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Puisque le travail est une si belle chose …
… qu’il faille le célébrer en l’interrompant. Petit extrait du livre que je viens d’ouvrir, et qui résonne en ce premier mai, et une pensée pour les anarchistes qui sont malheureusement à l’origine de cette fête.
L’amusement disparut lorsque les relations se précisèrent. Les envahisseurs avaient besoin de main-d’oeuvre sur les territoires qu’ils s’étaient attribués, et si les Indiens étaient prêts à céder une partie de leur terres d’assez bonne grâce, ils refusaient fermement de travailler. Les moines de l’ordre de Saint-Jérôme s’indignèrent : «Ils fuient les Espagnols, refusent de travailler sans rémunération, mais poussent la perversité jusqu’à faire don de leurs biens. Ils n’acceptent pas de rejeter leurs camarades à qui les Espagnols coupent leurs oreilles. [...] Il vaut mieux pour les Indiens devenir des hommes esclaves que de rester des animaux libres.»
— Préface de Terre Sacrée, de Serge Bramly
Être vraiment radical
Être vraiment radical, c’est rendre l’espoir possible, plutôt que le désespoir convaincant.
— Raymond Williams
L’agriculture moderne c’est …
L’agriculture moderne, c’est l’utilisation du sol pour transformer du pétrole en nourriture.
— Albert Bartlett (1978)
Comment les arbres nous ont façonnés
Nous avons emprunté aux arbres leur verticalité ; c’est grâce à eux que nous sommes debout ; comment grimper a un arbre sans, d’abord, adopter pour notre corps une position verticale ? Notre verticalité est celle des arbres. La brachiation est, ou a été, pratiquée par tous les Homminidés. Outre quelle prédispose à la posture verticale et a la bipèdie au sol, elle se
traduit par une série d’adaptations anatomiques que nous avons conservées : membres antérieurs longs, articulation de l’épaule orientée vers le haut, omoplates dans le dos, cage thoracique large et peu profonde, pouce opposable, doigts effilés portant des ongles au lieu de griffes et dont la pulpe distale est d’une grande sensibilite.La vie dans la canopee a laissé notre organisation physique porteuse de caractères que nous jugeons avantageux: des yeux rapprochés “en facade”, donnant la perception du relief, un cerveau volumineux permettant le traitement rapide et sûr des informations nécessaires au deplacement en trois dimensions tout en restant suffisamment concentrés mentalement pour pallier les risques de chute.
Le rapprochement anatomique de nos yeux s’est fait au détriment de notre région nasale, d’où notre odorat peu développé ; mais il a eu le mérite de nous donner un véritable visage. La vie en société, instaurée initialement pour des raisons de sécurité, a été favorisée à la fois par le developpement de l’intelligence et par l’établissement de relations interpersonnelles rendues possibles par la reconnaissance des visages de ceux qui nous entourent. On sait l’importance du visage dans les mécanismes de la vie sociale.
La vision du relief a fait de nous, potentiellement, des chasseurs habiles à voir les mouvements. La prédation sur du gibier mobile, s’ajoutant à la consommation des ressources alimentaires fournies par les arbres, a fait de nous des omnivores, alignant des dents aux diverses fonctions, incisives, canines et molaires.
[...]
L’habitat canopéen a favorisé la vie diurne ; du coup, nous avons perdu le tapis refléchissant (tapetum lucidurn) que les autres mammifères, majoritairement nocturnes, possèdent au fond de leur rétine : dans la nuit, le faisceau d’une torche dirigé vers un être humain ne lui fait pas briller les yeux. En revanche, la vie diurne a favorisé les déplacements rapides dans le domaine vital, la vie en groupe et les interactions sociales complexes qui rendent possible l’instauration de la culture. Revenons au passage de l’horizontalité a la verticalité. II a nécessairement eu des conséquences sur la position des organes internes, du fait de la gravité, un facteur physique d’une telle permanence qu’il parait banal et que l’on tend à en perdre de vue les effets sur les êtres vivants. Ces modifications “gravitales” ont eté recensées ; les deux plus importantes seraient la descente du larynx et le basculement du bassin. La descente du larynx, en entrainant l’expansion du pharynx, a permis remission de sons articulés, dont nous avons besoin : ainsi est né notre langage. Le basculement du bassin a eu des conséquences plus importantes encore : supportant dorénavant le poids de la tête et de toute la partie antérieure du corps, le bassin est devenu a la fois plus court et plus large. De ce fait, l’accouchement est beaucoup plus difficile chez les bipèdes verticaux que chez les quadrupèdes horizontaux car il a lieu au travers d’une symphyse pelvienne osseuse dont les dimensions sont inextensibles : il s’agit d’une d’une sorte de “naissance avant terme”, d’accouchement prématuré, d’où l’immaturité du cerveau à la naissance. Incapable de s’alimenter seul, le petit Homme aura besoin, pour survivre, du secours d’une mère, et il va passer ses premières années à exercer une fonction dans laquelle il excelle : apprendre. L’immaturité du cerveau à la naissance n’est done nullement un handicap, bien au contraire, puisque c’est là que se situe le propre de l’Homme, “son exceptionnelle capacité à apprendre”.
Au bilan, ne devons-nous pas reconnaitre que les arbres ont joué un rôle essentiel dans la mise en place de nos caracteristiques humaines, la verticalité qui libère les mains, la possession d’un visage et la vie en société, l’adoption d’un langage et une capacité d’apprentissage bien supérieure à celle des autres animaux ?
N’est-ce pas par la conjonction de ces caractéristiques qu’en deux cent mille ans, nous sommes passés de la pierre taillée a l’Internet et des cavernes aux voyages interplanétaires ? Ne devrions-nous pas, plutot que de renier les arbres, suivre l’exemple qu’ils nous offrent ? Silencieux et dignes, extraordinairement anciens et pourtant pleins d’avenir, beaux et utiles, autonomes et non violents, les arbres ne sont-ils pas les modèles dont nous avons besoin ?
— Francis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre, p. 163
Agriculture durable
Réflexion-jeu-de-mots qui m’était venue lors de l’AG de l’AMAP dans laquelle ma Zelda fait du WOOFing :
Une agriculture durable, c’est permettre au paysan de vivre du travail de la terre, et à la terre de vivre du travail du paysan.
Y en n’a pas bon travailler la terre
Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.
Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès.
Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable ou tout semble être écrit d’avance.
Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.— Nicolas Sarkozy, allocution prononcée à Dakar le 26 juillet 2007.
Relocalisation de l’économie
On continue à parler de relocalisation de l’économie, comme si le fin du fin était d’avoir des échanges économiques de proximité et pas justement d’arrêter d’échanger quand on se trouve vivre à proximité les uns des autres.
— Deun (à propos des SEL et des AMAP).
Éloge de l’arbre
Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur. Arrivé à l’endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandai si la terre lui appartenait. Il me répondit que non. Savait-il à qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c’était une terre communale, ou peut-être, était-elle la propriété de gens qui ne s’en souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi cent glands avec un soin extrême.
[...]
Le pays n’avait pas changé. Toutefois, au-delà du village mort, j’aperçus dans le lointain une sorte de brouillard gris qui recouvrait les hauteurs comme un tapis. Depuis la veille, je m’étais remis à penser à ce berger planteur d’arbres. « Dix mille chênes, me disais-je, occupent vraiment un très large espace. » [...] Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l’âme de cet homme – sans moyens techniques –, on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d’autres domaines que la destruction. [...] La création avait l’air, d’ailleurs, de s’opérer en chaînes. Il ne s’en souciait pas ; il poursuivait obstinément sa tâche, très simple. Mais en redescendant par le village, je vis couler de l’eau dans des ruisseaux qui, de mémoire d’homme, avaient toujours été à sec. C’était la plus formidable opération de réaction qu’il m’ait été donné de voir. Ces ruisseaux secs avaient jadis porté de l’eau, dans des temps très anciens. Le vent aussi dispersait certaines graines. [...] En même temps que l’eau réapparut réapparaissaient les saules, les osiers, les prés, les jardins, les fleurs et une certaine raison de vivre. [...] Quand je réfléchis qu’un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Chanaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu’il a fallu de constance dans la grandeur d’âme et d’acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d’un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette œuvre digne de Dieu.
— Jean Giono, l’homme qui plantait des arbres.
L’arbre tient un rôle important dans la permaculture, grâce à ses nombreux apports : pourvoyeur de nourriture et d’ombre, brise vents, purificateur d’eau, créateur de micro-climats, générateur de mulch lorsque ses feuilles tombent ou par broyat de tiges (BRF), décompacteur de sol grâce à ses racine, absorbeur de CO2, abris pour divers organismes, pourvoyeur de matériel de chauffage ou de construction, amortisseur de pluie, champion contre l’érosion …
En ce moment même, les planteurs volontaires, à l’instar du paysan de la nouvelle de Giono, plantent des arbres pour contrer la folie humaine (ici, la construction d’une autoroute qui passe en plein milieu d’une zone protégée).

Fukuoka dans le texte
«Je n’aime pas particulièrement le mot travail. Les êtres humains sont les seuls animaux qui ont à travailler, je pense que c’est la chose la plus ridicule du monde. Les autres animaux gagnent leur vie en la vivant, mais les gens travaillent comme des fous, pensant qu’ils doivent le faire pour rester en vie. [...] Il serait bon d’abandonner cette manière de penser et de mener une vie facile et confortable avec beaucoup de temps libre. [...] Une vie d’une telle simplicité serait possible aux humains si l’on travaillait pour produire directement le nécessaire quotidien. Dans une telle vie, travailler n’est pas travailler au sens habituel du mot, mais simplement faire ce qui doit être fait»
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— Masanobu Fukuoka, La révolution d’un seul brin de paille.
Croire
Croire en quelque chose et ne pas le vivre, c’est malhonnête.
— Gandhi
