-t-il ? (les forums et blogs ont l’ai très utiles, mais il faut connaître au moins quelques bases)
vegebon
14 décembre 2010 à 10:38
Pas de site “la perma pour les nuls” à ma connaissance. Le bouquin que je conseillerai le plus serait “Introduction to permaculture” de Mollison, mais je ne sais pas si c’est le plus facile à trouver. Pour une approche moins globale mais plus utile au jardin, “Gaia’s Garden” de Toby Hemenway.
Nicollas
15 décembre 2010 à 12:55
Merci beaucoup ! Comme je n’ai pas de jardin ni même de terrasse, je vais commencer par la théorie. Ensuite j’essayerai de trouver Gaia’s garden, pour sa partie sur le jardinage en ville :).
vegebon
15 décembre 2010 à 14:43
très conci comme explication
bravo!
joèle
22 mars 2012 à 3:14
[...] Ils sont situés dans un coin de haie, en bas du jardin. C’est finalement beaucoup trop loin pour y mettre le compost de cuisine. En revanche, la végétation environnante [...]
A la recherche du tas de compost idéal : l'arpent nourricier
20 avril 2012 à 13:12