Être permaculteur

Définir ce qu’est un permaculteur permet d’enrichir la compréhension que l’on a de la permaculture, puisque par définition, un permaculteur fait de la permaculture.

La permaculture s’est concentrée à l’origine sur la gestion, l’entretien et la restauration des terres et de la nature. Cette approche (de même que la naissance de la permaculture) est due à de multiples facteurs caractéristiques de l’Australie —aux niveaux géologique, climatique, historique, politique et économique— et a amené la permaculture à se focaliser sur les systèmes agricoles en vue de fournir de la nourriture, de l’énergie ou des matériaux pour les besoins locaux des populations. Cette représentation occupe une large part des bouquins de permaculture (surtout les plus anciens) et la figure dominante du permaculteur dans nos esprits devient celle du propriétaire terrien, paysan informel, qui fait son potager, élève des animaux et creuse des retenues d’eau au tractopelle. Cependant cela ne concerne qu’une petite fraction des domaines d’application de la permaculture, comme en témoigne la fleur de la permaculture imaginée par David Holmgren.

Il est évident que l’Australie et la vieille Europe se ressemblent peu en terme d’occupation du territoire. Peu de gens possèdent des terres, et les populations sont concentrées dans les villes (la population française est à plus des trois quarts urbaine*). La permaculture serait-elle réservée à une minorité de privilégiés ?

Peut-on gagner sa vie en tant que permaculteur ? — Cette question revient souvent et démontre la vision commune du permaculteur : un fermier atypique, dont la condition d’agriculteur et les méthodes étranges ne lui permettent pas de vivre. Or on peut être facteur, instituteur ou plombier permaculteur* !

L’apport de la permaculture dans la conception des systèmes agricoles est inestimable, et sera une pièce majeure d’une société durable. À ce titre, le Designer’s Manual est un livre important, car il montre l’étendue de l’application des principes de design permacoles. La citation qui servira d’élargissement à cette réflexion en est d’ailleurs tirée :

Nous pouvons aussi prendre part à la production de nourriture. Cela ne veut pas dire que nous devons tous faire pousser nos propres pommes de terre, mais cela peut signifier que nous allons les acheter directement à une personne qui fait déjà pousser des patates de manière responsable. En fait, il serait probablement préférable d’organiser localement une coopérative d’achat aux producteurs plutôt que de faire pousser des pommes de terre.

Un permaculteur n’est pas un crocodile dundee capable de tout produire lui-même, mais une personne qui veille à ce que tous ses besoins soient satisfaits tout en respectant l’éthique de la permaculture (ce qui revient à dire qu’ils proviennent de systèmes conçus en permaculture). On peut classer les stratégies pour combler ses besoins en plusieurs niveaux :

Zones et secteurs — Les concepts de zones et secteurs permettent de voir l’application d’outils de conception aux différents niveaux cités. Ces outils sont un guide pour le placement d’éléments suivant l’attention qu’ils nécessitent ou la fréquence d’usage (de 1 très intensif, à 5 sauvage) et les énergies extérieures au site (vents, bruits, soleil …).
Au niveau 1, il suffit de regarder n’importe quel livre de permaculture, pour savoir à quelle zone correspond une production (z1: légumes, z2: volaille et fruitiers, z3: céréales, z4: pâtures et arbres, z5: zone naturelle). Les secteurs guident également le placement, pour se protéger ou utiliser le vent (dévier le froid, faciliter la pollinisation), éviter les risques d’incendies (lors du placement des pins pignons), etc.

Au niveau 2, on modifie l’échelle des zones et les secteurs d’influence. Pour la nourriture, on peut estimer que la zone 1 devient la ville (les légumes sont produits sur les balcons, toits, jardins partagés), la zone 2 les zones périurbaines (volailles, fruitiers dans les zones pavillonnaires), la zone 3 les campagnes environnantes (fermes produisant des céréales et des tubercules), etc. Les secteurs peuvent être délimités par les pollutions induites par les usines, les zones inhabitées (zones d’activités, commerciales), le relief, etc.
Aux niveaux 3&4, les zones et secteurs deviennent plus conceptuels. Les secteurs peuvent représenter les thèmes (alimentation, santé) ou les acteurs (individuels, communautaires, politiques, économiques)*. Les zones représentent une distance arbitraire, par exemple z1: à distance de marche, z2: de vélo, z3 de transport en commun, z4: de voiture, z5: d’avion*.

Les outils de conception ne sont pas limités aux systèmes agricoles, et peuvent servir à l’édification de sociétés permacoles. Rob Hopkins a d’ailleurs organisé les initiatives de transition  en utilisant les principes de conception d’Holmgren*.
  1. l’autoproduction,
    ou plus généralement la réappropriation de savoirs ou de techniques généralement délégués. Il s’agit ici de concevoir des systèmes en permaculture directs (c’est sur la mise en place de tels systèmes que se concentrent les bouquins de permaculture). Par exemple produire sa nourriture ou réparer son vélo.
  2. l’achat responsable,
    ou, au delà de la transaction marchande, le fait de se procurer (par l’achat, l’échange, le troc, le don) de quoi combler ses besoins. Par exemple rejoindre une AMAP, un SEL, une coopérative d’achats pour obtenir de la nourriture, une réparation ou d’autres choses par des filières locales, écologiques, sociales. Il s’agit ici de s’assurer que les systèmes comblant nos besoins soient conçus en permaculture. Le système AMAP peut être considéré comme permaculturel au niveau de son organisation, mais le système agricole sous-jacent est rarement en permaculture, même si l’organisation en AMAP a des effets positifs (comme par exemple la collecte des ordures vertes qui sont retournées aux champs).
  3. la mise en place de structures,
    s’il n’existe pas de structure permettant la mise en place de systèmes permaculturels pour remplir un besoin identifié, il faut alors en envisager la création. AMAP, SEL, autopartage, université populaire sont des structures connues permettant de combler des besoins. On peut aussi se servir des principes de conception pour les rendre plus efficaces (par exemple créer une coopérative d’achat sur le lieu d’une école primaire permettant aux parents d’acheter des produits pour les jeunes enfants).
  4. la mise en place d’une pépinière de projets,
    on ne peut pas être au four à bois et au moulin à farine, alors la meilleure solution ne serait-elle pas de créer les conditions pour que le four et le moulin puissent être créés par des groupes de personnes qui en ont le besoin (soit du moulin, soit de la farine qu’il produit) ? Par exemple, une salle de projection ou de réunion permet de sensibiliser sur une multitude de sujets et d’organiser toutes sortes d’initiatives. Un système de financement permaculturel* permet d’aider l’installation de projets. On peut aussi ranger dans cette catégorie une réflexion de l’organisation de systèmes permaculturels à l’échelle d’une biorégion : que faut-il au niveau niveau régional pour combler nos besoins d’énergie, de nourriture, de santé, etc. et comment faire pour que ces structures se créent ?

Et ceci est précisément l’objet des villes en transition : mettre en place une dynamique pour la définition des besoins d’une communauté, et les moyens permaculturels de parvenir à la création des structures les comblant. Le « transitionneur » est donc un permaculteur ! La différence avec le permaculteur « de terrain » est qu’il utilise les principes de conceptions aux niveaux 3 et 4 plutôt qu’au premier niveau (cf. encadré « Zones et secteurs »).

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4 commentaires

  1. Il est évident que l’Australie et la vieille Europe se ressemblent peu en terme d’occupation du territoire. Peu de gens possèdent des terres, et les populations sont concentrées dans les villes (la population française est à plus des trois quarts urbaine*). La permaculture serait-elle réservée à une minorité de privilégiés ?
    Ce genre de recontextualisation est toujours très appréciable.
    (j’y reviendrai)

  2. Entièrement d’accord! Des fois, je me dis que ce que j’apprends ici en Aotearoa/Nouvelle Zélande concernant la permaculture sera difficile à transposer dans un contexte francais… Mais c’est en même temps autant d’expériences en plus, ca ne peut pas faire de mal!
    Dans l’idée « pépinière de projets » je pense que la permaculture peut apporter enormément, puisque l’ethique et les principes permettent aux gens avec une « idée de projet » de le définir et le designer (merge, anglicisme, je ne me rappelle plus du bon mot en francais…) pour que ca dure vraiment, et que leur projet fasse vraiment une difference dans la vie local.
    Merci, tu ecris bien et je donne l’adresse de ce blog aux francophones qui me demande « mais c’est quoi, la permaculture? c’est du bio, c’est ca? »…
    Chou,
    à bientôt
    L

  3. Je pensais pas que l’écart entre les densités de populations était si grand (source wikipedia) :

    Australie : 3 hab./km²
    France : 112 hab./km²

  4. Ca fait plus d’un habitant par hectare en France !
    Je pensais pas autant non plus.
    Ceci dit, pour la comparaison, il faut voir que l’Australie compte une grande proportion de désert, ce qui n’est pas le cas de la France. Il faudrait évaluer en terme de terre arable disponible. Pas facile.
    En Inde je crois, la bio-intensive avait calculé pouvoir faire vivre une personne en autarcie alimentaire sur 440 m², à partir d’un régime végétalien strict. Il en faudrait certainement un peu plus ici (le double ?) à cause du chauffage, des vêtements chauds et des saisons, mais ça nous laisse quand même encore un peu de marge.

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