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Paléolithique, mais presque

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Ishmael, extrait sur l’agriculture

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Extrait d’Ishmael, de Daniel Quinn.

Ishmael est le premier roman d’une suite comprenant “Story of B”, “My Ishmael” et “Beyond Civilization”. Ishmael relate un dialogue socratique entre un gorille et son élève humain. Quinn y oppose la culture des Preneurs (Takers) à celle des Laisseurs (Leavers). La première représente la culture de l’immense majorité des Hommes, ceux issus des peuples agriculteurs. La seconde représente celle des chasseurs-cueilleurs, que ce soit nos ancêtres préhistoriques ou les rares peuples chasseurs-cueilleurs encore vivants. L’extrait prend place après qu’Ishmael ait demandé à son élève de lui donner la loi ou l’ensemble de lois qui président la communauté de la vie depuis son origine.

“Bon. Comme je vois les choses, il y a quatre choses que les Preneurs font et qui ne sont jamais faites par le reste de la communauté, et ces choses sont fondamentales à leur système de civilisation. Premièrement, ils exterminent leurs concurrents, ce qui n’ai jamais arrivé dans la nature. Dans la nature, les animaux défendent leur territoire et leur butin, envahissent le territoire de leurs concurrents et préemptent leurs proies. Certaines espèces comptent même des concurrents parmi leurs proies, mais ils ne chassent jamais leurs rivaux juste pour les tuer, comme le font les éleveurs et les cultivateurs avec les coyotes, les renards et les corbeaux. Ce qu’ils chassent, ils le mangent.”

Ishmael acquiesça. “Notons cependant qu’il y a des animaux qui tuent aussi pour se protéger, ou même s’ils se sentent seulement menacés. Par exemple des babouins peuvent attaquer un léopard qui ne les a pas attaqués. Ce qu’il faut voir, c’est que bien que les babouins vont aller rechercher de la nourriture, ils n’iront jamais chercher un léopard.”

“Je ne suis pas sûr de voir ce que vous voulez dire.”

“Je dis qu’en absence de nourriture, les babouins s’organisent entre eux pour trouver un repas, mais en l’absence de léopard, ils ne vont jamais s’organiser pour trouver un léopard. Autrement dit, c’est comme vous avez dit : quand les animaux vont chasser —même les animaux extrêmement agressifs comme les babouins— c’est pour obtenir de la nourriture, pas pour exterminer des concurrents ou même des animaux qui les chassent.”

“D’accord, je vois ce que vous voulez dire maintenant”

“Et comment pouvez vous savoir que cette loi est invariablement observée ? Je veux dire, mis à part le fait que l’on n’a jamais vu des rivaux s’exterminer les uns les autres, dans ce que vous appelez la nature.”

“Si elle n’était pas scrupuleusement respectée, alors comme vous avez dit, les choses ne seraient pas ce qu’elles sont. Si les concurrents se chassaient les uns les autres juste pour se tuer, alors il n’y aurait plus de rivaux. Il y aurait seulement une espèce à chaque niveau de compétition : la plus forte.”

“Continuez”

“Ensuite, les Preneurs détruisent systématiquement la nourriture de leurs concurrents pour faire place à la leur. Rien de tel ne se passe dans la communauté sauvage. La règle est : prenez ce dont vous avez besoin, et laissez le reste tranquille”.

Ishmael acquiesça.

“Ensuite, les Preneurs refusent l’accès à la nourriture à leurs concurrents. Dans la nature, la règle est : vous pouvez protéger l’accès à ce que vous mangez, mais vous ne devez pas interdire l’accès à la nourriture en général. Autrement dit, vous pouvez dire “cette gazelle est la mienne”, mais vous ne pouvez pas dire “toutes les gazelles sont à moi”. Le lion défend ses prises comme siennes, mais pas le troupeau entier.

“C’est exact. Mais supposez que vous avez produit votre propre troupeau, de zéro, pour ainsi dire. Est-ce que vous pourriez prétendre que le troupeau vous appartient ?”

“Je ne sais pas. Je suppose, tant que votre politique n’est pas de dire que tous les troupeaux du monde sont les votre.”

“Et à propos d’interdire l’accès de ce que vous cultivez à vos concurrents ?”

“Notre politique est : chaque mètre carré de cette planète nous appartient, donc si nous cultivons tout cet espace, alors par malchance tous nos concurrents devront s’éteindre. Notre politique est d’interdire l’accès de toute la nourriture du monde à nos concurrents, et c’est quelque chose qu’aucune autre espèce ne fait.”

“Les abeilles vous interdiront l’accès à ce qu’il y a à l’intérieur de leur ruche dans le pommier, mais ne vous interdiront pas l’accès aux pommes.”

“C’est juste.”

“Bien. Vous avez dit qu’il y avait une quatrième loi que les Preneurs mettent en oeuvre et qui ne se retrouve pas à l’état naturel”

“Oui. À l’état sauvage, le lion tue une gazelle et la mange. Il ne tue pas une deuxième gazelle pour la mettre de côté pour le lendemain. Les biches mangent l’herbe qui est là. Elles ne coupent pas l’herbe pour la mettre de côté pour l’hiver. Mais les Preneurs font ces choses.”

“Vous semblez moins sûr sur ce point.”

“Oui, j’en suis moins sûr. Il y a des espèces qui stockent de la nourriture, mais la plupart ne le font pas”.

“Dans ce cas, vous avez raté l’essentiel. Chaque créature stocke de la nourriture. la plupart la stocke simplement dans leur corps, comme le font le lion et la biche. Pour d’autres, ça ne va pas avec leurs adaptations, et elles doivent la stockée de manière externe.”

“D’accord, je vois”.

“Il n’y a pas d’interdiction au stockage de nourriture tel quel. Ça ne se pourrait pas, car c’est ce qui fait fonctionner tout le système : les plantes vertes stockent la nourriture pour les herbivores, les herbivores stockent la nourriture pour les carnivores, et ainsi de suite.”

“C’est vrai, je n’y avais pas pensé de cette façon.”

“N’y a t-il rien d’autre que les Preneurs font et qui n’a jamais été fait dans le reste de la communauté vivante ?”

“Rien que je puisse voir. Rien qui semble pertinent pour faire fonctionner une communauté.”

“Cette loi que vous avez admirablement bien décrite définit les limites de la compétition dans la communauté vivante. Vous pouvez concurrencer avec toutes vos possibilités, mais vous ne pouvez pas chasser vos rivaux ou détruire leur nourriture ou leur en interdire l’accès. En d’autres termes, vous pouvez concurrencer, mais pas faire la guerre.”

“Oui. Comme vous avez dit, c’est la loi garante de la paix.”

“Et qu’elle est l’effet de cette loi ? Qu’est ce qu’elle promeut ?”

“L’ordre”

“Oui, mais je suis sur quelque chose d’autre maintenant. Qu’est ce qui se passerait si cette loi avait été abrogée il y a dix millions d’années ? Comment serait la communauté ?”

“Encore une fois, je dirais qu’il n’y aurait plus qu’une forme de vie à chaque étage de concurrence. Si tous les concurrents pour l’herbe se faisaient la guerre depuis dix millions d’années, je pense qu’un gagnant aurait émergé depuis. Ou peut être qu’il y aurait eu un vainqueur insecte, un vainqueur aviaire, un vainqueur reptile etc. Cela se reproduirait à chaque étage.”

“Alors qu’est ce que la loi promeut ? Qu’elle est la différence entre cette communauté et la communauté actuelle ?”

“La diversité.”

“Bien entendu. Et quel est l’avantage de la diversité ?”

“Je ne sais pas. C’est sûrement plus … intéressant.”

“Quel est le problème d’une communauté qui ne compte que de l’herbe, des gazelles et des lions ? Ou une communauté qui ne contient rien d’autre que du riz et des Hommes ?”

J’ai regardé dans le vide un moment. “Je pense qu’une communauté comme ça serait écologiquement fragile. Elle serait hautement vulnérable. Un changement des conditions existantes, et tout peut s’effondrer.”

Ishmael acquiesça. “La diversité est un facteur de survie de la communauté elle-même. Une communauté d’une centaine de million d’espèces peut survivre à pratiquement n’importe quoi à part une catastrophe globale. Parmi cette centaine de millions, il y en a des milliers qui pourraient survivre à une baisse de vingt degrés de la température globale — qui serait bien plus dévastatrice que ça en à l’air. Dans cette centaine de millions il y en a des milliers qui pourraient survivre à une hausse de la température de vingt degrés. Mais une communauté d’une centaine ou d’un millier d’espèces n’a aucune possibilité de survivre.”

“Exact. Et c’est la diversité qui est prise pour cible ici. Chaque jour des douzaines d’espèces disparaissent directement à cause de la manière de combattre illégale des Preneurs.”

“Maintenant que vous savez qu’il y a une loi impliquée, est-ce que ça fait une différence dans la perception que vous avez de ce qui se passe ?”

“Oui. Je ne pense plus que l’on fait une bourde. Nous ne détruisons pas le monde parce que nous sommes maladroits. Nous détruisons le monde parce que nous sommes, littéralement et délibérément en guerre contre lui.”

“Comme vous l’avez expliqué, la communauté vivante serait détruite si toutes les espèces s’extrayaient des règles de la compétition prévues par cette loi. Mais que ce passerait-il si une seule de ces espèces s’en affranchissait ?”

“Vous voulez dire, autre que les Hommes ?”

“Oui. Bien sûr, elle devrait posséder une habileté et une détermination quasi humaine. Supposez que vous êtes une hyène. Pourquoi devriez-vous partager le gibier avec ces lions paresseux et dominateurs ? C’est toujours la même chose : vous tuez un zèbre, et le lion arrive, vous repousse, et se sert pendant que vous attendez les restes. Est-ce juste ?”

“Je pensais que ça se passait dans l’autre sens— que les lions tuaient et que les hyènes les harcelaient.”

“Les lions tuent, bien sûr, mais ils se contentent parfaitement de s’approprier les proies des autres s’ils peuvent.”

“Ok”

“Donc vous en avez marre. qu’est ce que vous allez faire ?”

“Exterminer les lions”

“Et quels en sont les effets ?”

“Plus de tracas”

“De quoi les lions vivaient-ils ?”

“De gazelles. De zèbres. De gibier.”

“Maintenant il n’y a plus de lions. Quelles conséquences sur vous ?”

“Je vois ou vous voulez en venir. Il y a plus de gibier pour nous.”

“Et que se passe t-il quand il y a plus de gibier pour vous ?”

Je le regardai avec des yeux vides.

“Bon. Je supposais que vous connaissiez le B A BA de l’écologie. Dans la communauté sauvage, dès que le nourriture d’une population augmente, cette population augmente. Comme cette population augmente, ses approvisionnement en nourriture diminuent, et comme ses approvisionnements diminuent, cette population diminue. C’est cette interaction entre populations de proies et populations prédatrices qui permet que tout soit en équilibre.”

“Je le savais. C’est juste que je n’y pensais pas.”

“Eh bien”, dit Ishmael en fronçant les sourcils d’un air perplexe, “pensez.”

Je ris. “Ok, alors, les lions partis, il y a plus de nourriture pour les hyènes, et notre population augmente. Elle augmente au point que le gibier se fait rare, alors elle commence à se rétrécir.”

“Ça devrait être le cas en condition normale, mais vous avez changé ces conditions. Vous avez décidé que la loi de la compétition limitée ne s’applique pas aux hyènes.”

“Exact. Alors nous avons exterminé nos adversaires.”

“Ne me faites pas vous tirer chaque mot de la bouche. Je veux que vous travailliez.”

“Ok, voyons voir. Après que nous ayons exterminé nos concurrents pour le gibier … notre population augmente jusqu’à ce que le gibier se fasse rare. Il n’y a plus de rivaux à exterminer, alors nous devons augmenter la population de gibier … je vois mal les hyènes en éleveuses.”

“Vous avez tué tous vos concurrents pour le gibiers, mais votre gibier à des rivaux eux aussi — des rivaux pour l’herbe. Ce sont maintenant vos rivaux. Tuez les et il y aura plus d’herbe pour votre gibier.”

“Exact. Plus d’herbe pour le gibier signifie plus de gibier pour les hyènes, plus de hyènes signifie … que reste t-il à tuer ?.” Ishmael souleva ses sourcils. “Il ne reste plus rien à tuer”.

“Réfléchissez.”

Je réfléchis. “Ok. nous avons exterminé tous nos concurrents directs et indirects. Maintenant il reste un nouveau concurrent—les plantes en compétition pour l’espace et la lumière avec l’herbe.”

“C’est exact. alors il y aura plus d’herbe pour votre gibier et plus de gibier pour vous.”

“Amusant … C’est considéré comme un travail quasi sacré par les agriculteurs et les éleveurs. Exterminez tout ce que vous ne pouvez pas manger. Exterminez tout ce que ne mange pas ce que vous mangez.

“C’est un travail sacré dans la culture des Preneurs. Plus vous détruisez de concurrents, plus il peut y avoir d’Hommes sur Terre, et cela rend ce travail le plus sacré qui soit. Une fois que vous vous êtes extrait de la loi de compétition limitée, tout dans le monde à l’exception de votre nourriture et de la nourriture de votre nourriture devient un ennemi à abattre.”

“J’ai une question. Je me demande si l’agriculture elle-même n’est pas contraire à cette loi. Je veux dire, ça semble contraire à cette loi par définition.”

“Ça l’est, si votre seule définition est celle des Preneurs. Mais il y a d’autres définitions. L’agriculture ne doit pas forcément être une guerre faite à toute vie qui ne contribue pas à votre croissance.”

Rédigé par Nicollas

19 octobre 2009 à 8:33

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Qu’est-ce que la permaculture ?

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J’ai souvent été embêté pour décrire ce qu’est la permaculture. La permaculture est un concept à la fois vaste et complexe, et donner une définition n’est jamais aisé, d’autant plus que chacun met dans la permaculture un reflet de ses propres aspirations. D’autres avant moi s’y sont attelés, par exemple le sens de l’humus (sept. 2006) et Imago (fev. 2007) [1]. Je vais donner la mienne, vu que j’ai la prétention qu’elle apportera matière à débat, débat vivement recommandé, car je vais parler de choses que je ne maîtrise pas vraiment.

Ajout d’octobre 2009, voici une autre définition plus classique, s’attachant à l’aspect systémique et au concept de design.

S’il fallait résumer en une phrase, je dirais que la permaculture est un modèle de société post-industrielle soutenable basé sur une éthique «primitive».

Je vais détailler les différentes parties de cette définition :

Un modèle de société

En effet certaines personnes imaginent peut être la permaculture comme un ensemble de techniques de jardinage ou d’agriculture, et non pas comme un cadre plus large dans lequel penser une société (même si comme on le verra plus loin, ces deux choses sont liées). Cela vient du fait qu’à la base, la permaculture étudiait des modèles de planification agricole, et de la notoriété de l’agriculture naturelle de Fukuoka, que beaucoup confondent avec la permaculture. Mais depuis, la permaculture a évolué, elle est passée du domaine agricole (permanent agriculture) à celui d’une société dans son ensemble (permanent culture). La permaculture regroupe donc toutes les composantes d’une société, comme on peut le voir sur la fleur permaculturelle, comme l’éducation, l’habitat, l’énergie, etc.

Une société post-industrielle

La permaculture est à replacer dans notre contexte actuel. Tout d’abord elle a émergé dans le cadre des chocs pétroliers des années 70, c’est pourquoi elle met l’accent sur la réduction de notre dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. Le concept de permaculture est maintenant complètement associé à la problématique de descente énergétique à laquelle nos sociétés vont devoir faire face. Cette descente va commencer avec le pic pétrolier imminent, qui va se traduire par une baisse de la production mondiale de pétrole. Pour la première fois, la consommation sera irrémédiablement contrainte par la production. Le prix du pétrole va flamber, entraînant la chute de nos systèmes financiers et économiques. La suite, personne ne peut la prévoir avec certitude, mais les estimations ne sont souvent pas très optimistes. En effet, nos sociétés sont complètement dépendantes des énergies fossiles, que ce soit pour les transports, la production de nourriture, la construction de bâtiments, etc.

Une société soutenable

Ça ne fait plus aucun doute aujourd’hui, notre mode de vie n’est plus soutenable. Que ce soit au niveau du dérèglement climatique, de la nouvelle extinction en masse des espèces, des pollutions diverses, etc. De toute façon, ce système ne pourra plus durer très longtemps, à cause de la descente énergétique à venir.

Le modèle de société apporté par la permaculture doit donc être soutenable, contrairement au nôtre. La notion de durabilité/soutenabilité est complexe à définir, comme le montre les nombreuses ambiguïtés du développement durable. Je vais tenter le périlleux exercice de définir une notion de soutenabilité. Une société ne peut être soutenable qu’en respectant les lois de la Nature. Nous voilà bien avancés. Pour définir la Nature et ses lois, je vais m’inspirer de Daniel Quinn. Pour moi la Nature est le résultat (sans cesse en mouvement) du processus d’évolution, c’est à dire la diversité créée au cours du temps par les modifications génétiques, passées au filtre de la sélection naturelle. L’Homme, en tant que créature vivante, est le fruit de cette diversité, et est soumis à ce processus de compétitivité entre espèces. Le problème, c’est que l’Homme tente d’échapper depuis peu à ces processus, et comme l’Homme ne peut pas se sortir de l’écosystème dans lequel il se trouve (même s’il le pense, transformant conceptuellement la “Nature” en “environnement”), cette voie n’est pas soutenable.

Mais à partir de quand les Hommes sont-ils sortis (en apparence) du cadre de la loi de compétition entre espèces ? En général, on blâme la révolution industrielle. En effet, l’utilisation des énergies fossiles nous a donné une puissance jusque là inconnue, fruit de l’énergie solaire accumulée pendant des millions d’années avant d’être enfouies sous terre. Pourtant l’Homme n’a pas attendu la révolution industrielle pour mettre la Nature au pas. Que l’on songe au rationalisme cartésien, dans lequel la Nature peut être mise sous forme d’équations mathématiques, ou plus anciennement au message biblique qui déclare que l’homme peut contraindre la Terre et les animaux.

Alors à partir de quand cette séparation entre l’Homme et la Nature s’est elle opérée ? La sélection naturelle est une compétition entre espèces, dans laquelle les espèces les plus adaptées à leur milieu survivent. Un animal peut donc utiliser toutes ses capacités pour survivre (c’est à dire se nourrir, échapper à ses prédateurs et se reproduire). L’Homme a commencé à enfreindre les règles lorsqu’il s’est mis à faire la guerre aux autres animaux : exterminer ses prédateurs (sans que ce soit pour s’en nourrir), exterminer ses rivaux, exterminer les rivaux de sa nourriture, et exterminer les rivaux de la nourriture de sa nourriture. C’est à dire que l’Homme s’est approprié la nourriture et à dénié l’accès de cette nourriture aux autres [2]. On tue les renards qui mangent nos poules, on protège les graines que l’on donne à nos poules contre les rats, on désherbe des champs pour planter du blé pour nourrir nos poules. La séparation entre l’Homme et la Nature s’est donc opérée lors d’une autre “révolution”, celle du néolithique, lorsque l’agriculture est née dans le croissant fertile, il y a 10 000 ans. Ce n’est donc pas notre société occidentale qui est sur la mauvaise voie, mais nos sociétés d’agriculteurs, c’est à dire pratiquement toute la population du globe, mis à part les quelques tribus de chasseurs-cueilleurs qui ont été épargnées.

Une éthique primitive

Il faut d’abord déconstruire l’imaginaire du sauvage primitif brutal et affamé. En effet la vie des peuples chasseurs-cueilleurs, sans être idéale, n’en a pas moins des aspects qui font profondément défaut dans nos sociétés “modernes”. Tout d’abord les famines sont le lot des sociétés d’agriculteurs, non pas de chasseur-cueilleurs, car la Nature est robuste et résiliente, et la diététique primitive est très variée. D’ailleurs les sociétés qui se sont mises à l’agriculture ont souffert d’une baisse de niveau de vie et de santé. Ensuite ces sociétés sont plus égalitaires que les notres (gardons nous d’idéaliser cependant), ce qui vient du fait que dans ces sociétés, tout le monde à accès à la nourriture (il suffit de la cueillir). Dans les sociétés d’agricultueurs, le surplus agricole est mis sous clef et confisqué par une élite entretenue par ces mêmes surplus. Également, les peuples de chasseurs cueilleurs ne travaillent pas, mais se contentent de faire ce qui doit être fait, comme dirait Fukuoka, c’est à dire de vivre.

Pour en revenir à la permaculture, les principes éthiques sont inspirés de sociétés “primitives”[3], en l’occurence probablement par les aborigènes d’Australie. Ces principes sont :

  1. Prendre soin de la Terre
  2. Prendre soin des Hommes
  3. Limiter la consommation et la population, et redistribuer les surplus

Ces principes pourraient sembler naïfs, mais force est de constater qu’on ne les applique pas. Comme nous avons vu notre agriculture totalitaire (pour reprendre l’expression de Quinn) est une guerre contre la Nature. On s’aperçoit que ces principes éthiques sont issus de sociétés primitives par son dernier point, et plus particulièrement la limitation de la population. Ce fait, vital pour les sociétés de chasseurs cueilleurs, est devenu tabou dans notre société. Cependant, tout laisse à penser que la population est fonction de la nourriture, et donc de l’énergie, et que la future descente énergétique s’accompagnera d’une descente démographique.

La question n’est pas de savoir s’il faut revenir à des sociétés de chasseurs-cueilleurs, nous sommes trop nombreux et la Nature est trop dégradée pour que cela soit possible (si cela est souhaitable). Dans ce contexte, la permaculture offre un bon compromis entre l’agriculture totalitaire, et le laisser-faire quasi total de la chasse-cueillette en terme d’interventions. En effet la permaculture se rapproche beaucoup plus des pratiques horticoles ancestrales de certains peuples mi chasseurs-cueilleurs, mi horticoles. Comme ces pratiques, elle définit une méthode de production très respectueuse de la Nature. En effet la permaculture respecte l’évolution climacique de la végétation (c’est à dire la forme de végétation qui est l’aboutissement de l’évolution d’un lieu –la forêt dans nos régions tempérées), en plantant des espèces pérennes, en plantant des espèces pionnières qui vont aider les espèces climaciques à pousser. L’agriculture totalitaire, au contraire, s’appuie sur un traumatisme constant de la végétation, par le feu, les pesticides ou le labour, pour planter chaque année des espèces annuelles, en refusant l’expression spontanée de l’évolution climacique de la végétation.

Voilà résumée ma position sur la permaculture. Elle s’inscrit dans une vision éco-anarchiste, qui remet en cause les dogmes de la civilisation (et de l’agriculture, son nécessaire fer de lance), dans laquelle la permaculture est un modèle qui nous permettra de nous sortir de la descente énergétique, en construisant une société plus égalitaire et respectueuse de la Nature.


[1] Leur définition remontant à des temps immémoriaux, je suppose que leur perception a peut-être évoluée depuis.

[2] Pour une description plus talentueuse, lire l’extrait d’Ishmael dont ma pensée est plus qu’inspirée.

[3] David Holmgren, Permaculture: Principles and Pathways Beyond Sustainability (2002), p. 1.

Rédigé par Nicollas

20 février 2009 à 17:27

Publié dans Reflexions

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