Homo Humini Lupus*. L’agriculture et les Hommes.

Si je devais tirer une première conclusion des quelques informations lues sur l’agriculture naturelle, la permaculture, la microbiologie des sols et la micro-agriculture biointensive, ce serait cette phrase, inspirée par John Jeavons :

«Faire croître le sol au lieu de faire croître les plantes»

Une agriculture ne peut être durable que si elle ne détériore pas la terre. Depuis que les Hommes se sont sédentarisés (villages, villes, etc.) ils ont du inventer l’agriculture pour pouvoir se nourrir. Par la force des choses, l’agriculture traditionnelle est durable (les formes non durables entrainant la chute des civilisations qui les employaient). L’agriculture productiviste, par l’emploi de la monoculture, le labour, l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques (entre autres), a réussi le tour de force d’épuiser le sol en une seule génération. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’agriculture biologique n’est également pas durable, car elle nécessite un important apport de fertilisant organique externe (qui épuise donc la terre de laquelle provient ce fertilisant). Les nouvelles formes d’agriculture citées précédemment ne font pas pousser une production vivrière, mais organisent les bonnes conditions pour que la nature fasse pousser cette production. Pourquoi nos champs ou nos jardins sont-ils fondamentalement dépendents d’apports externes, alors que les forêts par exemple, enrichissent continuellement leurs sols en cycle fermé ? Pour qu’un sol soit autofertile, il faut regarder comment la nature s’y prend. La seconde révélation que j’ai eue lors de mes lectures, c’est :

Ne pas se battre contre la nature, mais utiliser et canaliser sa force et l’imiter

La démarche de la permaculture va dans se sens. Un de ses principes fondamentaux est « observer et reproduire des modèles naturels ». L’agriculture moderne et la science font fausses routes car elles ont fragmenté les expertises et ont perdues ce tout que forme les écosystèmes. Ces nouveaux types d’agricultures nécessitent une décolonisation de l’imaginaire (comme la décroissance à d’autres niveaux). On peut voir une plante comme une « mauvaise herbe » car elle n’est d’aucune utilité suivant notre perception. Ou alors on remet cette plante dans le cadre plus global de l’écosystème : cette plante n’est pas là par hasard (les plantes peuvent être bioindicatrices, c’est à dire apporter des éléments sur les sols : pollués, azotés, tassés, en bonne santé, etc.) et elle a une fonction à remplir (ne pas laisser le sol à nu, décompacter le sol, dépolluer,  fixer l’azote, etc.). On peut considérer certains animaux comme nuisibles, ou comme les plantes les remettre en contexte (élimination des individus faibles ou malades, etc.), en tirer les conséquences (problèmes posés par la monoculture) et les solutions (offrir une plus grande biodiversité pour que les prédateurs des « nuisibles » équilibrent leur population).
Je ne suis qu’au début de mon exploration, mais je crois que ces deux principes sont fondamentaux, et risquent de guider le chemin qu’il me reste à parcourir. Faire croître du sol, et imiter la nature. Beau programme.

Pour ne pas vous laisser sur votre faim, j’aimerai vous présenter deux blogs que j’aime particulièrement : Le sens de l’humus, qui est un blog collectif d’une association qui expérimente ces concepts sur un bout de terrain près de paris et dont la bibliographie commentée m’a servi de phare (mais aussi le produit de leurs réflexions et expérimentations), et jardinons la planète qui abrite les réflexions passionantes d’un agronome décroissant.

* L’Homme est un loup pour l’humus (si je me suis pas trompé dans les déclinaisons latines).

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6 commentaires

  1. (Pourquoi, le loup fait du mal à l’humus ?)
    Très chouette texte, ça clarifie bien la philosophie de la permaculture (et des autres que tu cites, mais je les connais encore moins) en ce qui me concerne (du coup si jamais tu t’es trompé, les erreurs seront bien tenaces dans ma tête :))
    je suis un peu perplexe devant : « l’agriculture biologique n’est également pas durable » : la permaculture (et les autres, blabla) n’est-elle pas une sous-catégorie ou une variante de la bio ?
    Bon, je suis impatiente de lire tes prochains billets en tous cas (un du même bois sur les coïncidences et différences entre les différents courants que tu cites en début de billet serait fort utile à ta future agriacolyte).

  2. >(Pourquoi, le loup fait du mal à l’humus ?)

    Je me suis posé la question, mais le jeu de mot a été le plus fort.

    >ça clarifie bien la philosophie de la permaculture

    Attention je n’ai cité qu’un des 12 principes (d’un des co-fonfondateurs de la permculture), mais il me semble assez représentatif. Pareil pour l’agriculture naturelle, Fukuoka distingue l’agriculture traditionnelle de l’agriculture naturelle sur le point des sols (la culture de riz au japon ne détériore pas les sols, mais ne les enrichit pas non plus, contrairement à l’agriculture naturelle) et du rapport à la nature (le non-agir, ne pas faire de choses inutiles alors que la nature s’en charge).
    De toute façon je compte sur korrotx ou les gentils gens des blogs que j’ai cités pour me corriger, s’ils passent ici.

    > la permaculture (et les autres, blabla) n’est-elle pas une sous-catégorie ou une variante de la bio ?

    Je ne pense pas. Pour moi la différence entre l’agriculture biologique et l’agriculture naturelle (ou permaculture, blabla) c’est un peu la différence entre le développement durable et la décroissance. Seul l’un des deux nécessite une décolonisation de l’imaginaire et est vraiment radical. Une agriculture qui appauvrit le sol (ou qui ne peut pas se suffire du sol qu’elle exploite) ne peut pas être considérée comme durable ou radicale.

    >un du même bois sur les coïncidences et différences entre les différents courants que tu cites en début de billet serait fort utile à ta future agriacolyte

    Je m’interroge dessus justement, pour l’instant ce n’est pas clair. Il y a les influences, les disciples, les adaptations au climat, les différentes dénominations … Je sais que Fukuoka a influé sur les concepteurs de la permaculture (mais pas initié le mouvement), mais la permaculture me parait beaucoup plus globale (ce n’est pas que de l’agriculture, il y a aussi comment placer son habitation par rapport aux autres éléments par exemple), et malgré toute la philosophie et la « cohérence » de l’agriculture naturelle, on pourrait être tenté de la réduire à une technique agricole (comme les buttes, etc) qui pourrait s’inscrire dans le cadre de la permaculture. Mais sous réserve, vu que je n’ai pas lu un bouquin de permaculture, et un seul de Fukuoka).

  3. « Par la force des choses, l’agriculture traditionnelle est durable (les formes non durables entrainant la chute des civilisations qui les employaient). »
    Il y a plus d’une agriculture traditionnelle, et je pense que toutes n’étaient pas durables, le truc c’est que leur non-durabilité ne se fait pas toujours sentir en une génération, et est donc difficilement palpable à l’échelle individuelle. Il y a un proverbe qui dit « ce qui a marché hier marchera aujourd’hui » (ou quelque-chose du genre), et qui est malheureusement faux.

    « L’agriculture extensive, par l’emploi de la monoculture, le labour, l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques (entre autres) »
    C’est pas plutôt « intensive » que tu voulais dire?

    Sinon je pense que les deux principes que tu retiens sont suffisants pour te garder sur la bonne voie (le second rejoint la philosophie de l’aikido, dont parlait Fabien sur le blog de l’humus). La permaculture en compte tout un tas, c’est bien de les avoir notés quelque-part pour pouvoir les consulter et réfléchir dessus à l’occasion, mais s’agissant d’en garder tout le temps à l’esprit, avec juste ces eux-là ça le fait. Du moins il me semble.

  4. « Il y a plus d’une agriculture traditionnelle, et je pense que toutes n’étaient pas durables, le truc c’est que leur non-durabilité ne se fait pas toujours sentir en une génération »

    Par agriculture traditionnelle j’entendais sur plusieurs générations, mais je ne m’y connais pas en agriculture traditionnelle :)

    « C’est pas plutôt “intensive” que tu voulais dire? »

    Ah si, c’est l’agriculture bio-intensive qui me fait mélanger les pinceaux à chaque fois. Corrigé.

    Sur les principes de permaculture, je viens de me rendre compte que celui que j’ai cité n’apparait pas dans les 12 principes, mais sur cette page. J’imagine qu’un autre aspect fondamental de la permaculture est « obtenir une récolte », pour ne pas perdre de vue que même si on prend exemple sur la nature, le but est de la rendre plus nourricière sur une surface donnée (j’ai l’impression que le bio-intensif est plus focalisé sur ce point).

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