Polyface Farm, ou comment comprendre la nature de la poule permet de produire de bons œufs

Cet article est le premier d’une série dédiée à la mise en lumière des principes de la permaculture, à travers d’exemples de fermes. Aux quatre coins du monde — Amérique, Europe, Océanie, Asie — des Hommes ont appliqué la permaculture, sans même en connaître l’existence quelques fois, et je pense que nous avons beaucoup à apprendre de ces succès.

Polyface Farm,

ou comment comprendre la nature de la poule permet de produire de bons œufs

Joel Salatin

Responsable : Joel Salatin
Superficie : 220 ha (dont 180 ha de bois)
Situation géographique : État de Virginie, États-Unis
Productions : bœufs, porcs, poulets, œufs de poule, dindes, lapins, produits forestiers.
Site internet : http://www.polyfacefarms.com

Une production saine, écologiquement responsable et économiquement viable : c’est le tour de force que Joel Salatin a réalisé sur sa ferme en polyculture intégrée. Cette performance n’est d’ailleurs pas passée inaperçue, puisque le livre de Michael Pollan «The Omnivore Dilemma» (classé parmi les 10 meilleurs livres de l’année 2006 par le New York Times) consacre un chapitre entier à sa ferme, Polyface, qui fait également une large apparition dans le film «Food, Inc.» de Robert Kenner.

Reproduire les caractéristiques des écosystèmes naturels

La stratégie utilisée par Joel Salatin est de mimer les modèles et les cycles des écosystèmes qui existent dans la nature. Par ce biais, les animaux de sa ferme vivent en exprimant leur nature, leur permettant de retrouver leur alimentation, leurs activités et leurs comportements sociaux résultant du processus évolutif de leur espèce.

L’étude des grands herbivores, comme les bisons des plaines américaines, révèle qu’ils se déplacent constamment : après avoir brouté une zone, les herbivores rejoignent une zone plus verte, laissant le temps à la première herbe de se régénérer. Joel Salatin organise sur le même principe une rotation de son troupeau de bœufs sur sa propriété* grâce à des enclos mobiles électrifiés. Se basant sur les travaux de l’agronome français André Voisin (Productivité de l’herbe, éd. France Agricole, 1957) traitant du cycle de croissance de l’herbe, Salatin a élaboré un cycle de rotation de six semaines pour ses prairies, l’herbe a précisément le temps de reconstruire ses racines et de repousser, avant que son développement la rende moins digeste pour le bétail.

Poulailler mobile

Poulailler mobile («Eggmobile»)

Dans la nature, les oiseaux suivent les troupeaux d’herbivores, car ils se nourrissent des larves des parasites internes nichant dans les bouses. À Polyface, ce sont les poules qui jouent ce rôle. Salatin les déplace, grâce à une remorque appelée « tracteur à poules » (« eggmobile »), trois jours après que le bétail a pâturé sur une zone. Cette durée correspond à la période de croissance maximale de la larve, juste avant qu’elle ne prenne sa forme ailée. Cette connexion entre le bétail et les volailles est bénéfique sur plusieurs plans. Les poules s’autoalimentent de l’herbe tendre fraîchement coupée et des larves, elles réduisent ainsi considérablement le risque de persistance du parasitisme en cassant le cycle des vers, évitant au bétail de retrouver la maladie lors de son prochain passage sur la parcelle. Les poules étalent les bouses sur tout le terrain, en grattant à la recherche des larves, permettant une décomposition plus rapide des excréments, les transformant ainsi plus vite en humus, enfin elles enrichissent le sol de leurs propres déjections, riches en phosphore. L’éleveur n’a plus besoin de vermifuger son bétail et s’économise également la production ou l’achat de grain pour poules.

Cette synergie bétail-volaille n’est pas complète sans l’élément clef de cet écosystème agricole qu’est l’herbe. Joel Salatin se définit d’ailleurs comme un grass farmer («cultivateur de prairie») et s’est spécialisé dans l’étude et le choix des meilleures herbes et plantes fourragères. Lorsque l’herbe est pâturée, elle régule son système racinaire en s’en séparant d’une partie pour équilibrer son ratio racines/feuilles. Les couches successives des racines mortes permettent, suite à leur décomposition en humus, de régénérer la fertilité du sol, qui s’enrichit au fil des années.

L’observation des modèles de la nature a permis à cet éleveur de connecter intelligemment différents systèmes d’élevage. Grâce à ce principe, les bêtes tendent à se rapprocher le plus possible de leur comportement naturel, leur permettant ainsi d’avoir une autonomie alimentaire et une meilleure santé.

7 commentaires

  1. Salut Akä,

    je ne l’avais pas vu comme ça, mais effectivement il existe des stratégies de rotations de bétail (avec chevaux, moutons, porcs, etc).

    Ce qui m’a frappé dans cet exemple, c’est plus l’application de modèles naturels au domaine agricole. J’ai du mal à voir la même chose dans les rotations de cultures, qui se basent sur des espèces annuelles, et qui est utilisé plutôt pour contrer les risques dûs au monocultures.

  2. Et pourtant, les rotations de cultures sont bien l’application de modèles naturels au domaine agricole. Il faudrait que je trouve des références, mais déjà avant le XIX°s, la rotation se faisait sur une succession naturelle de plantes équivalentes aux plantes pionières (à partir du sol labouré); racines d’abord pour décompacter (betteraves fourragères ou tubercules), puis plantes de couverture (légumineuses), puis graminées (céréales), enfin oléagineux (tournesol, colza), puis jachère, pâture, avec rotation des animaux, jusqu’à-ce que l’herbe soit trop riche, même pour les vaches, et enfin labour pour enlever l’herbe et enfouir le fumier, et repartir à zéro.
    Et lorsque l’agriculture biologique a remis les rotations au goùt du jour, c’était à la fois en se basant sur ces anciennes rotations, et sur une nouvelle observation des successions naturelles. Mais en général, toujours sur la succession naturelle à partir d’une terre nue.
    Par contre, autant la rotation est utilisée depuis très longtemps chez nous, autant l’association de cultures, et l’intégration de résidus d’autres cultures, au travers de compost, de BRF, ou de mulch, est très récente, et ne date que depuis l’apparition de l’agriculture biologique. Les associations existaient dans d’autres cultures, où l’agriculture est restée manuelle, contrairement à chez nous, où l’utilisation des boeufs a très vite mécanisé notre agriculture, et nous a fait raisonner en terme de parcellarisation des cultures (succession de monocultures).
    Et la nouveauté de travaux modernes comme ceux de Claude Bourguignon, c’est qu’ils se basent sur une succession au sein de l’écosystème climacique (en général, forêt, donc. D’où couverture du sol, paillage, BRF, non labour, associations de plantes plutôt que monoculture, etc).

  3. Salut Ramite,

    merci pour les précisions,

    cela dit la succession que tu donnes est loin d’être une succession écologique naturelle (d’après ce que j’en connais). Par exemple les plantes à racines pivotantes n’ont souvent pas lieu d’être dans la phase pionnière, vu qu’elle se met en place après une catastrophe naturelle (feu, foudre) sur un sol non compacté (car il y avait de la forêt par exemple). C’est au contraire plutôt des plantes à racines traçantes qui émergent, pour stabiliser le sol et éviter l’érosion.
    Aussi la succession, dans nos milieux tempérés, a pour but le rétablissement de la fôret, donc viennent souvent vite les buissons épineux qui protègent des animaux et commencent à ombrager le lieu.
    Tout ça pour dire que la rotation des cultures, même si elle est astucieuse, ne me semble pas spécialement calquée sur une succession naturelle, ou alors très peu (juste sur le principe même de rotation).

  4. Absolument, je suis tout à fait d’accord avec toi;
    La succession que je donnais a été basée sur le principe: « on rase tout, et on regarde ce qui se passe ». Autrement dit, comment se succèdent les plantes, depuis le désert jusqu’au moment où s’installent des plantes « néfastes » (plantes épineuses, justement), et où il n’y a plus qu’à retourner au désert, pour reprendre à zéro. C’est évidemment stupide, surtout lorsqu’on connait le bénéfique jardinage forestier (forest gardening), et les nombreux inconvénients du labour. En fait, c’est une succession naturelle basée sur un deséquilibre externe, sur le dogme du labour, dieu incontesté de l’agriculture, et qui n’a pas été remis en question pendant plusieurs millénaires. Nous nous sommes inspirés de la succession naturelle, mais sans jamais mettre en doute cette méthode principale qui nous rendait plus forts que la nature, et donc extérieure à celle-ci.
    Les successions comme celle que tu nous présentes sont de vraies successions naturelles, débarassées de l’intervention du peuple de dieu que nous étions avec notre labeur de labour. Enfin, désormais, nous savons que nous ne sommes plus des êtres qui doivent obligatoirement provoquer une succession « bénéfique » de la nature, par une intervention originelle, mais des animaux parmis d’autres, qui ont bien plus intérêt à s’adapter à la succession écologique naturelle de notre environnement, tout autant qu’à sa diversité et à la connectivité de ses éléments.
    Ce que je voulais dire, surtout, en disant ça, c’est que la monoculture au sens où on l’entends aujourd’hui est en fait une pratique très récente, et que nos anciens avaient, de manière empirique, toujours cherché à l’éviter.

  5. Dans ma région c’est toujours l’assolement triennal , comme au 19 eme siècle
    Blé d’hiver
    Orge d’hiver ou de printemps
    Plante sarclées : colza , tournesol , pois

  6. Sympas les poules de plein champs. Je suppose qu elles pondent dans la caravane. Mais n y a t il pas un danger de chien errant,renard et autres betes puantes,sans compter les oiseaux de proie (rares certes)

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