Mois: octobre 2009

Permaculture et agriculture biologique

La permaculture est souvent confondue avec une forme d’agriculture biologique, faite de mulch et de bandes de cultures surélevées. La confusion vient à la fois des origines de la permaculture (qui signifiait « permanent agriculture », c’est à dire « agriculture soutenable ») qui s’est concentrée dans un premier temps sur l’élaboration de systèmes agricoles soutenables1, et du contexte français dans lequel l’agriculture naturelle de Masanobu Fukuoka et son adaptation française par Emilia Hazelip (agriculture synergétique) ont souvent été confondus avec la permaculture2.

Différencier agriculture biologique et permaculture est assez simple, et je vais pour cela sortir du domaine agricole pour transposer les notions dans le domaine des transports.

Dans ce cas, l’agriculture industrielle est un véhicule conventionnel (avec des différences entre les différentes agricultures industrielles, comme il y en a entre un 4×4, une voiture, un camion).

L’agriculture biologique peut être apparentée à une voiture électrique. Les deux se définissent principalement par le rejet d’un produit précis (les engrais et pesticides de synthèse, les carburants fossiles). Ce ne sont pas des concepts radicaux, dans le sens où il est difficile de voir la différence avec leurs homologues conventionnels. Une voiture électrique utilisera les mêmes réseaux de transports, pour les mêmes utilisations, provenant des mêmes réseaux de production. L’agriculture biologique reste une agriculture « moderne », possédant les mêmes outils de production (tracteurs) et les mêmes réseaux de distribution (du magasin au supermarché, utilisant des supports marketing)3.

La permaculture est bien plus qu’une méthode d’agriculture (l’agriculture biologique ne compte que parmi les nombreuses techniques des nombreux domaines concernés par la permaculture), puisque c’est une méthode de conception de systèmes anthropiques (systèmes agricoles, lieux de vie, finance, …). Ramenée aux transports, c’est un réaménagement complet des voies de communication, passant par un placement réfléchi des activités (relocalisation, centres d’activités intégrés au zones d’habitations, zones piétonnes, …), et la mise en place des meilleurs moyens de transports adaptés aux besoins (vélo, transport en commun, ferroutage, voiture électrique …).

Inutile de dire que je ne pense pas que la voiture électrique suffira à régler les problèmes de transports dans un futur énergétique à la baisse

Ajout: un article intéressant intitulé « what is permaculture » ajoute quelques précisions entre les deux concepts :

Bien que l’agriculture biologique soit sûrement une part important de la permaculture dans la pratique, on ne peut pas appeler un potager biologique une « permaculture », à moins qu’il ait été conçu de façon permaculturelle, auquel cas il sera bien plus qu’un simple potager biologique productif. En plus de produire de la nourriture, il fournira des niches pour la vie sauvage, les oiseaux et les prédateurs de ravageurs; il prendra en considération les éléments, le vent, le soleil et le feu en créant des microclimats pour les plantes, les animaux et la maison; il prendra en compte les cycles de l’eau, des nutriments et de l’énergie depuis l’intérieur de la maison, à travers le jardin et au-delà; il considérera la maison et le jardin comme partie intégrante du voisinage plus vaste, de la récupération d’eau et de la biorégion.

Comprendre la différence entre conception, stratégie et technique peut aider. Les techniques sont des « comment faire » quelque chose, comme les différents systèmes de compostage[…] La stratégie concerne le « comment et le pourquoi », le timing et l’agencement des travaux et des événements […] La conception (design) concerne le lieu où nous plaçons les choses en relation les unes par rapport aux autres, et comment nous intégrons les connections entre elles […] La conception vient en premier, planifiant « quoi va où »; ensuite nous devons réfléchir à nos stratégies « quoi arrive quand »; et enfin nous devons sélectionner les techniques appropriées à la situation.

 

  1. Dans le contexte de la permaculture, un système durable est un « système qui produit ou conserve suffisamment d’énergie, durant sa durée de vie attendue, pour se construire et se maintenir lui-même, tout en produisant un surplus. » (Bill Mollison, The Foundation Year Book of the Permaculture Academy, p. 23).
  2. Les différences entre agriculture naturelle et permaculture sont à la fois fondamentales et très subtiles, voir sur le sujet la traduction d’un article et mes conclusions.
  3. Le fait est que certaines productions biologiques ne ressemblent pas à la filière conventionnelle (polyculture, vente directe …), mais la part biologique fait partie d’une vision plus large, puisqu’on peut très bien faire un produit biologique en important des intrants biologique de Chine, en vendant son produit à l’étranger dans une enseigne de la grande distribution avec force marketing.
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Dessine moi une mapmonde

La domination occidentale (en l’occurence la domination européenne d’avant guerre) peut se cacher dans les moindres détails.

Ce weekend j’en ai fait l’expérience devant une map monde éditée par le CCFD, pour le moins inhabituelle. Ca m’a assez interpelé pour que je le relate ici.

La projection habituellement choisie pour la carte du monde et celle de Mercator, qui était historiquement une carte de navigateur. Cette méthode était pertinente car elle préserve la forme des continents, et est adaptée à la navigation au compas.

Projection de Mercator

Le problème est que la terre, sphérique, ne peut être représentée sur un plan de manière à conserver à la fois les formes et les supercifies. D’où de grandes disparités entre les aires représentées sur la carte par rapport aux rapports réels, quelques exemples :

Le Groenland est en réalité 15 fois moins grand que l'Afrique

Les pays du "nord" en noirs sont en réalité deux fois moins grands que les pays du "sud" en blanc.

L'Amérique du Sud est en réalité près de deux fois plus grande que l'Europe

L'ex-URSS représente en réalité les trois quarts de l'Afrique

L’équateur n’est également pas placé au milieu de la carte.

La projection de Peter permet de conserver les superficies, ce qui a pour effet de réduire la taille exagérée de l’Europe, et de sortir le vieux continent de sa position centrale sur la carte.

Projection de Peter

Projection de Peters

Il faut se méfier des représentations, qui ne permettent pas de reproduire tous les paramètres d’une situation réelle. D’ailleurs un principe de permaculture est « la carte n’est pas le territoire ». Toute en gardant se principe en tête, on peut dans le cas de la carte du monde se doter d’une représentation moins biaisée que celle actuellement choisie, qui conforte une vision européanocentrée.

Les données proviennent du site Peters Map.

Ishmael, extrait sur l’agriculture

Extrait d’Ishmael, de Daniel Quinn.

Ishmael est le premier roman d’une suite comprenant « Story of B », « My Ishmael » et « Beyond Civilization ». Ishmael relate un dialogue socratique entre un gorille et son élève humain. Quinn y oppose la culture des Preneurs (Takers) à celle des Laisseurs (Leavers). La première représente la culture de l’immense majorité des Hommes, ceux issus des peuples agriculteurs. La seconde représente celle des chasseurs-cueilleurs, que ce soit nos ancêtres préhistoriques ou les rares peuples chasseurs-cueilleurs encore vivants. L’extrait prend place après qu’Ishmael ait demandé à son élève de lui donner la loi ou l’ensemble de lois qui président la communauté de la vie depuis son origine.

« Bon. Comme je vois les choses, il y a quatre choses que les Preneurs font et qui ne sont jamais faites par le reste de la communauté, et ces choses sont fondamentales à leur système de civilisation. Premièrement, ils exterminent leurs concurrents, ce qui n’ai jamais arrivé dans la nature. Dans la nature, les animaux défendent leur territoire et leur butin, envahissent le territoire de leurs concurrents et préemptent leurs proies. Certaines espèces comptent même des concurrents parmi leurs proies, mais ils ne chassent jamais leurs rivaux juste pour les tuer, comme le font les éleveurs et les cultivateurs avec les coyotes, les renards et les corbeaux. Ce qu’ils chassent, ils le mangent. »

Ishmael acquiesça. « Notons cependant qu’il y a des animaux qui tuent aussi pour se protéger, ou même s’ils se sentent seulement menacés. Par exemple des babouins peuvent attaquer un léopard qui ne les a pas attaqués. Ce qu’il faut voir, c’est que bien que les babouins vont aller rechercher de la nourriture, ils n’iront jamais chercher un léopard. »

« Je ne suis pas sûr de voir ce que vous voulez dire. »

« Je dis qu’en absence de nourriture, les babouins s’organisent entre eux pour trouver un repas, mais en l’absence de léopard, ils ne vont jamais s’organiser pour trouver un léopard. Autrement dit, c’est comme vous avez dit : quand les animaux vont chasser —même les animaux extrêmement agressifs comme les babouins— c’est pour obtenir de la nourriture, pas pour exterminer des concurrents ou même des animaux qui les chassent. »

« D’accord, je vois ce que vous voulez dire maintenant »

« Et comment pouvez vous savoir que cette loi est invariablement observée ? Je veux dire, mis à part le fait que l’on n’a jamais vu des rivaux s’exterminer les uns les autres, dans ce que vous appelez la nature. »

« Si elle n’était pas scrupuleusement respectée, alors comme vous avez dit, les choses ne seraient pas ce qu’elles sont. Si les concurrents se chassaient les uns les autres juste pour se tuer, alors il n’y aurait plus de rivaux. Il y aurait seulement une espèce à chaque niveau de compétition : la plus forte. »

« Continuez »

« Ensuite, les Preneurs détruisent systématiquement la nourriture de leurs concurrents pour faire place à la leur. Rien de tel ne se passe dans la communauté sauvage. La règle est : prenez ce dont vous avez besoin, et laissez le reste tranquille ».

Ishmael acquiesça.

« Ensuite, les Preneurs refusent l’accès à la nourriture à leurs concurrents. Dans la nature, la règle est : vous pouvez protéger l’accès à ce que vous mangez, mais vous ne devez pas interdire l’accès à la nourriture en général. Autrement dit, vous pouvez dire « cette gazelle est la mienne », mais vous ne pouvez pas dire « toutes les gazelles sont à moi ». Le lion défend ses prises comme siennes, mais pas le troupeau entier.

« C’est exact. Mais supposez que vous avez produit votre propre troupeau, de zéro, pour ainsi dire. Est-ce que vous pourriez prétendre que le troupeau vous appartient ? »

« Je ne sais pas. Je suppose, tant que votre politique n’est pas de dire que tous les troupeaux du monde sont les votre. »

« Et à propos d’interdire l’accès de ce que vous cultivez à vos concurrents ? »

« Notre politique est : chaque mètre carré de cette planète nous appartient, donc si nous cultivons tout cet espace, alors par malchance tous nos concurrents devront s’éteindre. Notre politique est d’interdire l’accès de toute la nourriture du monde à nos concurrents, et c’est quelque chose qu’aucune autre espèce ne fait. »

« Les abeilles vous interdiront l’accès à ce qu’il y a à l’intérieur de leur ruche dans le pommier, mais ne vous interdiront pas l’accès aux pommes. »

« C’est juste. »

« Bien. Vous avez dit qu’il y avait une quatrième loi que les Preneurs mettent en oeuvre et qui ne se retrouve pas à l’état naturel »

« Oui. À l’état sauvage, le lion tue une gazelle et la mange. Il ne tue pas une deuxième gazelle pour la mettre de côté pour le lendemain. Les biches mangent l’herbe qui est là. Elles ne coupent pas l’herbe pour la mettre de côté pour l’hiver. Mais les Preneurs font ces choses. »

« Vous semblez moins sûr sur ce point. »

« Oui, j’en suis moins sûr. Il y a des espèces qui stockent de la nourriture, mais la plupart ne le font pas ».

« Dans ce cas, vous avez raté l’essentiel. Chaque créature stocke de la nourriture. la plupart la stocke simplement dans leur corps, comme le font le lion et la biche. Pour d’autres, ça ne va pas avec leurs adaptations, et elles doivent la stockée de manière externe. »

« D’accord, je vois ».

« Il n’y a pas d’interdiction au stockage de nourriture tel quel. Ça ne se pourrait pas, car c’est ce qui fait fonctionner tout le système : les plantes vertes stockent la nourriture pour les herbivores, les herbivores stockent la nourriture pour les carnivores, et ainsi de suite. »

« C’est vrai, je n’y avais pas pensé de cette façon. »

« N’y a t-il rien d’autre que les Preneurs font et qui n’a jamais été fait dans le reste de la communauté vivante ? »

« Rien que je puisse voir. Rien qui semble pertinent pour faire fonctionner une communauté. »

« Cette loi que vous avez admirablement bien décrite définit les limites de la compétition dans la communauté vivante. Vous pouvez concurrencer avec toutes vos possibilités, mais vous ne pouvez pas chasser vos rivaux ou détruire leur nourriture ou leur en interdire l’accès. En d’autres termes, vous pouvez concurrencer, mais pas faire la guerre. »

« Oui. Comme vous avez dit, c’est la loi garante de la paix. »

« Et qu’elle est l’effet de cette loi ? Qu’est ce qu’elle promeut ? »

« L’ordre »

« Oui, mais je suis sur quelque chose d’autre maintenant. Qu’est ce qui se passerait si cette loi avait été abrogée il y a dix millions d’années ? Comment serait la communauté ? »

« Encore une fois, je dirais qu’il n’y aurait plus qu’une forme de vie à chaque étage de concurrence. Si tous les concurrents pour l’herbe se faisaient la guerre depuis dix millions d’années, je pense qu’un gagnant aurait émergé depuis. Ou peut être qu’il y aurait eu un vainqueur insecte, un vainqueur aviaire, un vainqueur reptile etc. Cela se reproduirait à chaque étage. »

« Alors qu’est ce que la loi promeut ? Qu’elle est la différence entre cette communauté et la communauté actuelle ? »

« La diversité. »

« Bien entendu. Et quel est l’avantage de la diversité ? »

« Je ne sais pas. C’est sûrement plus … intéressant. »

« Quel est le problème d’une communauté qui ne compte que de l’herbe, des gazelles et des lions ? Ou une communauté qui ne contient rien d’autre que du riz et des Hommes ? »

J’ai regardé dans le vide un moment. « Je pense qu’une communauté comme ça serait écologiquement fragile. Elle serait hautement vulnérable. Un changement des conditions existantes, et tout peut s’effondrer. »

Ishmael acquiesça. « La diversité est un facteur de survie de la communauté elle-même. Une communauté d’une centaine de million d’espèces peut survivre à pratiquement n’importe quoi à part une catastrophe globale. Parmi cette centaine de millions, il y en a des milliers qui pourraient survivre à une baisse de vingt degrés de la température globale — qui serait bien plus dévastatrice que ça en à l’air. Dans cette centaine de millions il y en a des milliers qui pourraient survivre à une hausse de la température de vingt degrés. Mais une communauté d’une centaine ou d’un millier d’espèces n’a aucune possibilité de survivre. »

« Exact. Et c’est la diversité qui est prise pour cible ici. Chaque jour des douzaines d’espèces disparaissent directement à cause de la manière de combattre illégale des Preneurs. »

« Maintenant que vous savez qu’il y a une loi impliquée, est-ce que ça fait une différence dans la perception que vous avez de ce qui se passe ? »

« Oui. Je ne pense plus que l’on fait une bourde. Nous ne détruisons pas le monde parce que nous sommes maladroits. Nous détruisons le monde parce que nous sommes, littéralement et délibérément en guerre contre lui. »

« Comme vous l’avez expliqué, la communauté vivante serait détruite si toutes les espèces s’extrayaient des règles de la compétition prévues par cette loi. Mais que ce passerait-il si une seule de ces espèces s’en affranchissait ? »

« Vous voulez dire, autre que les Hommes ? »

« Oui. Bien sûr, elle devrait posséder une habileté et une détermination quasi humaine. Supposez que vous êtes une hyène. Pourquoi devriez-vous partager le gibier avec ces lions paresseux et dominateurs ? C’est toujours la même chose : vous tuez un zèbre, et le lion arrive, vous repousse, et se sert pendant que vous attendez les restes. Est-ce juste ? »

« Je pensais que ça se passait dans l’autre sens— que les lions tuaient et que les hyènes les harcelaient. »

« Les lions tuent, bien sûr, mais ils se contentent parfaitement de s’approprier les proies des autres s’ils peuvent. »

« Ok »

« Donc vous en avez marre. qu’est ce que vous allez faire ? »

« Exterminer les lions »

« Et quels en sont les effets ? »

« Plus de tracas »

« De quoi les lions vivaient-ils ? »

« De gazelles. De zèbres. De gibier. »

« Maintenant il n’y a plus de lions. Quelles conséquences sur vous ? »

« Je vois ou vous voulez en venir. Il y a plus de gibier pour nous. »

« Et que se passe t-il quand il y a plus de gibier pour vous ? »

Je le regardai avec des yeux vides.

« Bon. Je supposais que vous connaissiez le B A BA de l’écologie. Dans la communauté sauvage, dès que le nourriture d’une population augmente, cette population augmente. Comme cette population augmente, ses approvisionnement en nourriture diminuent, et comme ses approvisionnements diminuent, cette population diminue. C’est cette interaction entre populations de proies et populations prédatrices qui permet que tout soit en équilibre. »

« Je le savais. C’est juste que je n’y pensais pas. »

« Eh bien », dit Ishmael en fronçant les sourcils d’un air perplexe, « pensez. »

Je ris. « Ok, alors, les lions partis, il y a plus de nourriture pour les hyènes, et notre population augmente. Elle augmente au point que le gibier se fait rare, alors elle commence à se rétrécir. »

« Ça devrait être le cas en condition normale, mais vous avez changé ces conditions. Vous avez décidé que la loi de la compétition limitée ne s’applique pas aux hyènes. »

« Exact. Alors nous avons exterminé nos adversaires. »

« Ne me faites pas vous tirer chaque mot de la bouche. Je veux que vous travailliez. »

« Ok, voyons voir. Après que nous ayons exterminé nos concurrents pour le gibier … notre population augmente jusqu’à ce que le gibier se fasse rare. Il n’y a plus de rivaux à exterminer, alors nous devons augmenter la population de gibier … je vois mal les hyènes en éleveuses. »

« Vous avez tué tous vos concurrents pour le gibiers, mais votre gibier à des rivaux eux aussi — des rivaux pour l’herbe. Ce sont maintenant vos rivaux. Tuez les et il y aura plus d’herbe pour votre gibier. »

« Exact. Plus d’herbe pour le gibier signifie plus de gibier pour les hyènes, plus de hyènes signifie … que reste t-il à tuer ?. » Ishmael souleva ses sourcils. « Il ne reste plus rien à tuer ».

« Réfléchissez. »

Je réfléchis. « Ok. nous avons exterminé tous nos concurrents directs et indirects. Maintenant il reste un nouveau concurrent—les plantes en compétition pour l’espace et la lumière avec l’herbe. »

« C’est exact. alors il y aura plus d’herbe pour votre gibier et plus de gibier pour vous. »

« Amusant … C’est considéré comme un travail quasi sacré par les agriculteurs et les éleveurs. Exterminez tout ce que vous ne pouvez pas manger. Exterminez tout ce que ne mange pas ce que vous mangez.

« C’est un travail sacré dans la culture des Preneurs. Plus vous détruisez de concurrents, plus il peut y avoir d’Hommes sur Terre, et cela rend ce travail le plus sacré qui soit. Une fois que vous vous êtes extrait de la loi de compétition limitée, tout dans le monde à l’exception de votre nourriture et de la nourriture de votre nourriture devient un ennemi à abattre. »

« J’ai une question. Je me demande si l’agriculture elle-même n’est pas contraire à cette loi. Je veux dire, ça semble contraire à cette loi par définition. »

« Ça l’est, si votre seule définition est celle des Preneurs. Mais il y a d’autres définitions. L’agriculture ne doit pas forcément être une guerre faite à toute vie qui ne contribue pas à votre croissance. »

Définition de la permaculture

La permaculture est une science de conception de cultures, de lieux de vie, et de systèmes agricoles humains utilisant des principes d’écologie et le savoir des sociétés traditionnelles pour reproduire la diversité, la stabilité et la résilience des écosystèmes naturels1.

Le but de la permaculture est de créer, par une conception (design) réfléchie et efficace, des sociétés humaines respectueuses de la Nature et des Hommes.  Le terme a été défini dans les années 70 par Bill Mollison et David Holmgren. À l’origine, la permaculture s’est surtout focalisée sur les systèmes agricoles, car «sans agriculture durable, il ne peut y avoir d’organisation sociale stable»2; de là vient sans doute l’assimilation courante de la permaculture à une simple technique d’agriculture ou de jardinage3, alors qu’elle concerne tous les éléments d’une société.

L’éthique de la permaculture

Pour apporter un cadre de réflexion et d’action en accord avec son but, la permaculture se base sur une éthique, décomposée en trois grands principes4 :

Se soucier de la Terre

Prendre en compte le sol, la forêt et l’eau

Nous faisons partie d’un système plus vaste qui est la biosphère terrestre. Toute forme de vie est intrinsèquement importante, et chaque atteinte à la diversité génétique est une menace pour nous. Nos activités et lieux de vie doivent être en harmonie avec les écosystèmes locaux.

Se soucier de l’Homme

S’occuper de soi, de sa famille et de sa communauté

Les systèmes permaculturels visent à combler les besoins fondamentaux des Hommes dans un environnement permettant leur épanouissement. La coopération et la mise en commun sont deux axes clefs des relations humaines.

Partager équitablement

Limiter sa consommation, se reproduire avec sagesse, et redistribuer les surplus.

Nous devons réduire notre emprise sur la planète, les écosystèmes où l’Homme n’est pas présent ayant toute leur légitimité5. L’établissement de systèmes permaculturels doit permettre de réduire notre empreinte, sans que ce gain ne soit annulé par une consommation ou une population plus élevée.

L’éthique nous permet de «voir les choses du point de vue d’autrui, sur une échelle de temps plus grande et sur une plus grande distance»6. Elle apporte à la permaculture une dimension philosophique, voir spirituelle pour certains.

Une vision systémique

La particularité de la permaculture par rapport à la plupart des disciplines scientifiques actuelles est sa vision systémique. Plutôt que d’étudier les éléments constituant un système pour comprendre ce système, la permaculture s’attache aux connexions entre ces éléments. On ne peut pas comprendre la forêt en étudiant séparément les arbres, les insectes, les bactéries, le sol, etc., mais en observant les relations fonctionnelles entre ces éléments, qui font de la forêt plus qu’une simple somme d’arbres, un véritable écosystème autorégulé .

Foret comestibleLa forêt comestible copie les caractéristiques des forêts, comme l’occupation de l’espace en strates (grands arbres, buissons, lianes, etc.) et du temps (succession écologique), pour avoir leurs propriétés (résilience, stabilité …) tout en ayant une production directement utile à l’Homme (fruits, noix …) plus abondante, grâce au choix de variétés comestibles.

Pour concevoir des systèmes humains qui respectent son éthique, la permaculture s’appuie sur des systèmes dont les propriétés sont désirées. Parmi ces systèmes se trouvent les écosystèmes naturels (forêts, prairies sauvages, etc.) qui sont très efficaces pour utiliser les éléments dont ils ont besoin (énergie, eau, nutriments) et qui ont la propriété d’être durables, stables et résilents; ainsi que certaines sociétés traditionnelles et tribales, dont le mode de vie suit l’éthique permaculturelle, et qui ont développé des techniques durables basées sur une connaissance pointue de leur environnement.

L’étude des caractéristiques (structures, interactions, modèles, etc.) de ces systèmes par des disciplines scientifiques telles que l’écologie ou l’ethnobiologie fournit des principes généraux de conception et permet de développer des techniques adaptées aux conditions locales et actuelles (cultures, climats, technologies, etc.).

La conception (design) en permaculture

Le cœur de la permaculture est sa méthode de conception7 de systèmes humains, qui est le reflet de son éthique et de sa vision systémique.

PlanZones et secteurs
Cycle de la matière organiqueRéseauÉléments de conception de la propriété de David Holmgren : Plan, zones et secteurs, cycle de la matière organique, noeuds d’activité9.

En permaculture, la conception consciente et intentionnelle de systèmes intégrés consiste à placer chaque élément d’un système de façon à ce qu’il soit connecté de manière optimale aux autres éléments, c’est à dire là où ses besoins seront comblés et ses productions utilisées8.

Le but d’un design est de maximiser les connexions entre les éléments, ce qui permet de réduire la pollution (qui est une production non utilisée par le système) et d’économiser l’énergie (qui est un besoin non fournit par le système).

Par soucis d’efficacité, un élément devrait remplir plusieurs fonctions. Par exemple une mare peut servir à la pisciculture, refléter la lumière, accumuler de la chaleur, servir en cas d’incendie, etc. Par principe de sécurité, les fonctions importantes devraient être remplies par plusieurs éléments (redondance). Par exemple un chauffage solaire peut être doublé d’un chauffage d’appoint (chaudière à bois).

Une conception permaculturelle prend en compte et met en relation un grand nombres d’éléments :

  • du site : eau, sol, paysage, climat et végétation
  • sociétaux : aides légales, personnes, culture, commerce et finance
  • énergétiques : technologie, structures, sources, connexions
  • abstraits : temps, données, éthique

Outils d’analyse

La permaculture fournit plusieurs outils d’analyse qui peuvent être utilisés lors d’une conception. Ces outils servent à savoir où placer et comment connecter les éléments du système. Les secteurs et les zones sont deux outils emblématiques de la permaculture :

Le zonage prend en compte l’attention et l’énergie humaines nécessitées par un système. Les systèmes les plus intensifs, comme les plantes aromatiques ou le jardin potager seront placés en zone 1, proche du lieu de vie. Plus on s’éloigne du lieu de vie, plus l’influence humaine est faible. En zone 2, on pourra placer les petits animaux et les vergers, en zone 3 les céréales, le bétail et les arbres à noix, en zone 4 les cultures fourragères et forestières. La zone 5 est une zone laissée sauvage.

Le concept des secteurs  prend en compte les influences extérieures, comme les vents froids et chauds, l’ensoleillement, la pollution sonore ou visuelle, les risque d’incendie … Le design visera à réduire les nuisances (haies, systèmes coupe-feu, …) et à bénéficier des avantages (belle vue, prise en compte de l’ensoleillement pour une construction bioclimatique).

Il existe d’autres méthodes ou outils de conception. Par exemple l’une d’entre elles consiste à mettre sur des bouts de papiers les éléments du système (mare, poulailler …) et des relations (sur, à côté, autour, dans …) et de faire des tirages pour voir si les connexions sont pertinentes (poulailler sur mare) !10

Permaculture et société

A l’origine la permacuture s’est concentrée sur l’entretient des terres et de la nature. La fleur de la permaculture, par David HolmgrenMais l’éthique et les principes de conception sont applicables aux sept domaines fondamentaux définissant une société, représentés par des pétales de la fleur permaculturelle imaginée  par Holmgren. À chaque domaine correspond un ensemble de techniques pouvant être utilisées dans une conception permaculturelle, comme par exemple l’agriculture biologique, le recyclage ou l’architecture bioclimatique.

La spirale représente l’intégration de ces domaines par la permaculture, qui ne se limite pas à une certaine vision de la société, ni à un ensemble de techniques, mais qui est l’utilisation de la pensée systémique et des principes de conception pour combiner ces techniques afin de réaliser cette vision.

Que faire ?

Cette introduction à la permaculture ne prétend pas couvrir toute la richesse qui se cache derrière ce terme. Aussi, voici quelques pistes à poursuivre :

Se former : des cours d’initiation à la permaculture de deux jours, ainsi que des stages plus complets de 72h (généralement sur dix jours) sont dispensés en France. Pour plus de détails sur ces formations et leurs dates, rendez-vous sur le site de l’Université Populaire de Permaculture.

S’informer : certains ouvrages (trop peu nombreux) sur la permaculture sont disponibles en français :

  • Graines de permaculture, de Patrick Whitefield, est une introduction généraliste bien adaptée au néophyte.
  • Permaculture 1 et 2, de Bill Mollison et David Holmgren, sont les livres fondateurs. Ils sont difficilement trouvables car plus réédités.

Pour les anglophones, voici une courte sélection d’ouvrages :

  • Introduction to Permaculture. Vulgarisation complète de la permaculture par l’un de ses fondateurs.
  • Gaia’s Garden, A Guide to Home-Scale Permaculture, de Toby Hemenway (222 p). Ouvrage sur la permaculture appliquée au jardin.
  • The Earth Care Manual, A Permaculture Handbook for Britain and other Temperate Climates, de Patrick Whitefield (450 p). Guide complet adapté au continent européen.

Agir : vivre une vie responsable en suivant l’éthique permaculturelle. Intégrer la vision systémique et les principes de conception de la permaculture pour (ré)aménager des systèmes agricoles, d’habitation, financiers, humains durables et inspirants.


Notes et références

  1. Adapté de «Edible Forest Gardens, Ecological Vision and Theory for Temparate Climate Permaculture», Dave Jacke. p 354.
  2. Bill Mollison, dans «Permaculture, A Designers’ Manual», p ix.
  3. La permaculture est également souvent confondue avec l’agriculture naturelle de Masanobu Fukuoka, popularisée en France par Emilia Hazelip et sa culture synergétique sur butte.
  4. David Holmgren, «Essence of Permaculture» (ebook), v. 4. On trouve souvent de légères variations de formulation, surtout pour le troisième point, souvent raccourci ou reformulé (comme l’a fait Holmgren dans cette version). La traduction française pose aussi problème, car l’expression «care of» (de «care of Earth» et « care of people)» signifie à la fois «se soucier» et «prendre soin».
  5. Dans un article de 1986, Human Appropriation of the Products of Photosynthesis, Peter Vitousek estime que les Hommes accaparent, directement ou indirectement, près de 40% de l’énergie solaire capturée par la biosphère.
  6. Thomas Ficher, «Architectural Design And Ethics, Tools For Survival», p viii.
  7. Le mot anglais «design» est difficile à traduire en français. Il peut prendre selon le contexte le sens de «conception», «planification», «aménagement», etc.
  8. Paragraphe tiré de «The Foundation Year-Book of The Permaculture Academy», Bill Mollison, p. 23.
  9. «Melliodora, A case study in cool temperature climate, 1985-2005», David Holmgren.
  10. «Permaculture, A Designers’ Manual», Bill Mollison, p 47-48. A noter que le tirage «poulailler sur mare» n’est pas stupide, car les déjections des volailles peuvent nourrir les poissons de la mare (voir p. 468).

Permaculture est dans le dictionnaire !

Il semblerait que le terme « permaculture » ait fait son entrée dans l’édition 2010 du Petit Robert !

PERMACULTURE n. f. – 1986 calque de l’anglais permaculture (1978), mot-valise, de perma(nent) et (agri)culture. Mode d’aménagement écologique du territoire, visant à concevoir des systèmes stables et autosuffisants et à produire de la nourriture en renforçant l’écosystème.

Ce billet, quoique léger, me permet d’annoncer le prochain article qui sera une définition/introduction de la permaculture, un peu plus classique que dans ma précédente approche, mais un peu plus longue que celle du Petit Robert :)

Pour une alimentation permaculturelle

Puisque la production alimentaire et l’alimentation sont les deux faces d’une même pièce, et que la permaculture s’est beaucoup intéressée aux systèmes agricoles, aborder l’alimentation sous un angle permaculturel semble couler de source.

L’alimentation devrait être abordée suivant plusieurs angles fortement connectés : nutrition, écologie, énergie, culture :

  • Par nutrition, j’entends une alimentation respectueuse des Hommes.
  • Par écologie, j’entends une alimentation respectueuse des écosystèmes.
  • Par énergie, j’entends une alimentation nécessitant peu d’énergie sur toute la chaîne (de la fourche à la fourchette).
  • Par culture, j’entends une alimentation intégrée dans un art de vivre.

L’alimentation industrielle

L’alimentation industrielle, reflet de l’agriculture et du mode de vie du même nom, est catastrophique à tous les niveaux (liste non exhaustive) :

  • Produits hautement transformés et dénaturés : raffinage de l’huile, du sucre, des farines, du sel, ïonisation des aliments, aliments remplis de pesticides, cueillis avant maturité; nourriture trop grasse et sucrée
  • Agriculture catastrophique pour les sols, aliments emballés
  • Agriculture (mécanisation, pesticides, engrais), transformation (broyage, raffinage),  transport, stockage (congélation) et préparation (cuisson) très énergivores
  • Marketing alimentaire, repas pris rapidement et individuellement

L’alimentation traditionnelle/néolithique

L’alimentation pré-industrielle (ou traditionnelle, ou néolithique) était beaucoup plus saine, mais elle connaissait de nombreux défauts:

  • Alimentation désiquilibrée à cause des produits du néolithique (céréales, laitages, viandes d’élevage)
  • Agriculture en opposition avec la Nature, menant à la déforestation, à l’érosion des sols
  • Mode de cuisson énergivore (feu de cheminée ou cuisinières à bois peu performantes). Agriculture énergivore en travail animal (labours, récoltes de céréales, rizières)

L’alimentation permaculturelle

L’alimentation permaculturelle est une alimentation issue de systèmes agricoles, prise dans des lieux de vie, et intégrée à une culture qui sont tous permaculturels. Quel style d’alimentation celà pourrait-il donner ?

Tout d’abord il s’agirait d’élaborer des systèmes de production permacoles, c’est à dire repenser de manière radicale la façon de s’approvisionner, suivant l’organisation « sociale » du lieu où l’on vit :

  • A la campagne, une autonomie alimentaire quasi-totale
  • En centre ville et en banlieue, la zone 1 devient les toits plats des immeubles (légumes, voire pisciculture), les balcons ou halls d’escaliers (herbes aromatiques), les murs bien exposés (fruitiers en espaliers, plantes gimpantes), la zone 1/2 est composée de jardins communautaires ou partagés, d’espaces publics aménagés (anciens parcs, terrains de jeu …) avec peut être des basses-cours, des vergers … , la zone 3 correspond aux champs et fermes périurbaines pour les productions nécessitant de l’espace et/ou de la mécanisation (céréales, pommes de terre)
  • En lotissement, la zone 1 et 2 se trouvent sur le terrain même, avec les espaces communs en zone 2. On peut également partager le surplus de chaque espace privé (terrain)1.

Ce zonage est quelque peu différent de celui résultant des AMAPs, où ce sont les légumes qui sont achetés à des fermes périurbaines. Les légumes sont typiquement un produit de zone 1 (demandant beaucoup de soins et d’attention, « peu » de place). La ville permet beaucoup d’opportunités en terme de production alimentaire : il y fait plus chaud, la protection contre les vents est plus forte, il y a plus de surfaces accumulatrice de chaleur (murs, asphalte), beaucoup d’axes verticaux (murs), une grande opportunité de récupération d’eau, et une main d’oeuvre et du matériel conséquents. Le principal facteur limitant est la place, mais peut être que dans le futur les parking laisseront place à une production vivrière.

La consommation est donc locale  : les zones 1, 2, 3 fournissent la majeure partie de l’alimentation. La zone 4 pourrait être les campagnes environnantes (hors fermes), où l’on pourrait glâner des produits sauvages : plantes, baies, châtaignes, noix, champignons … La zone 5, idéalement la plus grande possible, environnerait également les villes;  avec si possible des îlots au cœur des villes (anciens parcs ?), qui permettront la contemplation et l’étude, même si ces espaces ne seront jamais vaiment naturels vu leur taille.

D’un point de vue énergétique, les systèmes agricoles seront très efficaces puisqu’en permaculture. Notamment grâce à l’utilisation de plantes pérènnes en lieu et place de certaines plantes annuelles. On peut d’ailleurs se questionner sur la pertinence des plantes annuelles domestiquées qui demandent de l’espace et une mécanisation pour leur ramassage (fastidieux à la main) comme les céréales où les légumineuses2.   La question est donc de voir s’il y a des substituts plus satisfaisants, qui permettraient de se passer des tracteurs ou de traction animale, et qui remplacerait (idéalement avantageusement) ces aliments d’un point de vue nutritionnel. Personnellement je n’en sais rien, j’y connais peu en nutrition, et je ne me suis pas encore penché sur la question. Mon point de vue à la louche, c’est que les céréales et les légumineuses sont devenues prépondérantes dans le régime néolithique, ce qui signifierait que notre organisme n’en a pas besoin, et que ces éléments pourraient même n’être pas si bons (par exemple les céréales ont un index glycémique élevé, sont acidifiants et pauvres en micronutriments 3). Les céréales pourraient peut être remplacées (si l’environnement s’y prête) par des châtaignes, qui sont stockables et fournissent de la farine (non panifiable cependant). Voire de la farine de glands ?

L’énergie sur le transport est également réduite au maximum. Pour la conservation et la cuisson, plusieurs stratégies peuvent être envisagées pour avoir un impact énergétique et écologique minimum.

La meilleure cuisson, c’est évidemment celle dont on n’a pas besoin. Une alimentation vivante,  outre ses qualités nutritionnelles, permet de se passer de cuisson : alimentation crue, fermentée ou germée.

Parmi les modes de cuisson, on retrouve :

  • La cuisson solaire (four, cuiseur) en été
  • La cuisson au bois en hiver (en combinaison avec un poêle de masse par exemple)
  • La cuisson au biogaz pour les périodes intermédiaires où les usages spécifiques (boisson chaude)

Pour la conservation, on privilégie des aliments qui se conservent « naturellement » : légumes racines, graines (à faire germer), noix au sens large … Parmi les modes de conservation nécessitant peu d’énergie, on a :

  • Le séchage solaire (indirect de préférence)
  • La fermentation (vin, fromage, lacto-fermentation, kefir …)4
  • Les salaisons
  • Les conserves cuites, avec une des cuissons ci-dessus, principalement la solaire car ce sont souvent des conserves de légumes d’été
  • Les conserves crues, à base d’huile d’olive (pesto) ou de vinaigre (cornichons)
  • Ponctuellement en été, l’utilisation d’un frigo solaire pour garder les aliments au frais

Au niveau nutritionnel, une alimentation permaculturelle pourrait se rapprocher d’un régime paléolithique, car les systèmes agricoles permaculturels ont tendance à s’éloigner de l’agriculture néolithique pour une agriculture première (agroforesterie, plantes sauvages …). La diététique permaculturelle serait basée sur des oléagineux (noix) et des fruits, des baies (excellentes pour la santé), des légumes, des plantes sauvages, des animaux semi-domestiques (parcours libre en semi liberté, à la campagne) et des poissons (pisciculture).

Voici où en est ma reflexion sur l’alimentation permaculturelle à l’heure actuelle. Il manque une grosse partie sur la nutrition, et mon objectif serait de voir si une alimentation issue d’une production agricole permaculturelle et à échelle humaine (sans mécanisation ou force animale non humaine) correspondrait parfaitement avec une bonne alimentation (qu’il faudrait du reste aussi définir, j’aurai tendance à me fier aux apports recommandés du collectif LaNutrition). J’aimerai aussi évaluer les qualités intrinsèques des produits issus de la permaculture (teneur en minéraux, etc. comparativement aux produits conventionnels ou bio).
Enfin, je pense qu’un guide alimentaire permaculturel pour chaque région serait un outil parfait pour les temps à venir.  Ce serait un « livre de cuisinne » holistique, où seraient abordés les aspects nutritionnels, énergétiques, agricoles et culturels, avec des recettes saines et de saison à base de produits locaux, utilisants des modes de cuisson et de conservation efficaces, qui permettrait de s’autonomiser (vision permaculture, conseils de jardinage, guide de construction des cuiseurs solaires, etc.). C’est pour moi un projet à vaguement long terme, avec les données que j’aurai accumulées d’ici là.
Le changement de société que nous appelons de nos voeux passera aussi par le ventre !


Notes et références

  1. L’abondance produite par les plantes en générale et les arbres en particulier permet de partager ses surplus de fruits. En « bon permaculteur », on pourra par exemple planter des arbres fruitiers absents des jardins du voisinage pour permettre des échanges.
  2. « Dans monde urbain occidental, le végétarisme repose énormément sur les céréales et les légumineuses (par exemple le soja). Même pour cuisinner cette nourriture, on a besoin d’utiliser une grande quantité de bois ou de combustible fossile […] Plus grave encore, les céréales et les légumineuses sont responsables de la majorité de l’érosion des sols dans chaque région agricole. » Bill Mollison, A Designers’ Manual, p.29.
  3. La meilleure façon de manger, Collectif LaNutrition.fr, pp 20-24
  4. Mollison a même dédié un livre aux procédés de fermentation : The permaculture book of ferment and human nutrition (1993) !