Permaculture et agriculture naturelle (suite)

Suite à la traduction d’un article sur l’agriculture naturelle de Fukuoka, et la permaculture de Bill Mollison et David Holmgren, j’ai un peu plus réfléchi à la différence entre ces deux concepts.

La première différence quasi évidente est que la permaculture concerne toutes les activités humaines, et peut être appliquée aussi bien à l’économie, qu’aux sociétés ou aux terrains agricoles. Cependant Fukuoka va plus loin que l’agriculture, puisqu’il l’a relie à l’alimentation, et plus généralement à une philosophie de vie. Fukuoka semble beaucoup moins s’intéresser à l’interconnexion des différents systèmes, mais comme le dit bien l’article, il adopte implicitement le même raisonnement que le zonage permaculturel. Fukuoka semble ne pas s’intéresser aux bâtiments, mais je suppose qu’il bénéficie déjà de la tradition culturelle durable japonaise.

Je pense que là où réside la principale différence entre permaculture et agriculture naturelle (et entre la permaculture et les formes traditionnelles de gestion durable du territoire), c’est que la permaculture est une science. Comme le dit Bill Mollison dans une interview, «si je demande à une vieille dame grecque assise dans une vigne « Pourquoi avez-vous planté des roses parmi les vignes ? », elle me répondra « Parce que la rose est le docteur du raisin. Si vous ne plantez pas de roses, les raisins sont malades ». Cela ne m’apporte pas grand chose. Mais si je peux découvrir que la rose exsude par ses racines une substance chimique récupérée par les racines des vignes et qui repousse la mouche blanche (ce qui est la manière scientifique de dire la même chose), alors j’ai une information très utile». Je pense que tout le monde ne partage pas les vues de Mollison sur l’utilité ou l’inutilité de ces connaissances, et que c’est ce qui définit notre penchant vers la permaculture ou l’agriculture naturelle. Personnellement je serai plus proche de la pensée de Mollison, car passer d’une connaissance imagée (ou mythique) à une connaissance scientifique permet un plus large choix d’actions (par exemple remplacer la rose par une plante comestible qui exsuderait les mêmes composants).

Pour mieux appréhender ces différences, on peut faire un parallèle avec l’alimentation. On peut avoir d’un côté une alimentation traditionnelle, comme celle de l’île de Crête, très « naturelle » (produits de la mer, herbes sauvages) et de l’autre une discipline scientifique, la diététique (voir d’autres spécialités inconnues du profane que je suis), qui étudie les bonnes associations d’aliments (par exemple l’acidité du milieu de digestion), les aliments provoquant des pics d’insuline etc. (voir le travail de lanutrition.fr). Bien que les approches soient très différentes, la méthode naturelle offre un cas d’étude à la méthode scientifique, qui conforte la méthode naturelle et permet de tirer des enseignements reproductibles sur d’autres régimes alimentaires.

Bien entendu, dans les deux cas on retrouve également une approche scientifique réductionniste et à court terme, qui donne des résultats désastreux. Pour l’alimentation, ça peut être la vision purement « calorique » qui donne les régimes protéinés complètement déséquilibrés. Pour l’agriculture, ça peut être la vision de Liebig (le rendement d’une culture est limité par celui des éléments fertilisants qui le premier vient à manquer) qui donne les célèbres engrais chimiques grossiers NPK.

Advertisements

9 commentaires

  1. Salut Nicollas,
    Ce qui est très frappant dans ces deux types de cultures, c’est qu’elles vont toutes les deux nettement plus loin que le simple contexte de culture.
    Fukuoka dit dans « La Révolution d’un seul brin de paille » ; surtout ne faites pas comme moi, expérimentez, cherchez,…et ce que je fais chez moi, même si des fois je dis permaculture, et d’autres agriculture naturelle ou sauvage, c’est un type de culture (et de vie aussi) qui suit les grandes lignes de…mais qui me ressemble, qui est mon modèle de culture (et surtout qui vaut ce qu’il vaut -;) ).
    Exemple, je ne travaille pas sur buttes par contre j’ai une couverture végétale et organique, je fais du compost (Fukuoka lui n’en faisait pas), du fait ou à cause des TLB,…
    L’élément Terre est en passe de disparaître, me voici plus dans le concret directement lié au « projet ».
    Content de t’avoir relu.
    a++

  2. Salut Xtof,

    que veux-tu dire par « plus loin que le contexte de culture » ? Tu parles de (agri)culture ? Car je ne suis pas sur de mettre quelque chose plus vaste que la culture.

    C’est clair qu’il ne faut pas suivre de dogme, la permaculture se base sur des éthiques et des principes, après c’est à chacun d’appliquer les techniques qu’il préfere, suivant sa situation géographique, sa culture, ses expériences, son domaine d’application etc.

    Bon, maintenant faut que tu parles de ton projet sur ton blog :p

  3. Salut Nicollas,
    Oui, tout à fait je parle bien d’agriculture, d’ailleurs j’ai vraiment très apprécié la fleur que tu as publiée, il y a quelque temps déjà et que j’ai retrouvée via le blog de Zelda (à tout ces détours!!!).
    Comme dis sur un forum commun, j’ai avancé sur mon blog et j’ai dû pour cela changer l’endroit, tu as donc maintenant l’adresse définitive du blog.
    Puis-je utiliser la fleur sur mon blog ?
    Merci.
    a+++

  4. Bien sûr que tu peux l’utiliser, je n’ai fait que la traduire donc bon. Ton projet fait bien envie en tout cas :)

  5. je decouvre votre blog ,merci pour la traduction,entre les 2 dont vous parlez mon coeur balance,et pas besoin de choisir, car c’est dans les croisements d’experiences que naissent les solutions pour demain.
    je continue à lire,j’espere que vous m’autoriserez à vous envoyer quelques passerelles (liens!)depuis mon blog
    merci à zelda ,bravo a vous,je m’abonne!!!…

  6. La grande différence c’est que Fukuoka est dans une démarche spirituelle et de non agir; il cite le bouddah et jesus… Sa démarche est de croire que la nature est parfaite et de chercher à agir le moins possible pour la laisser (re)vivre.

    Mollison lui est dans une approche plus occidentale et donc plus dominante de la nature: l’homme pense, concoit un design qui transforme le monde autour de lui. Alors que Fukuoka se laisse transformer par le monde….

    Mollison est la continuité en moins pire que la chimique, certe, de l’agriculture scientifique.

    Fukuoka est en rupture avec ce rapport au monde là…

  7. @Nicolas
    pas sûr d’être d’accord. Si on prend le cadre de la permaculture, les écrits de Fukuoka se portent plus sur la philosophie, et il apporte aussi un design pour la culture de glucides en milieu (semi ?) tropical.
    Mollison, lui, explique les principes de design pour concevoir des lieux en permaculture. Le premier donne l’envie, le second la possibilité.

    Fukuoka base sa culture sur la production de céréales annuelles, elle même appuyée sur un travail d’ingénierie du paysage (les rizières irriguées par des canaux). Je ne suis pas sûr qu’entre la culture de riz, et la culture de châtaignes à l’intérieur de forets comestibles la première soit plus en rupture que la seconde par rapport à « ce monde là ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s