Mois: mai 2008

Fête des voisins : passe voir ton voisin, mais passe à la supérette d’abord

Mardi dernier, alors que je rencontrais les couchsurfeurs montpelliérains, j’ai entendu parler de la fête des voisins. Je pense que connaître ses voisins est primordial, mais j’ai du mal avec cette convivialité sur rendez-vous, surtout quand ça prend la forme d’une campagne marketing. Quand on regarde l’affiche d’un peu plus près, on se rend compte que l’ordre marchand réussit à tout récupérer, même ce qui devrait être une solidarité spontanée dont l’essence même est antagoniste à celle de la logique marchande.

Le but du jeu est de trouver où se cache les sponsors dans l’affiche (cliquez sur l’image pour la voir en grand).

On va commencer avec le plus moche, le plus visible, et aussi le plus risible, les supermarchés Monoprix avec leur grosse bannière (plus grandes à l’affiche que celle des voisins solidaires). Car, faut-il le rappeler, «Monoprix, fidèle à son engagement d’améliorer la qualité de la vie quotidienne, s’associe pour la neuvième année consécutive à l’opération « La Fête des Voisins ». Attaché à mettre plus de plaisir et de surprise dans le quotidien et à le faciliter, Monoprix soutient cette initiative qui favorise la convivialité et la solidarité au cœur des villes». Merci Monoprix ! Lorsqu’on connait à quel point les supermarchés ou les supérettes sont néfastes aux commerçants de quartiers (qui sont des voisins soit dit en passant), et donc à la convivialité et à la vie du quartier … Sans compter les facilités offertes pour faire les courses, jusqu’à 21h ou le dimanche matin, ouvertures salutaires permettant de ne pas sonner chez le voisin pour emprunter du sel ou des oignons !

On passe ensuite à l’agression la plus insidieuse, avec la promotion du traiteur Pierre Martinet, dont je me rappelle des pubs débilisantes lorsque j’avais encore une télévision. La publicité est ici plus voilée, car elle ne se présente que sous la forme du packaging des barquettes de taboulés, servies par une voisine qu’on croirait tout droit sortie d’un stand de dégustation Pierre Martinet (d’un supermarché Monoprix ?). Ce dernier, «homme authentiquement généreux [qui] ne cesse d’innover, [pour nous] offrir des moments savoureux» (dixit le site des immeubles en fête), pousse même l’altruisme jusqu’à la création d’un site dans lequel il clame son amour pour ses voisins. (On remarque d’ailleurs que la vieille personne du visuel de la fête des voisins a été éliminée du monde impitoyable du marketing de taboulé).

Le dernier, encore plus subtile, se nomme Uncle Bens. Il est présent par l’entremet d’un homme tenant dans sa main un bocal caractéristique de la marque. Bien entendu ce produit est largement exposé sur le site de l’entreprise.

En conclusion, pour la fête des voisins, allez acheter des plats déjà préparés dans des grandes surfaces. Merci messieurs les publicitaires. Et les fonds publics qui permettent ça.

Recette du taboulet

INGREDIENTS PREPARATION
Pour 8 personne(s)

– 400 gr de semoule
– 500 gr de tomate fraîche
– 2 concombres
-1 poivron rouge
-1 poivron vert
-1 poivron jaunes
– 6 petits oignons nouveaux avec tiges
– 3 jus de citron
– 2 dl huile d’olive vierge extra
– 1/2 botte de menthe fraîche
– Sel
– Poivre du moulin
-Piment d’Espelette
-Mettre la semoule dans un saladier avec le jus des citron et l’huile d’olive.
-Découper les tomates en petits cubes en gardant le jus qui s’écoule.
-Eplucher les concombres et les tailler en dés avec le coeur.
-Peler les poivrons à l’aide d’un épluche légumes. Découper les poivrons en petits dés.
-Tailler les oignons en très fines lamelles avec la queue des oignons.
-Ajouter les légumes à la semoule. Mélanger et assaisonner.
-Ajouter la menthe ciselée et mélanger.
-Réserver au frais 2 heures avant de servir !

La belle verte

La belle verte est un film d’une quinzaine d’années, décrivant la venue sur Terre de quelques humains non-terriens venant d’une civilisation qui a dépassé sa période industrielle, et qui viennent voir si les humains ont évolués depuis leur dernière visite remontant au début de l’industrialisation. Le film est disponible ici (en qualité moyenne) pour ceux qui veulent. Pour ceux qui ne sont pas convaincus, voici quelques extraits :

Conseil de planète :

Un bout de société décroissante et anarcho-primitiviste :

Vision clairement utopique, mais rafraichissante à souhait

Les jardins auto-fertiles

L’agriculture de Fukuoka a fait des émules, notamment Émilia Hazelip qui a adapté ses principes pour un maraichage naturel sous nos latitudes, sous le nom de jardins synergétiques. Sa méthode a été enseignée au Québec, ce qui a donné les jardins auto-fertiles.

Pour en savoir plus, vous trouverez une excellente introduction aux jardins auto-fertiles sur le site végéculture. Vous trouverez également toute une série d’articles sur le site du centre nature et santé.

Et pour bien démarrer voici deux reportages en images sur l’installation d’un jardin auto-fertile : ici et .

Éloge de l’arbre

Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur. Arrivé à l’endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandai si la terre lui appartenait. Il me répondit que non. Savait-il à qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c’était une terre communale, ou peut-être, était-elle la propriété de gens qui ne s’en souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi cent glands avec un soin extrême.

[…]

Le pays n’avait pas changé. Toutefois, au-delà du village mort, j’aperçus dans le lointain une sorte de brouillard gris qui recouvrait les hauteurs comme un tapis. Depuis la veille, je m’étais remis à penser à ce berger planteur d’arbres. « Dix mille chênes, me disais-je, occupent vraiment un très large espace. » […] Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l’âme de cet homme – sans moyens techniques –, on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d’autres domaines que la destruction. […] La création avait l’air, d’ailleurs, de s’opérer en chaînes. Il ne s’en souciait pas ; il poursuivait obstinément sa tâche, très simple. Mais en redescendant par le village, je vis couler de l’eau dans des ruisseaux qui, de mémoire d’homme, avaient toujours été à sec. C’était la plus formidable opération de réaction qu’il m’ait été donné de voir. Ces ruisseaux secs avaient jadis porté de l’eau, dans des temps très anciens. Le vent aussi dispersait certaines graines. […] En même temps que l’eau réapparut réapparaissaient les saules, les osiers, les prés, les jardins, les fleurs et une certaine raison de vivre. […] Quand je réfléchis qu’un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Chanaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu’il a fallu de constance dans la grandeur d’âme et d’acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d’un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette œuvre digne de Dieu.

— Jean Giono, l’homme qui plantait des arbres.

L’arbre tient un rôle important dans la permaculture, grâce à ses nombreux apports : pourvoyeur de nourriture et d’ombre, brise vents, purificateur d’eau, créateur de micro-climats, générateur de mulch lorsque ses feuilles tombent ou par broyat de tiges (BRF), décompacteur de sol grâce à ses racine, absorbeur de CO2, abris pour divers organismes, pourvoyeur de matériel de chauffage ou de construction, amortisseur de pluie, champion contre l’érosion …

En ce moment même, les planteurs volontaires, à l’instar du paysan de la nouvelle de Giono, plantent des arbres pour contrer la folie humaine (ici, la construction d’une autoroute qui passe en plein milieu d’une zone protégée).

Fukuoka dans le texte

«Je n’aime pas particulièrement le mot travail. Les êtres humains sont les seuls animaux qui ont à travailler, je pense que c’est la chose la plus ridicule du monde. Les autres animaux gagnent leur vie en la vivant, mais les gens travaillent comme des fous, pensant qu’ils doivent le faire pour rester en vie. […] Il serait bon d’abandonner cette manière de penser et de mener une vie facile et confortable avec beaucoup de temps libre. […] Une vie d’une telle simplicité serait possible aux humains si l’on travaillait pour produire directement le nécessaire quotidien. Dans une telle vie, travailler n’est pas travailler au sens habituel du mot, mais simplement faire ce qui doit être fait»

.

— Masanobu Fukuoka, La révolution d’un seul brin de paille.