1+1=salade ?

Paléolithique, mais presque

Lettre ouverte aux vegans

avec 6 commentaires

Nos poules

Certains d’entre vous se lassent peut être des nombreux articles parus sur ce blog concernant le végétarisme ou le veganisme, et jusqu’à il y a peu je ne comprenais pas vraiment pourquoi je m’intéresse autant à ce sujet. Mais je tiens peut être une piste, que je vous livre ici.

Tout d’abord, un des problèmes qu’il faut affronter pour parler aux vegans, c’est la multiplicité des approches, regroupée sous une même bannière. On peut distinguer plusieurs types de vegans :

* Ceux qui le sont par éthique animal, la majorité, parmi lesquels ceux :

- contre le spécisme ou la domination de l’humain sur l’animal non-humain

- contre la souffrance faite à un animal qui souffre (présence d’un système nerveux)

- contre le meurtre d’animaux sentients, ou qui veulent vivre

Les vegans ne sont pas dûpes, et ils savent que l’on doit tuer pour vivre, ou dans une formule qui les mettra plus à l’aise, des être vivants doivent mourir pour que l’on puisse vivre, aussi on trouve des définitions intermédiaires :

- Minimiser le nombre d’animaux tués

- Minimiser la souffrance animale

* Ceux qui le sont pour d’autres raisons. Ceux-là sont assez minoritaires, car le véganisme est assez radical, et si on est concerné par l’écologie ou la faim dans le monde, le végétarisme ou le flexitarisme sont beaucoup plus facile à gérer, et éventuellement plus pertinents (les produits animaux locaux pouvant facilement remplacer certains produits transformés d’origine lointaine).

* Ajoutons à cela une définition assez restrictive, puisque basée sur les conséquences, et non les réflexions qui y ont mené, qui stipule que les vegans sont des personnes qui n’utilisent pas de produits animaux (viande, oeufs, miel, cuir, …).

Et bien évidemment, il y a des vegans qui avancent les arguments de la dernière catégorie (écologie …) pour tenter de convertir les gens, tout en sachant que même si un style de vie vegan polluait plus, ce n’est pas ça qui est vraiment important.

Je me suis donc trouvé à parler à un véritable front mouvant, chacun de mes arguments étant balayé par d’autres considérations (la dernière étant, “on ne devrait pas tuer d’animaux, point”)

Et je crois que mon problème est dans cette multiplicité des définitions.

La dernière définition est pour moi dogmatique, “tu n’utiliseras point de produits animaux”, puisqu’elle masque tout réflexion, et toute adaptation possible. Elle se rapproche des règles religieuses, peut être pertinentes suivant le contexte (pression démographique concernant le végétarisme en Inde, transmission de parasite concernant le porc au moyen orient …), mais le contexte peut changer.

Les vegans éthiques veulent donc arrêter la domination/le spécisme, ou minimiser la mort ou la souffrance. Je trouve que c’est un beau programme, parce que la domination, la mort et la souffrance ça n’appelle pas spécialement les gens.

Mon problème, c’est que si le veganisme c’est ça, je pourrais très bien me réclamer du véganisme, mais que les vegans m’en empêchent. Mon problème, c’est que les vegans ont fait un holdup sur la domination, la mort et la souffrance, et qu’ils réduisent la réflexion intellectuelle à leur solution, qui pour eux est forcément la meilleur. Mon problème, c’est aussi l’arrogance de beaucoup de vegans que j’ai pu rencontrer sur internet (heureusement quelques uns sortent du lot).

Voyons ça de plus près,

Premièrement, la domination ou le spécisme. C’est le cas le plus intéressant, et le plus dur à expliciter. Le veganisme n’est pas le seul courant à se réclamer de l’antispécisme ou du rejet de la domination, il y a un autre courant qui m’est cher, et qui est le primitivisme. Pour les primitivistes, la domination se cache dans la relation entre l’humain et la nature. Voir la nature comme un espace plat à raser pour planter sa récolte, et détruire tout ce qui (re)pousse et ne lui convient pas, c’est la base du problème. Comme dirait Daniel Quinn, on dénie la nourriture aux autres espèces, et on mène une guerre contre ce qui mange notre nourriture, ce qui entre en compétition avec notre nourriture, ou ce qui mange ou qui entre en compétition avec la nourriture de notre nourriture. Je parle ici bien sûr de l’agriculture (ager, le champ), qui a aussi apporté la domination généralisée de l’humain sur l’humain, en apportant civilisation, spécialisation du travail, hiérarchisation sociale et privatisation de la nourriture (ce n’est pas pour dire que tout était rose dans les sociétés primitives, mais elles étaient beaucoup plus égalitaires que les notres). Les primitivistes sont pour la majorité omnivores, et voient même d’un très bon œil la chasse, puisqu’il n’y a pas de domination, et manger des animaux que l’on a chassé localement reconnecte avec son milieu naturel (landbase en anglais). La domination se trouve dans un champ de céréales, qui sont des espèces annuelles nécessitant une perturbation annuelle du milieu pour prospérer (dans la nature, les céréales surgissent près des cours d’eau qui ont débordé et rasé la végétation existante, puis laissent rapidement la place à d’autres espèces). On voit qu’une même vision philosophique amène deux réponses très différentes, pour caricaturer, on a la viande d’un côté, et les céréales de l’autre.

Le cas de l’élevage (non industriel) est plus complexe que celui de la chasse (qui n’a pas d’avenir immédiat comme moyen de subsistance pour la masse d’humains que nous sommes). Tout d’abord il n’y a pas cette “rupture écologique”, comme avec l’agriculture, puisque les prairies sont un écosystème à part entière, qui a évolué avec les ruminants. De plus, même l’argument écologique suprême, la succession écologique qui tendrait invariablement à des forêts caducifoliées par chez nous, peut être remis en question. Il s’agirait en fait d’un patchwork mouvant entre forêts et prairies, manœuvré par les herbivores et les buissons épineux. Mais ça nous laisse la domination directe de l’humain sur son animal domestique : on l’emprisonne, on l’exploite puis on le tue.

Tout d’abord, je n’aime pas le terme de domination dans ce cas, par parce que ça ne m’arrangerait pas, mais parce que je ne le trouve pas juste. Dans nos rapports aux animaux domestiques, je préfère parler de co-évolution. Nous avons transformés nos animaux domestiques tout comme ils nous ont transformés (par exemple génétiquement, comme la tolérance au lactose, culturellement, comme le passage de certains amérindiens de l’agriculture à la chasse avec l’arrivée du cheval). Nous leur avons offert une formidable promotion en terme d’évolution, pas en développant leurs mamelles ou leurs portées, mais en disséminant leurs gènes partout autour du monde. On me rétorquera que ça doit leur fait une belle jambe, mais ce n’est pas si anodin que cela, quand on regarde la théorie du gêne égoïste de Richard Dawkins. Nos génomes se seraient associés pour une superbe expansion, au détriment des autres espèces.

De plus, on peut se demander qui est l’esclave de l’autre, puisque l’humain prend en charge la sécurité, la nourriture, la santé de l’animal. Des extra-terrestres pourraient se demander qui a vraiment domestiqué l’autre. La encore c’est une relation gagnant-gagnant, puisqu’il y a échange de biens et de services de part et d’autre. Attention, il ne faut pas oublier que cela peut se faire au détriment des autres espèces, comme je l’ai rapporté plus tôt, il ne faut pas oublier la dérive de notre espèce et de ses alliés, qui monopolise les ressources et qui mènent les autres espèces et elles mêmes à leur perte, mais ceci concerne tout autant les espèces végétales.

Mais on ne peut pas oublier que l’on tue l’animal à la fin (même si l’on est végétarien, l’élevage devient vite un casse tête si des animaux ne sont pas tués). Alors que ces animaux nous ont tant apportés, ajoutent les végétariens et vegans. Abus de pouvoir caractérisé, domination sans borne ? J’ai ici du mal à expliquer ma position, puisqu’elle me parait moins que les autres basée sur des éléments rationnels, mais juste sur un point de morale. Oui ça ne me pose pas de problème idéologique, et je ne vois pas plus le mal à tuer un animal domestique qu’un animal sauvage. L’animal domestique m’a apporter produits et services, mais moi aussi, contrairement à ma relation avec l’animal sauvage. Toutes les espèces adaptent les stratégies de subsistances les plus efficaces possible, en terme d’énergie dépensée par énergie obtenue. Ne pas tuer les animaux domestiques serait beaucoup plus dispendieux. (aux vegans qui pourraient me rétorquer que l’alimentation vegane est encore plus efficace, je les renvoie au dernier billet, je leur demande de venir faire pousser des céréales sur mes pentes, et je réponds que non je ne crois pas). J’ai une approche purement utilitariste de la chose ? D’une part non, car je ne cherche pas à maximiser la production (par unité de surface par exemple) et le bien être animal m’est important, et ensuite je répondrais que le luxe de ne pas être efficace sur la nourriture est apparu très récemment, et va disparaitre dans peu de temps. Les vegans ont beau se targuer d’avoir une alimentation optimale, ça ne cache pas le fait que plus d’énergie est dépensée pour produire leur nourriture que ce que cette nourriture leur fournit (c’est pareil pour omnivores) …

Deuxième point, minimiser le nombre d’animaux tués. Ici, le compte est vite fait, 0 pour les vegans, et pour les omnivores, un paquet ! Ah non, pas si vite. Même les vegans savent (enfin presque tous) que le compte va au delà de l’assiette. Combien de limaces mortes dans les champs maraichers, combien de rongeurs dans les champs de blé. “On peut pas trop savoir, et il faut bien vivre, alors concentrons-nous sur ce qu’on peut voir, l’assiette ou la garde-robe, et faisons de notre mieux, c’est à dire aucun produit animal. Le veganisme est donc la meilleure méthode pour minimiser le nombre de tués”. Cet argumentaire bien rodé peut séduire, mais moi j’y vois une prémisse. La cause animale semble être prioritaire pour les vegans, mais ici il y a quand même des impondérables. Le vegan fait d’énormes efforts (je dirais sacrifice, car le veganisme doit être socialement dur à porter) mais dans certaines catégories, en excluant certaines autres. Ils sont imbattables en consommation, mais souvent cela s’arrête là.

J’ai interpellé les végétariens et vegans d’un forum francophone, pour leur dire ce qu’ils pensaient des limaces délibérément tuées par les maraichers (même bio), ou les rongeurs des champs de blé, ou par extension les vies qui ont disparues pour faire place nette à la civilisation (agriculture) industrielle (usine, ville, asphalte). Je n’ai reçu que des silences ou des critiques. Je venais faire mon malin, à pousser les végé à bout (dans le genre “si tu es seul dans le désert et que tu as ton chien et que tu crèves la dalle…”), alors que je mangeais allègrement mes bouts de cadavre pour mon plaisir gustatif.

Mais c’était une vraie question. Pourquoi si peu de vegans sont intéressés par la production. Ils s’y intéressent indirectement, en ne consommant qu’une partie du spectre alimentaire (ils ne contribuent pas à l’élevage industriel, et je les en félicite). Il s’intéressent au conditions d’élevages industriels au travers des vidéos sur internet. Mais concernant leur alimentation, c’est à peu près le néant. Alors que j’imagine qu’un vegan serait incollable sur la production de légumes, fruits, céréales, c’est tout le contraire. Certains ne savaient pas que l’on tuait les limaces en bio, j’imagine que la plupart ne sait pas qu’on peut utiliser du fumier d’élevage industriel en bio (après un temps de compostage minimum). Pourquoi les vegans, si promptes à se réunir, à l’action, à la revendication n’ont pas encore monté d’AMAP où la production serait vegane (pas de traction animale, pas de fertilisation animale, pas d’insecticide ?, pas de fongicide ?) ?

Qui cause le plus de morts, le vegan des villes qui mange bio ou le permaculteur des champs qui autoproduit ? Je ne dis pas, comme ça put être interprété par maladresse de ma part, que je suis mieux que les vegans (ça serait malvenu car mon autoproduction est quasi-nulle pour le moment). Mon point est tout autre, puisque je veux justement dire qu’il est très difficile de comparer différents mode de vie, et que les vegans sont d’une arrogance crasse quand ils prétendent être les seuls à manger “sans cruauté” ou “sans souffrance”. Pour certains, la souffrance d’un renard qu’on abat est insupportable, d’autant plus qu’on a détruit leurs espaces naturels, et qu’ils doivent donc se rapprocher des humains. J’ai délicatement fait remarquer que c’était facile d’être empathique envers les renards quand on n’en voit plus un seul, justement parce qu’on habite peut être un ancien habitat naturel du renard, recouvert de bitume. Tout ça pour dire que la forme de véganisme pratiquée actuellement est fortement contextualisée à : (a) des consommateurs et non des producteurs, (b) des urbains plus que des ruraux, (c) habitant dans une des plus puissantes nation industrielle, (d) dans une ère d’énergie abondante et de gaspillage sans précédent.

Quels sont les choix nécessaires, et ceux que l’on peut ne pas faire, sous prétexte qu’il faut bien vivre, et que c’est pas possible pour telle raison. Oui j’ai de la viande dans mon assiette, mais j’ai décidé d’arrêter d’être informaticien pour pouvoir être au maximum autosuffisant et contrôler ma nourriture, de telle façon qu’elle ne pollue, qu’elle colle au maximum à mon éthique (dans laquelle écraser des limaces est mal vue. Quel vegan peut me dire que mon mode de vie est plus destructeur que le sien ? Pourquoi ne pas déménager à la campagne et faire son potager, pour sauver toutes ces limaces ? Oui il y a des contraintes (boulot, famille), et ça se comprend, je ne veux pas que les vegans débarquent massivement à la campagne, juste qu’ils prennent conscience que la contextualisation est importante. Et qu’ils ne jugent pas ceux qui ont choisi une autre voie, pas inférieure, pas forcément supérieur, mais différente, parallèle, vers un même but. Pourquoi je ne serais pas considéré comme un vegan, puisque je tends à réduire le nombre de morts, de souffrance, de domination ? Je ne tiens pas à l’étiquette “vegan”, mais je ne veux pas que le débat sur ces notions soit monopolisé par les vegans actuels. Si je tends à minimiser la mort et la souffrance, je peux facilement faire mieux en virant la viande de mon assiette me dira-t-on, mais non ce n’est pas si simple, mon système est imbriqué et l’élevage y joue une bonne part. ensuite je ne cherche pas à minimiser toutes les morts, juste à adapter mon alimentation à ma  morale. Et je ne trouve pas ça immoral de tuer des animaux pour les manger. Par contre je trouve ça immoral de tuer des animaux car ils ne cadrent pas avec nos priorités (je m’arrange avec ma morale pour le cas des moustiques …).

On m’a souvent dit que oui, à la limite mon système c’est bien joli, mais il faut regarder un peu la réalité en face. Les systèmes permacoles doivent se compter sur les doigts d’une main. Mais je pose la question aux vegans, ne voulez vous pas voir émerger cette forme de subsistance, qui a les mêmes aspirations, mais pas les mêmes chemins ? Si oui, il faudrait commencer à s’ouvrir à certaines alternatives où l’élevage est présent, sinon …

Troisième point, la souffrance. Je ne vais pas m’étendre la dessus, un élevage domestique ou à petite échelle peut très bien être sans souffrance ou presque. Nos poules ont une vie de rêve, elles pourraient très bien s’échapper par n’importe quel côté du terrain, mais festoient sur le compost, et gratte à droite à gauche. Elles sont nourries et logées, je leur ramasse des figues pourries. Le moment de la mort venue, ce sera très rapide et sans douleur. Un grand coup sur la tête, le noir, puis plus rien.

Tout ce pavé pour dire quoi ? C’est un appel aux vegans, pour qu’ils reconnaissent que d’autres formes, incluant l’élevage et la mort d’animaux peuvent se réclamer des mêmes aspirations que le veganisme, que le veganisme peut être une bonne réponse dans certains contextes mais pas le meilleur dans d’autres, et ne pas se leurrer sur leur propre impuissance tant qu’ils ne maitriserons pas directement ou indirectement la production de ce qu’ils consomment.

Rédigé par Nicollas

5 octobre 2011 à 9:06

Publié dans Coup de gueule, Reflexions

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6 réponses

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  1. Le contexte me semble effectivement des plus importants, j’ai de la peine à imaginer un végétalisme “naturel” ailleurs que dans les zones tropicales, et encore, les larves d’insecte ont toujours du faire partie du menu. Et plus on s’éloigne de cette zone, plus le recours à la viande devient indispensable.

    Le végétalisme actuel dans l’hémisphère nord est possible grâce aux avions, camions frigorifiques, engrais de synthèse et engins motorisés, éléments qui sont difficilement compatible avec le côté “humains du futur durable”.

    J’ai un ami permaculteur vegan qui produit beaucoup de légumes, mais il mange aussi des graines qui viennent de l’autre côté du monde et utilise beaucoup sa voiture. Lorsque je lui parle d’énergie, il me dit que c’est pas un soucis, nous libèrerons bientôt “l’énergie libre”. Bref…

    Dans mon jardin, les escargots prélèvent un lourd tribu, si je les laisse il y en a chaque année un peu plus. Je pourrais les lancer plus loin (ils reviennent rapidement), je pourrais les écraser ou les empoisonner, mais aucune de ces solutions ne me satisfait, je laisse donc faire les quelques prédateurs naturels (carabes, geais, hérissons) et surtout le super-prédateur du coin: MOI, dans le respect de l’éthique et de la communauté des escargots de mon jardin. D’ailleurs, après quelques millions d’année de co-évolution, il est tout à fait possible que les escargots se mettent un jour à secréter du beurre à l’ail ;)

    imago

    5 octobre 2011 à 10:27

  2. J’approuve sans réserve le contenu de ton article.
    Je trouve effectivement totalement hypocrites ceux qui disent que leur but est de limiter l’exploitation animale, donc qu’ils se fichent totalement d’économiser l’énergie, puisque les oiseaux tués sur les éoliennes ne sont pas exploités. Honnêtement, dire ça et se vanter de limiter la souffrance animale, c’est du foutage de gueule y a pas d’autre mot.
    Personnellement mon but est d’avoir un impact minimal, y compris en terme de souffrance animale, donc pour cet aspect je suis plus favorable aux permaculteurs qu’aux végans urbains qui mangent énormément d’aliments transformés et produits par une agriculture industrielle + achètent des vêtement en faux cuir fabriqué par des personnes exploitées. Bien sûr, je suis loin d’être parfaite, il m’arrive d’acheter ce type de produits, mais j’essaye de limiter ça au maximum.
    Mais en tout cas, le courant intellectuel qui se rapproche le plus de ma vision du monde est le véganisme (ou le jaïnisme, mais c’est une religion et je ne crois pas en Dieu). Donc en attendant mieux, c’est l’étiquette que je préfère qu’on me colle. En sachant parfaitement que je ne suis pas une végane parfaite, puisque je mange parfois des traces de produits animaux, que je n’ai pas jeté mes pulls en laine et que si je devais choisir je préfèrerais être permacultrice que végane-non bio à forte consommation énergétique et exploitation humaine.
    Si quelqu’un veut fonder une AMAP végane ou tout autre expérimentation visant à réduire réellement la souffrance animale/humaine (c’est à dire sans se limiter à l’exploitation animale), alors j’en suis !!! Le mieux que j’ai pu faire pour le moment est de créer un évènement ouvert et dédié à une alimentation plus éthique et écologique… Ca ne changera pas le monde, mais c’est déjà un grain de sable, et je suis prête à participer à tout autre projet :).

    vegebon

    7 octobre 2011 à 18:00

  3. Pour ma part, ce qui me frappe le plus avec les végans que j’ai rencontré c’est qu’ils sont à mes yeux frappés d’une contradiction majeure, qui est pour moi comme le nez au milieu de la figure et que eux ne semblent même pas voir ou comprendre…

    Ils affirment prendre la défense des animaux contre l’homme, mais il ne le font pas au nom des animaux. En réalité, ils le font… au nom de l’homme (de leur vision de l’homme). L’argumentaire n’est nullement “naturel”, contrairement à toi, qui essaie de prendre en compte le fait que l’homme fasse partie de la nature (même s’il l’oublie trop souvent). L’argument central est uniquement culturel, puisque d’ordre moral.

    J’ai été frappé de ça le jour où j’ai senti une profonde gêne de la part d’une collègue végan avec laquelle je discutais: je finis par lui demander si elle voulait aussi que je cesse de nourrir mon chat avec de la viande et si je devais l’empêcher de chasser les oiseaux et les souris, au risque quasi certain de le tuer? Devant sa gêne et sa difficulté à me répondre, j’ai enfoncé le clou: faire cesser aussi le carnage auquel se livrent les lions dans la savane et les ours sur la banquise?

    Je crois que ce qu’elle ressentait, sans vouloir l’exprimer, parce que ça conduisait à une position raisonnablement intenable et même un peu ridicule, c’est que ce qui comptait le plus pour elle, c’est que le mode de vie du lion comme celui de l’ours la dégoutent. Elle ne préfère pas y penser. Dans un monde idéal, les ours et les lions eux-aussi seraient gentils, mais dans notre monde d’aujourd’hui ils ne sont pas capables de se contrôler et devenir des animaux “comme il faut”, alors on fait avec, avec regret.

    L’homme en revanche, lui, peut se contrôler, alors il doit le faire. Et l’homme doit même essayer d’aller un peu plus loin, si possible. Je vois ainsi dans des forums des végans se glorifier auprès de leur communauté pour avoir réussi à modifier le régime alimentaire de leur chien, pour le faire devenir quasi-végan! Peu importe que ce comportement appris à l’animal ne soit nullement naturel, et que retourné à la nature le chien se remette évidemment à chasser aussitôt: l’important est que l’homme ait tenté de “faire ce qu’il fallait”.

    L’enjeu n’est pas de libérer les animaux (dans le cas du chien végétarien, il s’agit même d’un dressage!), c’est juste une question de bonne conscience de l’homme avec lui même (végan), et nullement de bonne conscience de l’homme vis à vis de la nature (permaculture).

    La contradiction, c’est que cette conception végan, c’est exactement… du spécisme! C’est attribuer à l’homme un rôle tout à fait spécifique dans la nature, et même au-dessus de la nature, sur laquelle il doit porter un regard bienveillant. Mais ce regard bienveillant, en réalité, c’est un regard “vu du dessus”! C’est une attitude paternaliste vis à vis de la nature, qui place des valeurs humaines (la morale) au-dessus de la nature elle-même. C’est le refus de voir que la nature même de la nature, c’est d’être vouée à la violence et à la compétition pour la survie. Respecter la nature, ça consiste à laisser les ours et les lions se livrer à leurs sanglants carnages. Et si on est gêné, on n’est pas obligé de regarder. ;-)

    narvic (@narvic)

    10 octobre 2011 à 8:44

  4. Je suis d’accord pour le côté spéciste de certains végans, bien dommage. Les animaux sauvages font ce qu’ils veulent, on n’a pas à interférer ! Pour ce qui est de l’alimentation de nos chiens et chats domestiques, ils ont bien souvent des croquettes, qui ne ressemblent en rien à leur nourriture naturelle et causent souvent des problèmes (par exemple une insuffisance rénale chez les chats).
    Dans ce cas, je ne vois pas ce qu’il y a de contre-nature à choisir des croquettes véganes, pas plus artificielles que les croquettes “à la viande”. Un employé d’une fabrique de nourriture pour chien me disait qu’il avait essayé de faire des aliments à base d’arôme de viande et à l’alginate, qui seraient sans doute actuellement commercialisés si les chiens testeurs avaient accepté d’en consommer.
    C’est comme les aliments issus de la plupart des élevages et productions agricoles : bourrés de vitamines artificielles et de facteurs de croissance, que nous consommons indirectement. Alors je n’ai aucun scrupule à les consommer directement sous forme de compléments alimentaires (la production mondiale de vitamine B12 actuelle est bien supérieure à ce qu’il faudrait pour supplémenter tous les végétaliens, normal elle est ajoutée en masse aux rations des animaux d’élevage).

    PS : Dites-moi si je prends trop la parole et promis j’arêterai ^^.

    vegebon

    10 octobre 2011 à 18:08

  5. @imago:

    Le végétalisme dans les zones non tropicales, j’y crois peut être avec un réel design en permaculture, mais je ne sais pas s’il existe (et s’il est faisable, c’est juste une intuition – mais dans tous les cas ce serait juste à échelle domestique). Le végétalisme souffre de plusieurs défauts mineurs (vit D en hiver, omega 3 longues chaines, vitamine A …), mais rien qui empêchent de survivre.

    Pour “ton” vegan, c’est marrant comme combinaison, mais je ne sais pas si c’est courant (même si beaucoup de vegans nagent dans l’industrialisation, je ne crois pas qu’il soient conscients de ça).

    Pour “tes” escargots, je suis dans le regret de te dire que je ne vois pas comment tu pourrais faire une telle sélection, sauf à pouvoir tracer les géniteurs des escargots dans ton assiette ;)

    @vegebon:

    Au contraire n’hésites pas à t’exprimer, c’est si rare que je prenne plaisir à parler avec un vegan …

    je suis plus favorable aux permaculteurs qu’aux végans urbains qui mangent énormément d’aliments transformés et produits par une agriculture industrielle + achètent des vêtement en faux cuir fabriqué par des personnes exploitées.
    J’ai l’impression que ça concerne la majorité des vegans, je suis curieux d’entendre ta vision sachant que tu es au coeur du sujet ?

    Ton message confirme un de mes points, car je trouve choquant qu’avec ta démarche et choix de “courant intellectuel”, tu en arrives à te mettre un peu à l’écart à cause de “traces de produits animaux”. Tu es aussi victime de la main-mise d’une groupuscule sur le veganisme. Celui dont le salut passe par regarder scrupuleusement les étiquettes dans les magasins. Ta démarche, que je respecte, est beaucoup plus profonde et réfléchie que cela.

    @narvic:

    Peu de vegans semblent se soucier de ce qui se passerait si on poussait la logique jusqu’au bout (société vegan par exemple). Une société vegan devrait gérer des problèmes qui ne se posent pas maintenant, car c’est un mouvement marginal (un peu comme un parti politique qui n’a pas à se soucier de comment gérer un pays car il n’est jamais élu). Que faire contre les ravageurs de culture, comment gérer la fertilité sans les élevages industriels (et tout court) ?

    Nicollas

    11 octobre 2011 à 16:14

  6. Difficile de ne pas tomber dans la polémique avec ce débat… En tout cas il y a des choses très intéressantes à lire ici!

    Même si le débat me semble clos sur le site (que je viens de découvrir et qui a l’air génial) , je laisse une trace écrite, parce que je débat beaucoup la dessus avec mes collègues, et j’espère pourvoir participer à faire avancer le Schmilblick.

    Personnellement je suis végétarien si on peut le dire a “tendance végétalien”, puisque je consomme un peu de fromage mais utilise beaucoup d’alternative aux “sous-produits” animaux. Bref je ne vais pas faire un CV de mon alimentation.

    J’essaie un maximum de ne pas porter de cuir, de laine, enfin vous connaissez le topos, donc on pourrait dire que je suis dans le chemin du veganisme. Cependant je ne souhaite pas être étiqueté ni parvenir a ce but qui me paraît juste impossible et inutile.

    A côté de ça je suis actuellement une formation en maraîchage bio et m’intéresse en parallèle a la permaculture. Je suis beaucoup confronter à parler de viande chaque jour étant entourer d’éleveurs bovin, d’un futur gaveur de canard pour le foie gras, autrement dit de personne qui n’ont pas spécialement de considération pour les animaux à part pour le plaisir de leur palai et de leur salaire. Mais apparemment ils prennent en compte le bien-être animal… jusqu’à abattage…

    Et parfois c’est dure de communiquer…

    Mais il y aussi de futures éleveusES dans l’equin, le caprin, qui quant à elles ont de la considération dans leur projet, et sont dans une démarche de “travailler” avec les animaux et dans certains cas d’autonomie.

    Donc peut être que certains et certaines vegan(e)s devraient mettre les pieds dans une ferme (je parle surtout pour le fromage, le maraîchage, l’apiculture) et observer ce mode de vie qui peut-être très enrichissant, surtout dans le cas de la permaculture et de la biodynamie, contrairement a une existence urbaine axée sur la négativité et la masturbation intellectuelle au sein d’une communauté.
    Ce que je viens d’écrire va probablement énerver beaucoup de personnes, mais j’assume. Je me suis aussi énervé un paquet de fois, et dure de se contrôler par moment.

    On peut produire des fromages de chèvres ou d’autre animaux (a petite échelle) tout en les aimants, et “travailler” dans une logique d’équipe, et non de domination, pour la viande je ne sais pas, j’ai du mal avec cette idée, mais bref chacun son évolution personnelle. (Cf. Sepp Holzer et sa ferme en permaculture en Autriche).

    Bref je pense qu’il y a une part d’ignorance la dedans, et aussi beaucoup de bourrage de crâne collectif au sein de certaine communauté que ce soit chez les omnivores ou chez les vegans. Les éleveurs bovins sont eux aussi particulièrement têtues quand ont leur affirme qu’on peut vivre sans manger de viande.

    Par contre les expérimentations sur animaux restent intolérables à mes yeux, je ne cautionne pas l’industrie de la viande et la chasse green-washing qui se réclame d’utilité écologique. J’essaie juste de ne pas tomber dans l’extrémisme.

    Je voulais aussi faire une parenthèse sur le miel, parce que dans le végétalisme on exclu le miel (sans blague!), et je trouve ça fort dommage, par ce que l’on peut tout a fait faire équipe avec les abeilles sans pour autant leur ”voler” tout leur miel, il y a juste une façon de le faire et un respect à appliquer en ne prenant pas toute leur réserves.

    Ce qu’il y a de sûr c’est que le mode de vie parfait n’a pas encore été élu, qu’il est très difficile de ne pas être en contradiction et qu’il est encore plus difficile de communiquer, d’échanger des idées sans se faire critiquer durement.

    et plutôt que critiquer, je pense qu’on devrait créer ! et assumer sa nourriture un maximum sans avoir a importer, ou a utiliser des produits emballés sous plastique. évidement, mon discours reste surement incomplet.

    Merci a ceux et celles qui lirons peut-être jusqu’au bout ce pavé indigeste. C’est un plaisir de pouvoir s’exprimer sur le sujet

    Py

    8 décembre 2011 à 17:19


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