Éloge de l’arbre

Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur. Arrivé à l’endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandai si la terre lui appartenait. Il me répondit que non. Savait-il à qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c’était une terre communale, ou peut-être, était-elle la propriété de gens qui ne s’en souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi cent glands avec un soin extrême.

[…]

Le pays n’avait pas changé. Toutefois, au-delà du village mort, j’aperçus dans le lointain une sorte de brouillard gris qui recouvrait les hauteurs comme un tapis. Depuis la veille, je m’étais remis à penser à ce berger planteur d’arbres. « Dix mille chênes, me disais-je, occupent vraiment un très large espace. » […] Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l’âme de cet homme – sans moyens techniques –, on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d’autres domaines que la destruction. […] La création avait l’air, d’ailleurs, de s’opérer en chaînes. Il ne s’en souciait pas ; il poursuivait obstinément sa tâche, très simple. Mais en redescendant par le village, je vis couler de l’eau dans des ruisseaux qui, de mémoire d’homme, avaient toujours été à sec. C’était la plus formidable opération de réaction qu’il m’ait été donné de voir. Ces ruisseaux secs avaient jadis porté de l’eau, dans des temps très anciens. Le vent aussi dispersait certaines graines. […] En même temps que l’eau réapparut réapparaissaient les saules, les osiers, les prés, les jardins, les fleurs et une certaine raison de vivre. […] Quand je réfléchis qu’un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Chanaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu’il a fallu de constance dans la grandeur d’âme et d’acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d’un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette œuvre digne de Dieu.

— Jean Giono, l’homme qui plantait des arbres.

L’arbre tient un rôle important dans la permaculture, grâce à ses nombreux apports : pourvoyeur de nourriture et d’ombre, brise vents, purificateur d’eau, créateur de micro-climats, générateur de mulch lorsque ses feuilles tombent ou par broyat de tiges (BRF), décompacteur de sol grâce à ses racine, absorbeur de CO2, abris pour divers organismes, pourvoyeur de matériel de chauffage ou de construction, amortisseur de pluie, champion contre l’érosion …

En ce moment même, les planteurs volontaires, à l’instar du paysan de la nouvelle de Giono, plantent des arbres pour contrer la folie humaine (ici, la construction d’une autoroute qui passe en plein milieu d’une zone protégée).

4 commentaires

  1. Zelda: oui j’ai trouvé le texte sur internet :)

    Vanes: oui le principe est vraiment sympa, après je suis pas sur de l’issue de leur combat, mais une chose est certaine, c’est qu’on a intérêt à replanter, et pas seulement sur le tracé des autoroutes !

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