Un pays montre l’exemple

Dans son « Living Planet Report » de 2006, le WWF dresse un état des lieux de la soutenabilité des pays. Un pays est considéré comme « soutenable » si son indice de développement humain est supérieur ou égal à la valeur considérée comme un « haut état de développement humain », et si son empreinte écologique par habitant ne dépasse pas la capacité biologique moyenne mondiale par habitant. On peut critiquer l’approche qui consiste à chiffrer des notions difficilement quantifiables (bonheur, écosystèmes, …), mais je trouve que l’approche a le mérite de fournir une vision facilement compréhensible.

Malheureusement, un seul pays parvient à rassembler ces deux critères. Tous les autres pays accaparent plus que leur part (empreinte écologique trop forte), ou vivent dans la « pauvreté » (indice de développement humain trop bas).

Devinez-vous de quel pays il s’agit ?

Graphique de soutenabilité des pays. Cliquez pour agrandir.

Soutenabilité des pays. "Living Planet Report", WWF, 2006. p.19. Cliquez pour agrandir.

Il s’agit tout simplement de la république de Cuba.

Cuba est un pays singulier. En 1959, Fidel Castro, a la tête d’une armée, renverse la dictature de Batista. Suite à une détérioration des liens entre Cuba et les États-Unis résultant de nationalisations dans l’île, ces derniers tentent une invasion en 61 puis imposent un embargo — toujours en vigueur — depuis 1962. Cuba se met alors sous la protection de l’empire soviétique, dont il tire un pétrole bon marché en échange de canne à sucre, ainsi que la plupart de ces biens de consommation.

Suite à l’effondrement de l’URSS, Cuba se retrouve sans marché exportateur, sans pétrole, et toujours soumis à un embargo de la part des États-Unis. Va alors s’ensuivre la « période spéciale« , (chute de 35% du PIB) pendant laquelle le pays va se réorganiser dans l’urgence. Il a fallu repenser l’agriculture qui utilisait des tracteurs et des pesticides sur des cultures d’exportation, pour une agriculture vivrière demandant plus de main d’oeuvre. Il a fallu réorganiser les transports, en reconvertissant les poids lourds en transports publics, en réhabilitant le covoiturage et la bicyclette, …

Cuba nous montre la voie d’une descente énergétique gérée admirablement à la fois au niveau individuel (autoproduction, utilisation des bicyclettes, etc.), national (privatisation de grandes fermes collectives pour que les gens se réapproprient leurs moyens de production, législation protégeant les plus faibles …), et communautaire (entre aide envers les personnes agée, dons aux écoles …).

Il n’est pas étonnant que Cuba soit une sorte d’exemple pour le mouvement des villes en transition, d’autant plus que des permaculteurs australiens sont allés prêter main forte aux cubains lors de la période spéciale, pour apporter les principes et les techniques de la permaculture à cette société en pleine mutation. L’idéologie socialiste (vibrante parmi la population) alliée à l’éthique permaculturelle (dont le niveau d’influence reste cependant inconnu), a permis à ce petit bout de terre immergé, qui a comme voisin hostile la plus grande puissance du monde, de se développer humainement dans un contexte de pénurie énergétique.

Tous ces changements sont relatés dans l’excellent documentaire, « Power of Community : How Cuba Survived Peak Oil » (Voir une traduction française d’un article sur le documentaire).

16 commentaires

  1. une question simple , avez vous ete a Cuba , connaissez vous personnellement des cubains qui ont reussi a fuir Cuba ????????
    J’en doute , en lisant votre article et surtout la phrase « descente energetique geree admirablement…. »
    AU SECOURS J’HALLUCINE , la grande majorite des cubains vivent dans la MISERE ,dans le systeme D ,et la demerde depuis des decennies et toujours sous le joug d’un regime totalitaire …et du silence
    J’ai travaille avec des medecins cubains en ALGERIE et en ANGOLA ,j’ai sejourne a CUBA ,j’ai voyage comme eux (camions ,camionettes ,carioles tirees par des chevaux ,vieux bus ,des dizaines entasses comme du betail a l’arriere des remorques …) j’ai dormi chez eux ,dans les annees 90 IL LEUR ETAIT FORMELLEMENT INTERDIT D’avoir des contacts avec les etrangers
    Les malades du sida etaient parques dans des camps ,isoles du reste de la population……ETC
    Qu’est que les medias nous font avaler comme couleuvres!!!!!
    Je sais que le quotidien de la majorite des cubains est inchange depuis ma visite en 1995 ,depuis quelques uns se sont enrichis avec le tourisme , des charters entiers venus tater au tourisme sexuel bon ,tres tres bon marche
    HASTA LUEGO

  2. Bonjour,

    Non je ne suis jamais allé à Cuba (je ne parle pas espagnol et le bilan carbone ne serait pas négligeable). Ensuite, et ce n’est pas personnel, j’ai du mal à prendre en compte le fait qu’une personne anonyme me dit être allée à Cuba.

    Connaître des personnes qui ont vécu à Cuba et qui ont fui le régime n’est pas une condition suffisante pour avoir des informations pertinentes, à cause des biais évidents d’une telle situation (typiquement, les personnes qui ont eu les moyens de fuir étaient une classe particulière (aisée) de la société, qui par le fait était moins réceptive à la vision socialiste et a été la plus durement touchée par les nationalisations opérées par le gouvernement cubain). Doit-on tirer une conclusion du fait que ces gens-là n’avaient pas fui sous le gouvernement de Batista ?

    J’aimerais bien quelques références pour justifier la phrase « la grande majorité des cubains vivent dans la misère ». Voulez-vous parler de la misère économique imposée par l’embargo américain qui dure depuis plus de deux générations, en violation patente des résolutions de l’ONU (vote de 2005: 182 contre l’embargo, 4 pour, une abstention) ? Ou cette prétendue misère humaine mise à mal par tous les indicateurs et statistiques internationaux (mon billet mentionne ceux du WWF) ? On peut jeter un coup d’œil au rapport de l’OMS sur les statistiques sanitaires mondiales de 2008. Mortalité des deux sexes : 78 ans (78 aussi pour les USA), Taux de
    mortalité néonatale 4‰ (4), Médecins pour 1000 hab : 59 (26), Lits d’hôpitaux pour 1000 hab : 49 (32). Ou sur le global education digest de l’UNSECO : Nombres délèves par professeur : 10 (14), ou selon les statistiques de l’UNICEF pour Cuba et les USA : Taux de mortalité des moins de 5 ans : 7 (8), Taux de mortalité infantile (moins d’un an) : 5 (7), Taux d’alphabétisation des adultes: 100% (NC), population utilisant des sources d’eau potable améliorées 91% (99%), Taux d’alphabétisation des jeunes : 100% (NC), Taux de scolarisation dans le secondaire 93,5% (88%).

    Mais peut être que vous vouliez parler de cette « misère » là ? : Nombre de téléphones pour 100 personnes : 1 (80), utilisation d’internet : 2 (70). Si c’est le cas, on ne place pas la misère humaine dans la même catégorie.

    Je suis également circonspect sur un régime totalitaire dont une des priorités a été l’alphabétisation en masse (100% des jeunes et des adultes, rien que ça) de sa population. Ça me semblerait être le seul cas …

    Quant à votre vision d’horreur des transports, ça ne correspond qu’à une réalité économique, et non à la totalitarité du régime en place. A moins que vous considérez que comme les USA sont à l’origine de cette asphyxie économique et mettent le changement de gouvernement parmi leurs conditions pour laisser vivre le pays, effectivement si le gouvernement est destitué, alors la magie de la concurrence libre et non faussée pourra enfin irriguer le pays de sa main invisible …

    D’ailleurs je tiens à rappeler que si vous avez effectivement travaillé en Algérie et en Angola, c’est que Cuba a envoyé une « armée » pour aider plusieurs pays d’Afrique à gagner leur indépendance, et notamment a contribué à l’effondrement du régime d’apartheid en AdS en le combattant en Angola. Quand je pense que les occidentaux traitaient Mandela de terroriste pendant ce temps …

    Quant au tourisme sexuel, je n’y vois pas la perversion d’un régime totalitaire, mais simplement la prédation des riches envers un pays pauvre, et Cuba n’est malheureusement pas un cas isolé. L’exploitation de la misère économique est mondiale. Mais vous semblez critiquer (à raison) le tourisme sexuel (qui nous concerne nous, les clients occidentaux, en premier lieu), mais pas les mesures prises pour lutter contre, à savoir l’interdiction d’avoir des contacts avec des occidentaux (ou alors pour quelle raison était-ce ?).

    Quant aux camps de malades du SIDA, une accusation aussi grave ne saurait être prise au sérieux sans un minimum de sources, merci donc de les fournir.

    J’ai pris beaucoup de temps pour répondre de manière factuelle à votre commentaire qui n’était aucunement sourcé, aussi je vous demanderais, si vous intervenez encore, de le faire de manière argumentée, sans quoi je me verrai dans l’obligation de supprimer votre commentaire, ne voulant pas rentrer dans une spirale chronophage de réponses argumentées à des attaques sans fondement. Merci d’avance.

  3. Bonsoir
    Merci de m’avoir lu ,c’est clair je vous ai froisse , ou pire je vous ai offense , mais par quel tour de passe passe !!!
    J’ai juste reagit a l’article ci-dessus , je n’ai formule aucune attaque personnelle ,je me suis exprime avec mon ressenti ,mon vecu ,mes tripes ,comment argumenter cela?????
    Effacez,effacez tout vous etes maitre des lieux ,mais pas de la parole , ni de la memoire.
    Les cubains sont champions en sante publique ,nous on sait pas faire ou mal tres mal …
    Les statistiques de l’OMS correspondent bien a la realite sur le terrain ,et cela meme bien avant les annees 2000
    Pour info dans les annees 90 ,on n’avait pas de telephone portable en France ,encore moins a Cuba
    Dans ces annees la , savez vous comment l’etat recompensait un medecin cubain pour son exellence ,en lui offrant une automobile !!!!!!
    Avec l’arrivee des touristes nombreux medecins devinrent taxi et quitterent la medecine…….
    Que vous me croyez ou pas cela n’a aucune importance ,je temoigne
    Savez vous que l’armee de medecins cubains envoyes hors des frontieres y sont alles contraints et forces en partie , cette armee etait composee d’elements « perturbateurs » , certains ayant fait des erreurs medicales ,ou des negligences……
    Mes sources pour les camps de seropositifs :les jineteras(prostitues)et des medecins cubains Attendez encore un peu , un jour vous lirez tout ca ,quand l’etau de la repression aura desserre son etreinte morbide ……..
    HASTA LA VICTORIA SIEMPRE
    Grand merci pour cet espace de liberte

  4. Salut Florian, merci pour ton commentaire. Je suis allé sur ton blog mais je comprends pas tout à ce que tu écris, mais c’est pas nouveau ;)
    J’avais repéré tes notes de lectures très interessantes sur le livre de Kaczynski, si tu l’as toujours et que tu peux me le préter, je suis intéressé :)

  5. Bonjour,
    je souhaite apporter quelques critiques (constructives), notamment sur la phrase « […] pas étonnant que Cuba soit une sorte d’exemple pour le mouvement des villes en transition ».

    0/ Je croyais le mouvement lancé par Rob Hopkins « Transition Town » ou « TT » (Villes en Transition, en Français) était apolitique. Votre avis sur le « modèle » cubain est il donc personnel ou correspond il a un texte précis de TT?

    1/ Vous parlez de Cuba comme modèle de TT, mais il me semble que Cuba a dû se convertir dans l’urgence et sans suivre un régime « démocratique », alors que les TT sont par définition amenées par la concertation et une reconversion « douce » (sur 15 à 30 ans). Votre référence n’est elle pas en contradiction avec les bases même du « Transition Town Movement »?

    2/ Quel régime politique pour la transition?
    Une des hypothèse de travail reprise par de nombreux chercheurs et experts sur le changement climatique est que suite au pic pétrolier et à la crise économique et environnementale, les régimes démocratiques seront affaiblis. Pour survivre à la crise, il est probable nos sociétés s’en remettent à un homme ou à un groupe providentiel, et deviendront des « démocraties autoritaires » (compris et surtout dans les pays dit développés, pour l’instant pluralistes), afin d’assurer la cohésion sociale et la gestion de la rareté des ressources. Pour rappel, Cuba et sa « transition » face au pic pétrolier ont impliqué (ce qui existait en partie avant): pas de liberté de mobilité des personnes et des biens (soumis à autorisation), pas de liberté d’expression (pas de liberté de la presse, contrôle du patriotisme des habitants des quartiers par des CDR, etc), pas de liberté politique (un parti unique), pas de liberté d’entreprendre (soumis à autorisation), pas de liberté de rassemblement (pas de syndicat indépendant, peu d’associations), etc…

    Il faut cependant reconnaitre que c’est par le biais de régime autoritaire que la plupart des pays « développés » et des nouveaux pays développés ont réussi à passer à l’ère industrielle (France du XIX siècle, Russie soviétique du XX siècle, Corée du Sud, Singapour, et Cuba, etc.). Cuba pourrait donc être considéré comme un « exemple » possible de notre futur face à la crise… Pourriez vous préciser si ce Cuba est pour vous un « modèle » ou un « exemple des possibilités du futur »?

    2/ « Cuba » ou « villes cubaines »?
    Vous faites allusion à Cuba comme modèle pour villes en transitions. Vous évoquez peut être par là les « grandes villes cubaines », et non le pays en entier? Cuba, comme la plupart des pays économiquement sous développés, a une population vivant majoritairement dans des villages ou habitat insablubres, pauvre économiquement, sous alimentée et sans accès crédible aux soins. Je partage votre avis cependant: c’est aussi le cas (et c’est parfois bien pire) dans la plupart des autres pays d’amérique centrale voisins pourtant considéré comme des « démocraties libérales ». Seules les grandes villes (La Habana au Nord Ouest, Santiago au Sud Est, plus deux ou trois au centre) ont un IDH « élevé ». Les zones rurales ont un IDH relativement bas ou moyen. Mais « une moyenne ment facilement », comme vous le savez…

    j’ai déjà trop écrit. J’espère que votre réponse sera autant constructive que j’espère l’avoir été. Merci d’avance.

  6. Salut kobaltito,

    Votre avis sur le “modèle” cubain est il donc personnel ou correspond il a un texte précis de TT?

    Hum, peut être que « modèle » est un peu trop appuyé, en tout cas il peut prêter à confusion, « exemple » serait plus juste, voir « espoir ». Il s’agit d’une situation dans laquelle une communauté (à l’échelle d’un pays) a dû gérer une transition énergétique, et a plutôt bien réussi, si on en croit les différents indices que j’ai cités.
    En tout cas l’exemple de Cuba n’est pas passé inaperçu, le film que j’ai cité est dans la liste de films qui peuvent être projetés pendant la phase d’éveil des conscience, Rob semble beaucoup parler de Cuba sur son blog, et je cite « How impressive it was that Cuba, even when things got very tough, still prioritised funding for health and education ».
    Après les envolées sur le socialisme de l’île sont de moi :)
    Mais sinon il n’y a pas de « texte précis » à ce sujet, à ma connaissance.

    Vous parlez de Cuba comme modèle de TT, mais il me semble que Cuba a dû se convertir dans l’urgence et sans suivre un régime “démocratique”, alors que les TT sont par définition amenées par la concertation et une reconversion “douce” (sur 15 à 30 ans). Votre référence n’est elle pas en contradiction avec les bases même du “Transition Town Movement”?

    Le plan de descente énergétique est sur 20 ans oui. Maintenant, si le mouvement des TT a vocation a être international, vu que ça va concerner tout le monde, il reste que le noyau se trouve dans une situation géostratégique bien particulière. L’Angleterre possède en effet les principales ressources pétrolière (et gazières ?) d’Europe, et même si elle a passé son pic, elle est assurée d’avoir un approvisionnement (bien que déclinant), en dehors des prix du marché. Cette situation n’est pas la même pour tout le monde, loin de là, et particulièrement chez nous en France.
    Ensuite, « qui peut le plus peut le moins », et s’ils ont réussi à s’en sortir avec une forte réduction de leur approvisionnement, ça peut rester un exemple, mais effectivement les enseignements de Cuba peuvent donner des idées plus douces pour le mouvements des TT, plus douces car la déplétion sera plus étalée. Donc, oui, peut-être qu’on parle plus d’espoir, d’inspiration. J’ai l’impression que Cuba, pour les Tt, rentre dans la case « optimisme ».

    Concernant la remarque sur la (non) démocratie cubaine, je dirai que la notion de démocratie est assez subjective. En tout cas je trouve que nos démocraties le sont bien peu (voir cette brochure).
    Pour moi la démocratie doit venir d’en bas. J’aime bien l’image de l’anarchiste Chomsky qui voit l’état comme une cage nous permettant de ne pas nous faire dévorer par les fauves que sont les multinationales. Mais qu’il ne faut pas oublier que l’état est une cage, et qu’elle devrait être la plus grande possible et disparaitre en même temps que la menace dont elle nous protège.

    Je vois le gouvernement cubain un peu comme cette cage. Il a fallu entreprende beaucoup de choses pour contrer l’hostilité américaine (il y a eu une invasion, des tentatives de coups d’états ou d’assassinats, des financements de médias ou groupes qui appelaient à l’insurrection, etc.). La révolution cubaine n’a pas pu aller ou elle voulait car elle a du faire face à cette menace permanente qui a changé beaucoup de choses (alliance avec l’URSS, arrestations politiques – mais en aurait-il était autrement dans nos « démocraties » ?).

    Les mesures contraignantes du régime n’ont pas été dues (qu’)au choc pétrolier, mais aussi à l’effondrement de son partenaire politique (URSS), laissant l’opportunité aux USA de contre-attaquer. Il y a une situation géopolitique tout à fait particulière. Des mesures similaires ont été prises aussi chez nous en temps de guerre.

    Ensuite, le mouvement des TT est effectivement apolitique, et le message aux politiques est un peu « vous êtes les représentants du peuple, nous somme le peuple et nous voulons faire ça, nous vous invitons à nous rejoindre et nous faciliter la tâche, mais de toute façon, on va le faire quand même », bien que la confrontation soit évitée.
    Dans le cas de cuba, bien que ma connaissance dans les processus démocratiques soit limitée, j’ai l’impression que le peuple a un fort pouvoir au niveau local, et que le parti communiste reste cette cage nécessaire, pour ne pas se faire engloutir par les puissantes forces de la « démocratie libérale ». Et les TT ont surtout besoin d’un pouvoir local (ils sont bien embêtés en Angleterre car les maires n’ont aucun pouvoir, ça se passe au niveau des districts).

    Donc Cuba pourrait bien être pour moi un modèle de pays en transition, bien que cela dépende beaucoup des personnes en haut de la pyramide (vision, éthiques, etc.). Mais ma vision de l’état reste celle de cette cage destinée à s’ouvrir.
    Je pense qu’une des organisations les plus enviables pour un monde post-pic sera une fédération de communautés permacoles anarchistes, dont l’éthique serait : absence de domination sur la nature ou les hommes, création d’une abondance en étant en accord avec la nature, juste redistribution de l’abondance, juste place de l’espèce humaine parmi la communauté de la vie. Que l’organisation serait au niveau de petites villes, que la majorité des gens oeuvrerait à la production de ce qui est nécessaire pour cette communauté. bon c’est un peu brouillon parce que ça sort comme ça vient, mais je réfléchirai un peu plus la dessus à tête reposée.
    Pourra t’on ouvrir la cage de l’Etat ? Je pense que ça dépend en grande partie du peuple, et le fait que Cuba se préoccupe autant de la population, de l’éducation et de la santé des jeunes me rassure.

    Je pense qu’on risque d’avoir des « démocratie autoritaires » (j’appelerai plus ça du fascisme) correspondant au scénrio « brown tech » d’Holmgren. Cependant je ne vois pas Cuba comme faisant partie de cette catégorie, pour les raisons évoquées ci-dessus.

    Je ne connais pas vraiment la situation dans les campagnes. Mais comme vous le faites remarquer, la misère économique de Cuba est grande, mais comme dans la majorité des pays du globe. Maintenant, j’aurai tendance à dire que la misère économique est souvent une projection de notre imaginaire occidental. Je ne vais pas refaire le laius bien connu sur l’imbécilité de la notion de PIB, mais pour moi ce dernier ne traduit pas grand chose. Les seuls points ou la misère économique est catastrophique, c’est quand elle touche l’intégrité des personnes (manque d’accès à l’eau potable etc). Or ici les statistiques essentielles sont très bonnes. On peut faire facilement mentir une moyenne, mais quand la majorité des gens vivent à la campagne, et que les statistiques sanitaires par habitant sont excellentes, c’est dur de faire mentir la moyenne sur les conditions de vie à la campagne. Il y a cependant les méthodologies (représentativité de l’échantillon choisi etc), mais je n’ai pas poussé le vice jusqu’à allé voir celles des organisations de l’ONU.

    J’espère avoir répondu à vos questions, n’hésitez pas. Si je devais résumer, non la position que j’ai évoque dans ce billet n’est pas une position officielle des TT ni de Rob hopkins, mais la mienne.

  7. Salut Mr CarFreeFrance, désolé vous étiez bloqué par l’antispam du blog. Vous pouvez utiliser ce texte sur votre blog sans problème (et en plus j’ai pas mon permis) !

  8. Merci, j’apprécie l’honnêteté (et la visée positive) de votre réponse.

    Cuba est en effet l’un des leaders de « solutions système D » pour le développement urbain « low cost » (production agricole urbaine, usage collectif des moyens de transports, recyclage intensif, réduction de la demande énergétique, etc.), mais plus par nécessité que par choix ou plan.

    Le système autoritaire en place permet effectivement une stabilité socio-économique en temps de crise sévère (NB: « stabilité » n’est pas synonyme de « bonheur » ni de « justice », bien que ces mots ne s’opposent pas pour autant), la « cage » dont vous parliez.

    Cependant, cet « exemple » cubain ne serait complet que si vous incluez deux biais:
    – l’explosion du secteur touristique, qui représenterait plus de 2.5 milliards USD en 2008 (source:miamiherald, connu pourtant pour être anti castriste), permettant un développement très peu écologique, voir peu éthique (hotêls de luxe 5 étoiles gourmants en importations et en énergie, prostitution massive bien que « artisanale », inégalités sociales et distortions des échelles de salaires au niveau national, ré-apparition de la mendicité, etc);
    – la mauvaise gestion chronique des politiques d’agriculture, avec des résultats assez mauvais pour un pays qui a pourtant pas mal de terres exploitables…

    L’exemple de transition cubaine n’est donc probablement pas aussi souhaitable qu’il n’y paraitrait?

    Il serait utile pour les TT (et pour nous) de chercher s’il n’existe pas de pays ayant connu et survécu à une crise grave (énergétique, économique, naturelle, etc) qui ait su rester démocratique pluraliste??? je cherche et vous tiens au courant si j’en trouve… :)

  9. Oui ça a plus été par nécessité, apparemment leur agriculture avait un profil très « exportateur » (monoculture mécanisée de canne à sucre), et le communisme n’est pas réputé pour son anti-productivisme … Mais je pense que ça leur a servi de leçon, et j’espère que les enseignements qu’ils en ont tiré ne voleront pas en éclats dès que les barrières se lèveront.

    J’avais lu des choses sur le tourisme et la prostitution dans la biographie à deux mains de Castro, mais je ne m’en souviens guère, mais il me semble que Castro veut interdire la prostitution et ne voit pas d’un très bon oeil les hotels de luxe, mais encore faut il pouvoir arrêter cela. Au passage je ne serai pas contre des sources de ce que vous avancez (prostitution massive etc.).
    Pour la gestion agricole, est-ce que vous pouvez être plus précis ?

    Chercher un pays démocratique/pluraliste ayant résisté à une crise est un bon exercice de style car nous sommes dans ce genre de société, mais la vision de démocratie pluraliste est un concept très occidental auquel je ne souscrit pas volontiers, vu que tous les exemples que nous avons actuellement sont pour moi des échecs patents. Aussi je ne fais pas de la démocratie occidentale un critère nécessaire.

  10. Et bien moi, je suis allé à Cuba en 98. Je n’y suis allé qu’un mois, et j’avais seize ans, à l’époque ; de plus, je ne connaissais pas encore la permaculture. Donc je n’ai pas vraiment pris le temps de découvrir parfaitement le système cubain. Mais en un mois, j’ai pu voir, tout de même, que les cubains ne vivent pas le moins du monde dans la misère. Moi qui suis également allé dans des pays réellement pauvres, du tiers monde, comme Madagascar, le Népal, ou le Burkina Faso, je peux vous dire que les conditions de vie n’y ont rien à voir.
    On confond trop souvent misère et pauvreté. Les cubains ne vivent pas dans la misère, ils vivent dans la pauvreté. Ils ont l’essentiel, et très peu, voire pas du tout, de superflu. Tous les cubains ont reçu une très bonne instruction gratuite et obligatoire jusqu’à 14ans, ils connaissent la géographie mondiale, savent comment fonctionne notre société « démocratique » et capitaliste; ils ont tous entendu parlé de zola, de victor hugo, de shakespeare, et de bien d’autres. Les soins hospitaliers là-bas sont totalement gratuits, même pour les riches touristes de passage, et leur médecine est d’une qualité tout à fait comparable à celle de la France. Les transports en commun sont énormément disponibles et ne coûtent quasiment rien, et les cubains peuvent se déplacer comme ils veulent dans le pays. Les cubains ont très facilement accès au minimum vital, du riz, des haricots, un peu de viande, du savon, du dentifrice, une paire de chaussures et quelques habits, tout comme ils ont très facilement accès à une maison ou un appartement. Ils ne sont pas obligés de travailler, ceux chez qui j’ai passé deux semaines à Guantanamo travaillaient sur les terres de l’état, dans les champs de canne à sucre, quand ils voulaient, à la journée. Ils rentraient le soir avec leur argent, et au bout de trois jours, ils avaient de quoi vivre pour la semaine, alors ils arrétaient de travailler, préférant faire de la musique, danser, chanter, en buvant du rhum avec les amis. De plus, la journée, au travail, les ouvriers arrètent chacun leur tour de travailler pour lire un article de leur choix, à haute voix, pour ainsi « poursuivre l’éducation populaire », qui une info du jour, prise dans le journal, qui un passage de livre, etc., qu’ils peuvent commenter comme ils ledésirent.
    Personnellement je n’appelle pas cela de la misère. La misère, on la trouve dans des pays où les gens sont totalement ignorants de ce qu’est le monde qui les entoure (comme george bush, qui ne sait pas situer l’Europe sur une carte), qui n’ont pas de quoi bouffer et nourrir leurs enfants, qui n’ont qu’un seul change, troué, qu’ils ont réussi à trouver dans une décharge, qui prostituent leurs gosses comme seule possibilité de leur acheter un peu de nourriture. C’est comme ça qu’était Madagascar lorsque j’y étais allé, sous la dictature de Ratsiraka, il y a seize ans.
    A cuba, les gens sont globalement heureux, c’est très visible; ils sont tous en bonne santé, les gens se parlent facilement dans la rue, rient beaucoup, dansent ou chantent souvent. Dans les cités d’immeubles qui s’étendent à perte de vue comme il y en a autour de la havane, (et qui ressemblent beaucoup à nos cités françaises d’un prime abord), règne un calme, une sécurité, une convivialité qui n’a pas du tout son pareil avec les notres. Les cubains sont très respectueux, très agréables, très honnètes aussi. Lorsque vous marchez sur le troitoir d’une grande avenue, les cyclistes qui vont dans votre direction vous proposent tous de vous avancer, sur le porte-bagages de leurs robustes vélos chinois.
    J’ai traversé l’ile du nord au sud dans des bennes de poids lourds bondées de voyageurs, ou en dormant sur des sacs de riz dans des remorques, pour moins d’un dollar (une vingtaine de pésos), si mes souvenirs sont exacts. Et où régnait une convivialité sans pareil.
    J’ai bu avec des cubains en pleine rue, j’ai discuté philosophie et politique avec eux; ils sont instruits, ils savent réfléchir, et ceux qui ne sont pas d’accords avec le régime n’hésitent pas à le clamer haut et fort. Il y avait des policiers qui buvaient non loin de nous, et ces « opposants » n’ont pas été embarqués. D’autant plus que les rares opposants sont des jeunes qui n’ont pas de souvenir de la misère dans laquelle étaient réellement les cubains avant la révolution, et que s’ils ont l’impression d’être misérables, c’est parcequ’ils ont bidouillé leurs vieilles TV russes pour capter les chaînes de Floride qui vantent constament l’oppulence de la bourgeoisie états-unienne minoritaire.
    Et pour ce qui est de la prostitution, les femmes sont libres, à cuba. Elles ont une sexualité très libre. Je me suis fait draguer, là-bas, autant par des chicas de mon âge que par des femmes de 40 ans, et dans des lieux pas du tout touristiques, pas forcément pour de la prostitution. Il y a évidement des prostituées, comme partout, et évidement celles-ci profitent de la manne financière que représentent les touristes; mais la plupart des cubaines qui séduisent des touristes le feraient de toutes façons, sans y chercher de gain. Et comme il se trouve que ces touristes ont des dollars, et donc ont l’accès à ce qui est le superflux (les produits d’importation doivent se payer en dollars, pas en pésos), il est normal qu’elles tentent de les utiliser pour y avoir accès: c’est dû uniquement à une différence de revenus, comme l’a très justement proposé Nicollas.
    Je ne suis pas communiste, je ne suis pas plus que ça pour le service publique, encore moins pour la communauté (que je considère comme une niaiserie). Mais force est de constater que, malgré quelques problèmes de liberté (les homosexuels ont effectivement été longtemps persécutés, accusés de transmettre le sida, et il y a de nombreux prisonniers politiques dans les geôles cubaines, et la liberté d’entreprendre est effectivement très restreinte – encore qu’il n’est pas sûr que ce ne soit pas une bonne chose de ne pas avoir le droit d’entreprendre tout ou n’importe quoi), malgré tout, le système castriste a de nombreuses qualités qui devraient servir d’exemple pour de nombreux pays.
    Et pour ce qui est du parti unique, beaucoup d’occidentaux ne comprennent pas ce fonctionnement. C’est une démocratie populaire, c’est à dire qu’il y a une démocratie participative locale qui fonctionne très bien, et que tous les individus politisés sont forcément membres du même parti. Mais cela n’implique pas qu’il puisse y avoir différents courants, dans ce parti. Il fonctionne un peu comme une fédération, où les politisés élisent leurs représentants locaux, régionaux, puis nationaux, qui sont ceux qui du coup vont diriger le pays. Le consensus est privilégié sur un fonctionnement à la majorité. Ce n’est pas pire que le bi-partisme américain, où les partis communistes sont interdits (et oui ! ), ou que notre système français d’oligo-cratie (gouvernement quasi totalitaire d’une minorité).
    Autre chose, aussi, à propos du pouvoir castriste: il est peut-être autoritaire (notamment pour se défendre face à l’agression états-unienne, puisqu’ils sont quasiment en état de guerre avec eux), mais il est on ne peut plus honnète. Tous les jours, Fidél est filmé dans ses travaux, avec ses ministres; ils expliquent ce qu’ils ont fait, pourquoi, comment. Tous les jours, les cubains, en regardant la chaine nationale, peuvent être informés de ce que fait leur gouvernement, de ce qu’est la politique de leur pays. De même pour les débats, au sein du parti et dans les cercles politiques. Je trouve ça on ne peut plus honnète, et nos hommes politiques français devraient en prendre de la graine.
    Et à Suktu, qui dit :
    « Qu’est que les medias nous font avaler comme couleuvres!!!!! »
    Je trouve tout de même, qu’habituellement, ici, les médias nous font plutôt avaler le côté totalitaire du régime cubain, et la soi-disant vie misérable des cubains, plutôt que l’inverse. Que de reportages n’avons-nous pas vu à la TV, faits par des journalistes qui n’y ont jamais mis les pieds !

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