La permaculture et la fable des trois bateaux

Voici une petite introduction à une introduction à la permaculture en forme de fable :

Si vous voulez construire un bateau, ne rassemblez pas des personnes pour collecter du bois et ne leur donnez pas des directives et du travail; mais apprenez leur plutôt à se languir de l’immensité infinie de la mer — Anon

À l’énoncé des différentes crises présentes et à venir, on aimerait bien quitter la galère sur laquelle nous sommes engagés, pour commencer à construire une arche capable de sauver ce qui peut l’être encore.

Voici une courte fable, celle de trois frères des temps anciens. Ces frères voulaient explorer le monde de l’autre côté de l’océan, qui s’étendait majestueusement sous leurs yeux depuis qu’ils étaient nés, et qui avait fasciné tous leurs ancêtres avant eux.

L’ainé des trois frères voulu découvrir un monde que nul autre n’avait vu avant lui. Il construisit une immense galère, captura des dizaines d’esclaves et parti face au vent. Le deuxième des frères assembla un radeau et se laissa pousser et guider par les vagues. Le troisième construisit un bateau à voiles. Il navigua à la force des vents et s’orienta à l’aide du gouvernail qu’il avait construit.

Derrière cette fable se cache trois modèles de sociétés complètement différents :

La galère de l’ainé des trois frères peut être vue comme notre société occidentale industrielle. Nous ramons à contre-courant, gaspillant énormément d’énergie et de ressources pour lutter contre les processus naturels. Les esclaves de la galère, ce sont nos fabuleuses sources d’énergie (les hydrocarbures) qui décuplent nos possibilités depuis à peine deux siècles, mais ce sont également nous-mêmes, rouages d’un système vide de sens. Mais les esclaves ne pourront pas ramer indéfiniment, et la galère, comme notre société, devra tôt ou tard faire face à l’inéluctabilité des forces naturelles, et retrouver une certaine humilité. Si l’on adapte la métaphore non plus à une société, mais à des pratiques agricoles, la galère représente notre agriculture productiviste, qui détruit tous les processus naturels pour les remplacer par de coûteux apports énergétiques (engrais, pesticides, irrigations …).

Le second frère, à l’opposé, a décidé de se laisser totalement porter par le vent. Il utilise au maximum l’énergie disponible, mais est en contrepartie complètement tributaire des éléments. On peut faire le parallèle avec les sociétés de chasseurs-cueilleurs qui se nourrissent exclusivement de produits sauvages. Contrairement à l’imaginaire habituel, de telles sociétés n’étaient pas misérables, et ne connaissaient pas la famine car leur alimentation était variée. Cependant ce mode de vie avait également ses contraintes : les personnes devaient se déplacer en quête de nourriture (nomadisme) et la densité et la taille de la population était limitée. Ces facteurs n’ont pas permis l’émergence de certaines caractéristiques des civilisations complexes bâties sur l’agriculture et l’élevage, comme l’écriture, la spécialisation, etc. Dans le domaine agricole, le radeau du second frère correspond dans nos régions tempérées à une forêt. C’est un système très productif et stable, mais dont la production est peu influencée par l’Homme, qui doit s’y adapter.

Le dernier frère, enfin, a utilisé les forces naturelles des vents pour naviguer. En ce sens son approche ressemble beaucoup plus au second frère qu’à l’ainé. Cependant, grâce à son gouvernail, il peut utiliser la force du vent pour s’orienter à son gré (du moment qu’il ne va pas à contre courant). Cette approche est celle d’une société permaculturelle. Dans une telle société, les forces naturelles sont utilisées de manière cohérente pour servir les Hommes, sans asservir la Nature. De la même manière que le dernier frère pourra explorer rapidement la direction qu’il aura choisie, la permaculture permet une société d’abondance en cohérence avec la Nature. Un système agricole permaculturel pourrait être, en analogie à la forêt décrite précédemment, une lisière de fôret comestible. Ce système mime une bordure de forêt, ou tous les arbres et les plantes occupent des étages différents (de la canopée aux tubercules) pour capter le soleil, et ou chaque élément est sélectionné pour ses productions (nourriture, bois, fibres …).

Le permaculture est autant la terre fertile et abondante recherchée par nos trois apprentis explorateurs, que la manière qu’ils mettent en oeuvre pour la découvrir. C’est pourquoi la permaculture est aussi bien une société basée sur une certaine éthique (le respect de la Nature, le respect des humains, et le juste partage de l’abondance créée) que les techniques permettant l’émergence d’une telle société (pratiques agricoles, techniques de construction, organisation des communautés, etc.).

13 commentaires

  1. En parlant d’organisation des communautés, ce que je me demande c’est si beaucoup de gens peuvent désirer faire de la permaculture. Quel genre de contexte pourrait inciter plein de gens à faire de la permaculture, à se mettre en groupes sur des terrains à l’échelle de leurs groupes, pour y créer des systèmes permacoles.
    Actuellement on a la majorité des gens dans des villes, et à la « campagne » de grosses étendues de terrains seulement cultivables avec des grosses machines (parce-que très grands) et avec beaucoup d’intrants (parce-que très fatigués). En dehors de ces terrains, les possibilités de créer de tels ensembles sont globalement assez minces, sauf en régions de déprise agricole (c’est à dire dans certaines montagnes, en gros). Et la transition entre ce contexte actuel et un contexte (à la fois foncier et social) permettant de rendre la permaculture non marginale me paraît longue et compliquée. Notamment si on fait des systèmes agroforestiers, longs à mettre en place avant d’être productifs en choses comestibles, et qui impliquent du coup qu’on doive trouver à manger ailleurs le temps que ces systèmes soient « mûrs ». Pour ça il faut, en plus du terrain dont on s’occupe, un ou des terrains sur lesquels sont produites des aliments qu’on achète. Est-ce que, en regardant globalement, il y a assez de terrain pour cela? Localement il y a des gens pour qui c’est le cas, mais est-ce que globalement on dispose réellement de « marges » en terrain pour qu’une telle transition puisse se faire pour tout le monde?
    Bref tout ça me fait douter du a possibilité que la permaculture soit non marginale si elle doit se développer par transition à partir du contexte agricole et humain actuel.

  2. Salut koldo,

    Je ne sais pas à quel point la permaculture est une notion désirables pour les gens. Naïvement je me dis que si on l’explique bien et que l’on donne des points de départ et des exemples inspirant, ça provoquera l’enthousiasme (j’aimerai bien faire un tel document, mais je manque légèrement de légitimité ^^;), comme ça l’a été pour moi.
    Vu que la permaculture est une vision, j’imagine que la faisabilité d’une communauté permaculturelle dépend de ce que tu mets derrière. Dans un contexte urbain, je vois tout à fait une permaculture se mettre à l’échelle d’un quartier ou d’une rue (fête/repas de quartier, espace de partage d’outils, asso de quartier pour des projets …) (bon celà dit il faut un minimum d’espace, parce que les rues surhcargées de voitures, c’est pas propice pour rencontrer ses voisins de rue).
    Après si tu inclus dans ces communautés une certaine autonomie alimentaire (ou autre d’ailleurs), ça devient tout de suite plus compliqué comme tu le fais remarquer.
    Il faudrait regarder du côté du mouvement des transition towns qui font une organisation permaculturelle à l’échelle d’une ville ou d’une commune, mais je crois que la production alimentaire reste du domaine d’agriculteurs bio locaux.
    L’exemple le plus frappant d’une société permaculturelle me semble être le cas de Cuba (même is je ne connais pas vraiment les conditions de vie la bas). Je crois que le WWF l’a qualifié de seul pays avec un mode de vie soutenable. Côté foncier, il y a eu une nationalisation des grandes propriétés, puis une redistribution aux paysans et l’encouragement à monter des petites coopératives. La nourriture est également beaucoup produite en ville (la capitale est autonome alimentairement à hauteur de 50%, 80% pour les autres villes).
    Mais bon, Cuba ce n’est pas la France. Il y a eu une transition brutale (chute de l’union soviétique) aggravé d’un blocus, il y a eu une révolution socialiste, les dirigeants ont l’air particulièrement éclairés, le peuple semble avoir une vraie cohésion … J’ai l’impression qu’il nous faudrait une révolution ou une guerre contre une puissance étrangère pour mobiliser le peuple, un peu comme ça a été le cas aux USA pendant la seconde guerre mondiale. On peut aussi étudier le cas de la Russie post soviétique.

    J’ai l’impression que le pire est peut être une dégradation constante de nos conditions de vie (sociales, climatiques, politiques …). Comme pour la grenouille qu’on fait cuire lentement …

  3. Je ne connais pas la permaculture.
    La fable est jolie et me donne envie d’aller y voir, voilà un pari de gagné.

    Ce que je connais, par contre, c’est une association lyonnaise qui gère un jardin collectif, en bio, sur un terrain inondable et donc non constructible au milieu de lotissements. Sur l’hectare, un peu plus des deux tiers sont cultivés, le reste sert aux circulations. Nous cotisons pour salarier (sans l’exploiter: avec un salaire plus haut que ce à quoi la loi nous contraint), un jardinier professionnel qui gère les plans de culture, les rotation, et nous venons travailler chacun 6 dimanches par an, de sorte que chaque dimanche une équipe d’adhérents épaule le jardinier dans ses tâches (3500 plants de mâche à repiquer, c’est plus sympa à 15 que tout seul, comme désensabler la pompe récemment inondée), récolte, répartit pour tous, partage un moment convivial autour d’un repas partagé… Ce jardin nous rend autonomes au niveau des légumes, constitue un circuit court, favorise la tranquillité de l’écosystème local, permet de nouer des liens sociaux équilibrés, n’épuise en rien la terre qui, à notre grand étonnement, produit plus chaque année sans que nous ne lui demandions. Et tout le reste…
    Il existe dans de nombreuses villes des friches, des zones enclavées, non constructibles pour diverses raison, qu’il ne serait pas si difficile de convertir.
    Notre jardin, en son fonctionnement, est unique en France, avec en Europe une seule autre association approchant, à Genève. Notre jardin est fort d’une expérience de 20 ans, pour la première fois cette année nous avons dû mettre en place une liste d’attente. Nous sommes prêts à partager cette expérience… Pour ma part, depuis trois ans que je suis arrivée au jardin, j’ai l’impression d’être peu à peu sortie de ma torpeur de grenouille.
    Maintenant, je vais voir ce qu’est la permaculture!

  4. Salut Akä ! Merci pour ton commentaire. Si ça t’a donné envie de voir ce qu’était la permaculture, alors c’est le plus beau compliment que ce texte pouvait recevoir :)

    J’ai entendu parler de votre jardin collectif/AMAP sur decroissance.info cette semaine. Je ralais d’ailleurs parce que je trouvais que les 6 jours « obligatoires » ça faisait un peu martial, mais dans le principe je trouve ça fondamental d’aller participer à certains travaux pour se réapproprier des savoirs, et de connaître les réalités de la production alimentaire.

    Je pense que l’approche de la permaculture serait bien adaptée à la planification de votre lieu.
    Tu peux lire ce document par exemple, que je trouve assez sympa (il traite surtout du côté agricole).

  5. je me dis que si on l’explique bien et que l’on donne des points de départ et des exemples inspirant, ça provoquera l’enthousiasme (j’aimerai bien faire un tel document, mais je manque légèrement de légitimité ^^;), comme ça l’a été pour moi.
    Je pense que l’enthousiasme dépend en fait plus de la personne à qui on explique les choses que des choses expliquées en elles-mêmes. Comme le dit d’ailleurs une des citations en haut du blog de Raffa.
    Et pour ma part, des personnes enthousiastes quant à la permaculture (ou à l’autoproduction alimentaire), j’en trouve peu. Concrètement, parmi toutes les personnes que je connais et toutes celles avec qui j’ai pu discuter à certaines occasions (fêtes, manifs, foires bio etc.), il y en a quatre, toutes dans mon entourage proche. Certes il y en a qui discutent, qui trouvent ça intéressant, mais passent difficilement dans le concret. Fabien au Sens de l’Humus fait un peu le même constat, pas beaucoup d’enthousiastes pour venir aux jardins, et pourtant sur Paris il y a du monde et plein de réseaux. Tout ça tend à me laisser assez circonspect.

    L’exemple le plus frappant d’une société permaculturelle me semble être le cas de Cuba
    Est-ce que le terme « permaculturelle » convient réellement? J’ai l’impression qu’il y a pas mal de « sauve qui peut » mêlé à une gestion étatique très poussée. Le « sauve qui peut » me semble bien légitime vu les pénuries que les cubains ont traversées, mais la gestion étatique me pose problème (ou plutôt me poserait problème si quelque-chose de similaire avait lieu ici)

    Quand on dit une autonomie alimentaire de 50% ou 80%, c’est 80% de quoi en fait? Du volume d’aliments, de leur valeur marchande, de leur teneur calorique ou protéique? Selon que c’est l’un ou l’autre ça a des implications différentes. Je pense notamments aux aliments « grains » (fabacées, céréales etc).

    Mais bon, Cuba ce n’est pas la France.
    En effet. Je pense notamment à la redistribution des terres aux agriculteurs, qui en France représentent moins de 5% des gens…

    les dirigeants [de Cuba] ont l’air particulièrement éclairés
    C’est à dire?

    J’ai l’impression qu’il nous faudrait une révolution ou une guerre contre une puissance étrangère pour mobiliser le peuple, un peu comme ça a été le cas aux USA pendant la seconde guerre mondiale. On peut aussi étudier le cas de la Russie post soviétique.
    Hmm, c’est pas gai tout ça :(

  6. Les personnes enthousistastes via à vis de la permaculture il y a en a plein à mon avis. Il faut juste voir ce que l’on met derrière. Y a eu une discussion sur la ML perma ou l’une des personnes disait qu’un permaculteur ne devait pas forcément produire sa nourriture, mais faire en sorte qu’elle soit produite suivant l’éthique permaculturelle. Ça rentre dans l’optique AMAP.
    Concernant l’autoproduction alimentaire, c’est plus compliqué oui. Moi même avant cette année ça ne m’interessait pas du tout.

    Est-ce que le terme “permaculturelle” [pour Cuba] convient réellement?

    Je ne le sais pas en pratique, vu le peu de vision que j’en ai. Mais en tout cas pendant la « période spéciale » il y a eu des permaculteurs australiens qui sont allés à Cuba et ont lancé un projet avec des crédits d’état (cf cet article).
    Et ce qu’ils ont mis en place ressemble à de la permaculture (potagre urbains, déplacements collectifs, production d’énergie renouvelable …). Pour la planif c’est plus dur de savoir, surtout en se basant sur un article et un film.

    mais la gestion étatique me pose problème (ou plutôt me poserait problème si quelque-chose de similaire avait lieu ici)

    D’après ce que j’en sais la gestion de l’Etat a été bien menée. Ce n’était pas une gestion Stalinienne car au bout d’un moment ils se sont rendus compte que s’ils laissaient les outils de production aux gens, ils aménageraient plus efficacement la production (et les lieux).

    Quand on dit une autonomie alimentaire de 50% ou 80%, c’est 80% de quoi en fait?

    Cf. l’article. C’est au niveau des légumes, je pense qu’il doit s’agir du tonnage ?

    Je pense notamment à la redistribution des terres aux agriculteurs, qui en France représentent moins de 5% des gens…

    De toute façon je vois mal comment nourrir les gens s’il n’y a pas une vague de retour à la terre. Je me demande combien de personnes le voudraient si c’était financièrement possible (donc de terrains et subvention pour les premières années).

    Si je trouve Fidel Castro éclairé, c’est après avoir lu certaines de ses tribunes, après avoir lu sa biographie à deux mains (interviews par par Ignacio Ramonet), ainsi que les mesures prises à Cuba, le classement du pays sur certains points, et la société cubaine (d’après le peu que j’en sais).
    La démocratie directe et participative, l’éducation, la santé, l’entre aide (qui sait que Cuba à lutter contre le régime d’Apartheid de l’Afrique du Sud et pour l’indépendance de l’Angola ?), etc.

    Hmm, c’est pas gai tout ça :(

    Vraiment pas :)
    Mais ça reste une grande aventure quand même, ça serait exaltant de vivre « l’an 01 » …

  7. Y a eu une discussion sur la ML perma ou l’une des personnes disait qu’un permaculteur ne devait pas forcément produire sa nourriture, mais faire en sorte qu’elle soit produite suivant l’éthique permaculturelle. Ça rentre dans l’optique AMAP.
    Oui, il me semble que tu avais mentionné cette notion dans un billet précedent (ou dans les commentaires, je sais plus).
    Pour ma part je retiens surtout ce que dit David Holmgren de l’autonomie alimentaire, qui me semble quelque-chose d’assez basique, d’assez prioritaire. ça ne veut pas dire que cette autonomie doit être individuelle, elle peut aussi bien être collective (auquel cas ça rentre peut-être aussi dans l’éthique permaculturelle, j’ai pas lu beaucoup de théorie à ce sujet, et j’hésite à en lire beaucoup d’ailleurs).

    Et ce qu’ils ont mis en place ressemble à de la permaculture (potagre urbains, déplacements collectifs, production d’énergie renouvelable …)
    Intéressant, je ne savais pas que des permaculteurs australiens étaient allés là-bas. Et merci pour le lien, j’irai lire ça.

    au bout d’un moment ils se sont rendus compte que s’ils laissaient les outils de production aux gens, ils aménageraient plus efficacement la production (et les lieux).
    Aaah, un état intelligent.
    Ce qui me fait penser que pas mal d’états non « socialistes » (au sens XXème siècle) sont bien plus rigides que Cuba ne l’est. Genre l’histoire du procès pour des toilettes sèches en Bretagne, les procès à Kokopelli etc.

    De toute façon je vois mal comment nourrir les gens s’il n’y a pas une vague de retour à la terre. Je me demande combien de personnes le voudraient si c’était financièrement possible
    J’ai l’impression que pas beaucoup, sauf nécessité incontournable. Et quand il y a nécesisté incontournable, c’est rarement une situation propice à l’observation, à la réflexion posée et à la planification. C’est aussi ça qui me fait douter que la permaculture puisse être non marginale.
    Je trouve qu’il y a un imaginaire collectif qui rend difficile la dissociation entre autoproduction de nos conditions de subsistance et travail de forçat, vu que pendant des siècles les deux étaient liés. Et le « progrès » c’est justement ce qui est censé libérer de ce travail de forçat (dans la société pré-industrielle le travail agricole n’était valorisé ni par les classes dirigeantes ni par les paysans eux-mêmes qui bien souvent quand ils pouvaient avoir une autre vie n’hésitaient pas). Donc même si les faits nous montrent les limites et impasses de ce « progrès », j’ai l’impression que changer les imaginaires demandera un long « délai d’acculturation » comme dit Bernard d’Espagnat (cf la Tyrannie de la Réalité).

    ça serait exaltant de vivre “l’an 01″
    ça me fait penser que j’ai téléchargé la bd il y a 3 ans et que je l’ai toujours pas lue. Tiens, je vais me la lire demain matin pendant que le pain cuit. Merci du « rappel » ;-)

  8. qui me semble quelque-chose d’assez basique, d’assez prioritaire. ça ne veut pas dire que cette autonomie doit être individuelle, elle peut aussi bien être collective (auquel cas ça rentre peut-être aussi dans l’éthique permaculturelle, j’ai pas lu beaucoup de théorie à ce sujet, et j’hésite à en lire beaucoup d’ailleurs).

    Je ne suis pas spécialiste de la théorie perma, j’aimerais bien lire le bouquin d’Holmgren. En tout cas un de ses principes est « get a yield » (obtenir une production). Je pense qu’une autonomie collective rentre parfaitement dans le cadre de la perma, mais que le contexte de l’Australie fait que l’on a surtout eu des modèles de propriétés isolées.

    Ce qui me fait penser que pas mal d’états non “socialistes” (au sens XXème siècle) sont bien plus rigides que Cuba ne l’est. Genre l’histoire du procès pour des toilettes sèches en Bretagne, les procès à Kokopelli etc.

    Il faut voir que la révolution cubaine est une utopie toujours en mouvement. Sa rigidité vient surtout de la guerre que leur mènent les USA. Et pendant quelques années de l’influence de l’URSS, mais ce n’est qu’un corollaire de la première raison.

    J’ai l’impression que pas beaucoup, sauf nécessité incontournable.

    C’est naïf mais je persiste à croire que si les gens vont visiter un terrain en permaculture (avec jolie maison bioclimatique, abondance des fruitiers etc) ils y aspireront. J’aimagine que ça vient de mon cercle restreint de connaissances qui partagent une bonne partie de mes idéaux …

    Je trouve qu’il y a un imaginaire collectif qui rend difficile la dissociation entre autoproduction de nos conditions de subsistance et travail de forçat, vu que pendant des siècles les deux étaient liés

    Oui tout à fait, c’était mon cas il n’y a pas si longtemps. C’est surtout là que la permaculture a été une révélation. D’ailleurs je m’interroge de plus en plus sur le pourquoi de la misère des paysans, car pour moi les paysans devraient être des « seigneurs » (une fois que tu peux te nourrir tout seul, tu es libre). Il me semble que cette misère est plus ou moins universelle. C’est peut être une conséquence même de l’agriculture (augmentation de la population et de la densité, donc besoin de gestion centralisée, donc besoin de bureaucrates nourris avec les excedents de l’agriculture, donc concentration des pouvoirs, donc asservissement).

    j’ai l’impression que changer les imaginaires demandera un long “délai d’acculturation” comme dit Bernard d’Espagnat (cf la Tyrannie de la Réalité)

    Peut être oui. Mon enthousiasme spontané pour la permaculture est sans doute « l’aboutissement » d’un processus qui dure depuis deux ans avec la décroissance, ça serait pas si soudain que ça :)

  9. En tout cas un de ses principes est “get a yield” (obtenir une production).
    Ce principe-là m’a toujours laissé circonspect. « Obtenir en rendement » sans autre détail ça fait genre « tant que tu récoltes trois bricoles faut t’en contenter ».
    Et comme l’abondance a tendance à plus me satisfaire que le trop peu, je suis plutôt du genre à essayer de créer les conditions d’un bon rendement, plutôt que d’un rendement tout court. Mais en même temps ça va dans le sens de « observe and interact » (exemple : c’est engorgé, un petit double-bêchage ne ferait pas de mal) et de « catch and store energy » (exemple : faire plein de purin d’ortie et en avoir pour l’hiver).

    le contexte de l’Australie fait que l’on a surtout eu des modèles de propriétés isolées
    C’est vrai, et ça se retrouve vachement dans le bouquin je trouve. Beaucoup de schémas et de plans partant d’un terrain sans rien dessus et où tu crées tout de toutes pièces. Dans nos paysages ce genre de cas est rare, il y a presque toujours des traces d’activité agricole passée, des maisons construites de telle ou telle façon…

    je persiste à croire que si les gens vont visiter un terrain en permaculture (avec jolie maison bioclimatique, abondance des fruitiers etc) ils y aspireront.
    D’après des gens que j’ai vu, je trouve qu’une même chose, qu’un même lieu peut en emballer certains et en laisser d’autres indifférents. Voire laisser une personne indifférente un jour et l’emballer deux ans après. Ou l’inverse.
    Il me semble que ça dépend plus des personnes que de ce qu’elles voient d’un point de vue objectif.

    car pour moi les paysans devraient être des “seigneurs” (une fois que tu peux te nourrir tout seul, tu es libre)
    Oui, considérations sociales mises à part. Parce-que sur les paysans viennent se greffer la féodalité, la colonisation (ancienne ou moderne), les latifundias, l’agriculture industrielle qui est dans pas mal de cas économiquement plus compétitive, etc.
    Si je prends un exemple de société paysanne sans ces contraintes-là (la société basque du XVIème au XIXème), les gens vivaient plutôt bien.
    Avant le XVIème en revanche il n’y avait pas de maïs, on cultivait du millet, au rendement plus faible et plus aléatoire, et il y avait régulièrement des famines. Mais on ne savait pas faire de l’agriculture autrement. Donc indépendamment de toute injustice sociale, se nourrir seul implique aussi de bien savoir ce qu’on fait (ce qui inclut par ailleurs la maîtrise de la fécondité). Ce qui implique d’avoir du temps pour réfléchir tranquillement à ce qu’on fait, et ce n’est pas toujours possible quand avoir à manger est le souci quotidien.
    D’où l’intérêt paradoxal de notre époque (du moins dans nos contrées), qui en nous ayant mis à l’abri de la famine et en nous épargnant un pénible travail paysan, nous permet de réfléchir sur les impasses agricoles actuelles, ainsi que sur celles de l’époque pré-industrielle, de façon à concevoir et mettre en oeuvre des trucs plus classe. Chadwick et Fukuoka n’auraient peut-être pas conçu ce qu’ils ont conçu s’ils avaient été des paysans pauvres devant nourrir 8 enfants chacun à partir d’un bout de terrain érodé…

  10. Très jolie fable et commentaires fournis !

    Par rapport à la note, tu parles des contraintes du mode de vie des chasseurs-cueilleurs qui impliquent nomadisme et contrôle des naissances. L’utilisation du mot « contrainte » induit un préjugé négatif qui ne correspond pas forcément à la réalité. J’ai lu une étude sur les chasseurs-cueilleurs du mésolithique en Europe. D’après l’auteur ces gens n’étaient pas forcés de se déplacer, compte tenu de l’abondance de gibier à cette époque ils auraient pu se sédentariser sans nuire à la ressource. L’auteur dit qu’ils étaient nomades par volonté culturelle. Quant à la limitation des naissances, certains le font aujourd’hui par choix. Le fait d’avoir des enfants, beaucoup d’enfants implique d’autres types de contraintes, il faut les nourrir, leur fournir de l’espace.
    Tout ça pour dire que je ne vois pas en quoi la permaculture serait incompatible avec le nomadisme.
    Imaginons-nous à la fin du XXIè siècle, la permaculture s’est répandue à travers le globe, la terre est (re-)devenue une gigantesque forêt avec des jardins-forêts, des potagers et des champs disséminés. Au bout de 50 ans, un jardin-forêt commence peut-être à devenir un peu trop vieux, certains arbres sont devenus trop grands, trop vieux, il devient difficile de les couper sans tout casser, il peut commencer à y avoir des problèmes sanitaires à cause du trop longue occupation par les humains et quelques animaux domestiques. A ce stade il faudra peut-être laisser cette zone retourner à la forêt, défricher une nouvelle zone et se réinstaller. On aurait donc un processus continu de création de nouvelles zones et d’abandon d’anciennes, similaire au mouvement des chasseurs-cueilleurs-agriculteurs d’Amazonie qui pratiquent l’agriculture sur brulis avec rotation sur 20 ans.
    Mais là on est dans la science-fiction ;-)

  11. @koldo: je suis un peu surpris de ton interprétation du « get a yield« .
    Obtenir un rendement
    « On ne peut travailler l’estomac vide »
    « Faites en sorte d’obtenir des récompenses vraiment utiles pour le travail que vous faites. »
    http://www.permacultureprinciples.com/principle_3.php

    Je ne trouve pas qu’il faille se contenter de 3 bricoles, ce serait plutôt le contraire, il faut obtenir un maximum de choses en retour.

  12. Je ne trouve pas qu’il faille se contenter de 3 bricoles, ce serait plutôt le contraire, il faut obtenir un maximum de choses en retour.
    Oui c’est aussi mon avis. Mais ce principe, tel qu’il est formulé, traduit mal cette notion d’optimisation. « un rendement suffisant » ne signifie pas la même chose que « un rendement » tout court, qui est plus équivoque.

  13. Imago: Merci pour les précisions. Effectivement j’ai surement un énorme biais culturel, ne m’étant pas plus intéressé que ça aux chasseurs-cueilleurs pour l’instant.

    Je sais que ta vision est une sorte de jardin planétaire ou nomadisme et permaculture font bon ménage :)

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