Mois: octobre 2008

Quelle agriculture pour l’après développement ? (partie 1)

Première partie d’un article que j’écris pour présenter la permaculture à un public décroissant. Le texte est en ébauche, et votre avis est plus que bienvenu.

Première partie : L’agriculture productiviste, la guerre à la Nature

L’agriculture, au même titre que les autres domaines, est devenue le rouage d’une économie de marché libérale et mondialisée. Alors que jusqu’à récemment, faire pousser de quoi se nourrir était une activité paysane d’auto-subsistance largement partagée, elle est devenue dans les pays «développés» une activité économique concernant une petite minorité de la population, faite d’agriculteurs et d’exploitants agricoles (La population agricole représentait près de 63% de la population active française en 1850, un peu plus de 20% en 1962 et moins de 4% en 2004. Calculs issus des données du Quid.). Cette réduction de la population agricole n’a pu se faire qu’en augmentant drastiquement la productivité des exploitations agricoles, sous l’effet de la révolution «verte». Cette dernière a vu augmenter la productivité grâce à la sélection de variétés à haut rendement, la mécanisation, l’irrigation, l’utilisation d’engrais et de pesticides de synthèse.

L’agriculture productiviste

Prenons l’exemple d’un champ de blé cultivé actuellement en France. La recherche de rendement maximal par agriculteur nécessite une exploitation de cette céréale sur de grandes surfaces (En France, la surface moyenne d’une exploitation de blé est de 21ha, soit pratiquement 30 terrains de football. Source: INSEE (2004).). L’augmentation de la surface des parcelles a réduit fortement le nombre de haies qui cloturaient ces parcelles, avec pour conséquence une perte significative de la biodiversité, et notamment la destruction des habitats de prédateurs d’insectes et d’animaux s’attaquant aux récoltes. Dans le même temps, la spécialisation en monoculture (culture d’une seule variété) offre une étendue vaste mais concentrée de nourriture aux «nuisibles», qui n’ont ni prédateur, ni culture intercalée pour freiner ou stopper leur progression. L’agriculteur doit réguler artificiellement cette population en utilisant des pesticides chimiques. Ces derniers nécessitent des énergies fossiles pour leur conception, et leur utilisation détruit la faune du sol qui enrichit ce derniers en matières organiques. L’exploitation de surfaces aussi grandes doit être mécanisée. Cette mécanisation nécessite l’utilisation d’énergies fossiles pour le fonctionnement des machines, dont l’utilisation provoque un tassement du sol. Ce tassement, ajouté à la disparition des arbres (de haies) et des vers de terres, rend la terre moins perméable à l’eau et accentue donc le phénomène d’érosion. La monoculture laisse le sol à nu après la récolte. Le sol est colonisé par les «mauvaises» herbes. La suppression des mauvaises herbes nécessité l’emploi d’herbicides et d’un labour profond (qui a aussi pour but de décompacter la terre). Le labour finit de tuer les organismes du sol. Le blé et les tiges qui ont poussé sur le champs sont récoltés mais ne retournent jamais à la terre (sous forme de paillis pour les tiges ou de compost pour les grains). Il y a donc une perte de matière organique prète à être décomposée par les organismes du sol pour servir de nutriments à de nouvelles plantes. L’érosion provoquée par le tassement des sols provoque la perte des matières organiques du sol à chaque pluie. Pour compenser cette perte de fertilité, l’agriculteur doit en apporter sous forme artificielle par l’ajout d’engrais chimiques, nécessitant de l’énergie fossile pour leur conception (et leur épandage via des machines). Tout élément apporté par les engrais qui ne sera pas utilisé s’écoulera avec les prochaines pluies et polluera les rivières et les nappes phréatiques.

Comme on le voit, l’agriculture productiviste est un combat mené contre la Nature, qui entraîne la disparition de la vie du sol et sa capacité à faire pousser notre nourriture. Cette destruction du sol est actuellement compensée par l’apport massif d’engrais issus des énergies fossiles, qui permettent de faire pousser de la nourriture sur un sol considéré comme un substrat inerte. Cependant cette méthode se heurte à deux problèmes : les dommages «collatéraux» que sont la perte de la biodiversité, les pollutions diverses etc.; et la fin annoncée de l’énergie fossile bon marché.