Mois: mars 2009

Les villes en transition

Vision d'une transition

Vision d'une transition

J’aborde souvent la permaculture sous l’angle agricole et/ou personnel, c’est à dire de chercher une manière soutenable de vivre sur un terrain.

Aujourd’hui, j’explore un peu plus d’autres pétales de la fleur permaculturelle. Un point moins exploré de la permaculture est la manière d’organiser collectivement des sociétés pour les rendre soutenables. Cela provient sûrement du contexte dans lequel a émergé la permaculture, qui est le contexte rural de l’Australie, où les terrains sont largement accessibles. Or le modèle de développement historique de la «vieille» Europe a produit des villes très denses, contrairement aux banlieues américaines par exemple.

Il n’est donc pas étonnant que ce soit d’Angleterre qu’ait émergé le concept des villes en transition (Transition Towns). Les villes en transition (VeT) sont une application de la permaculture aux villes (voir à des quartiers, des régions, …), dans le but de rendre ces dernières résilientes en vue des deux défis majeurs auxquels sera confronté l’humanité, qui sont la descente énergétique et le dérèglement climatique.

Les initiatives de VeT innovent sur plusieurs points, selon moi :

  • Elles prennent en compte la double crise, et permettent donc de chercher des solutions réalistes. Le fait de transformer du gaz naturel et du charbon en pétrole aggravera le problème du dérèglement climatique; et les solutions à ce dernier doivent prendre en compte le futur contexte de descente énergétique, qui limitera les grosses mise en oeuvres technologiques.
  • Elles s’adressent aux communautés. Ce n’est ni une démarche personnelle, ni une démarche qui vise un changement orchestré par des élites politiques (via des réglementations). Les initiatives visent à faire prendre conscience aux gens de la non soutenabilité de notre mode de vie, et leur offrent la possibilité de changer les choses eux-mêmes, de manière collective et concertée. Ce n’est pas la démarche choisie par les organisations écologistes qui ont une action de lobbying sur les autorités.
  • Elles offrent une vision. Les organisations écologistes traditionnelles sont passées maîtres dans l’art de nous dépeindre un présent et un futur noirs. Ils le sont, le but n’est pas de nier les catastrophes présentes et à venir. Mais le fait est que cela n’arrange rien, ce n’est pas parce que l’on sait que l’on agit (cf. les dépendances aux drogues dures), et un sentiment d’impuissance n’aide pas les gens à agir. L’intérêt des initiatives de VeT est qu’elles intègrent le côté psychologique du choc qu’est la révélation de la descente énergétique et de ses répercutions sur le monde que l’on connaît. Elles incluent également des visions de ce que pourrait être un futur plus souhaitable, si certaines décisions et actions sont effectuées dans un laps de temps déterminé. Elles tournent les crises en opportunités.

Les initiatives de transition se basent sur une suite d’étapes qui sont, de manière résumée, de constituer un groupe de pilotage de gens informés; de sensibiliser les gens aux conséquences des deux crises, par des projections par exemple; d’organiser un «grand déchaînement» ouvert au public dans lequel l’initiative sera officiellement lancée, créant une synergie avec la communauté; de former des groupes dédiés (alimentation, transport, etc.) indépendants; d’organiser des événements; de lancer une grande réappropriation des savoirs et des techniques; de définir un plan de descente énergétique basé sur les travaux des différentes groupes, et qui définit une vision de transition pour les années à venir.

Tout comme la permaculture, les initiatives de VeT sont malheureusement peu connues en France, mais cela commence à changer.

Un groupe de discussion s’est formé, qui coordonne des traductions de documents, notamment le guide des initiatives de transition. Un site francophone, dont le but est d’être le portail des initiatives de transition, a récemment été lancé. Il y a quelques mois, la revue silence a fait un dossier sur les VeT dans un de ces numéros. Une bonne introduction est disponible dans cet article qui présente le premier livre du mouvement, The Transition Handbook.

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Éloge de la mauvaise herbe

Genêt scorpion

Genêt scorpion

L’été dernier, nous sommes allés camper dans un vieux mas construit par mon grand père, au milieu d’un terrain planté d’amandier et d’oliviers, laissés en repos depuis peut être une décennie. La majorité du terrain est envahie de ronces et de genêts scorpion (je ne suis pas très sûr). Quelques grands chênes ombragent le petit mas perdu au milieu d’une atmosphère étouffante de ces jours caniculaires d’août. Non loin du mas, quelques chênes pas plus hauts qu’un mètre sont perdus parmi la végétation épineuse des genêts.
Que pouvaient faire ces pauvres chênes chétifs face à la forêt de genêts qui dépassaient les 2m de hauteur ? La compétition pour la lumière et l’eau devait être terrible. N’écoutant que mon courage, j’ai entrepris de dégager les quelques chênes de ses envahisseurs. Avec un peu de recul, je me demande si j’ai bien fait.

Le genêt scorpion (Genista scorpius) fait partie de la famille des fabacées, il est donc un fixateur d’azote atmosphérique. Il pousse donc sur des sols pauvres qu’il améliore, au bénéfice du chêne. Ses épines le protègent des attaques des animaux, notamment des chèvres et des moutons, protection offerte au chêne qui pousse sous le couvert de ces épines. L’ombre qu’il apporte au chêne protège ce dernier des chauds étés du Midi.

Qui croit encore que le genêt est l’ennemi du chêne ?


Cette leçon, apprise à mes dépens (ou plutôt celui des chênes, j’espère qu’ils n’auront pas trop souffert de ma folie d’ingérence), illustre bien un des principes de la permaculture : comprendre avant d’agir. Une bonne compréhension théorique et appliquée des processus naturels permet de ne pas entreprendre d’actions au mieux inutiles, au pire nuisibles.

Dans les régions tempérées, la végétation climacique –c’est à dire la végétation vers laquelle tendent les écosystèmes s’ils sont laissés à eux mêmes, et n’ont pas étaient irrémédiablement détruits– tend vers une forêt de caduques, typiquement de chênes dans cette région. D’ailleurs il existe un petit bois de chênes jouxtant la parcelle, où cèpes et girolles pointent le bout de leur nez de temps en temps. La forêt est l’écosystème le plus stable, c’est la meilleure stratégie de conservation de la matière organique, qui serait soumise à l’érosion lors des pluies. Lorsque cette stratégie optimale est perturbée, que ce soit naturellement (chute d’un arbre, feu, …) ou artificiellement (chantiers, agriculture, …), une autre stratégie d’urgence doit être appliquée, pour empêcher le sol de s’éroder en attendant la mise en place de la forêt.

Cette stratégie d’urgence est mise en oeuvre par ce que l’on appelle les mauvaises herbes, les plantes envahissantes ou indésirables. Ces espèces pionnières ont plusieurs caractéristiques, nécessaires à leur rôle :

  • une expansion rapide (grosses production de graines, rhizomes traçants, etc.) pour pouvoir coloniser le sol rapidement, enfin de fournir une couverture du sol limitant l’érosion par le vent et l’eau ;
  • des besoins réduits pour pouvoir coloniser les terrains perturbés. Généralement ces plantes peuvent pousser sur des terrains pauvres, pollués, tassés ;
  • une nature héliophile (c’est à dire s’épanouissant au soleil), car le soleil est synonyme de perturbation, et ces plantes doivent laisser place aux plantes suivantes dans la succession qui doit amener à la forêt.

Ce sont ces caractéristiques « agressives » de « conquérantes », primordiales à leur rôle écologique, qui font de ces plantes des redoutables adversaires de nos productions agricoles si peu intégrées dans les écosystèmes naturels. Lorsque l’on coupe la forêt pour planter, lorsqu’on tasse la terre avec des machines et des labours, lorsqu’on détruit la micro-faune du sol et qu’on laisse le sol à nu, les « mauvaises herbes » occupent seulement leur niche écologique, celle des sols perturbés.

Or loin d’être nuisibles, ces plantes sont des indicateurs précieux et un pansement naturel qui contrecarre les effets nuisibles de nos pratiques. Les sols pauvres sont colonisés par des plantes qui peuvent fixer l’azote atmosphérique, qui retourne au sol lorsque la plante meurt. Les mauvaises herbes qui poussent dans des sols compactés permettent de les décompacter grâce à leur puissant système racinaire. Le genêt qui pousse sur le terrain de mon grand père et qui ne peut être mangé par les chèvres est une plante caractéristique des terrains sur-paturés. De plus, elles sont utiles de bien d’autres façons : comestibles, mellifères, etc.

Nous devons changer notre regard sur les mauvaises herbes. Comme le dit David Holmgren, les mauvaises herbes sont définies comme des plantes qui ne sont pas à leur place, c’est à dire qui poussent là où nous ne voulons pas, ce qui ne dit rien à propos de ces plantes, mais beaucoup à propos de nous-mêmes.

Pour finir, deux articles sur le sujet,  » Permaculture : Designing for cultivating ecosystems » de David Holmgren et « tous ensemble, éradiquons l’ambroisie » du Sens de l’humus.