Néolithico-sceptique

Comme ce blog va être amené à diffuser plus d’articles sur le sujet, j’aimerais essayer d’expliquer assez simplement comment j’aborde le sujet du primitivisme / de l’anarcho-primitivisme / de l’éco-anarchie.

Tout d’abord, j’ai préféré intituler ce billet « néolithico-sceptique », car je n’ai pas encore trouvé d’expression qui me convienne parfaitement (celle là ne fait pas exception). Le mot « primitivisme » contient de trop lourdes implications qui peuvent braquer une personne avant même d’avoir commencé une discussion. De plus, je préfère, à tord ou à raison, garder cette expression pour les personnes qui veulent retourner personnellement à un état primitif (aller vivre dans les forêts, ce qui correspond au rewilding/réensauvagement). Je n’aime pas non plus la prédominance du côté anarchiste dans les autres expressions. Le terme d’éco-anarchisme ne fait pas honneur à toute la remise en question au sujet de notre regard sur ce qui est non-humain. On pourrait prendre un éco-anarchiste pour un anarchiste écolo. De plus je ne me sens pas d’affinité particulière avec les anarchistes, et pour moi l’anarchisme est plutôt un effet de bord d’une société qui marche, plutôt que le point central d’une réflexion, qui pour ma part provient de notre mode d’alimentation.

Ce détour étant fait, j’ai choisi le terme de néolithico-sceptique car je m’interroge sur les bienfaits présumés de la révolution néolithique, à savoir l’invention de l’agriculture et de la civilisation.

Ma réflexion commence par un postulat : l’Homme est un animal. Cela peut paraître évident d’un point de vue biologique, mais ce fait est généralement ignoré dans notre culture. Une des définitions d’animal est d’ailleurs « qui caractérise plutôt l’animal que l’homme » (Larousse). L’Homme est bien sûr un animal un peu particulier, qui réunit la bipédie, « un pouce préhenseur et un télé-encéphale hautement développé »*,  la maîtrise du feu, des outils, de l’agriculture et de l’élevage, etc. Mais il n’en reste pas moins un animal, plongé dans la communauté du vivant, des écosystèmes, etc.

Mon deuxième postulat est que la communauté du vivant est régie par des « lois » naturelles, qui sont le résultat de contraintes évolutives étant données les réalités physiques de la vie sur Terre. Ces lois peuvent s’appliquer aux individus, aux populations, aux relations inter-espèces, etc. Bien sûr ses lois ne sont pas comme nos lois (« tu ne tueras point »), elles ne sont pas édictées par une autorité morale, mais émergent d’une réalité concrète (suivre ces lois est gage d’efficacité, et donc de survie par sélection naturelle). Je ne connais pas spécialement ces lois, mais on peut surement en découvrir grâce à l’écologie (par exemple le rapport entre le poids d’un animal et la densité de population de son espèce) ou le simple bon sens (telle caractéristique du monde n’aurait pas pu être possible si une certaine loi n’avait pas été suivie).

Mon troisième postulat est qu’en utilisant assez d’énergie, une loi peut être momentanément contournée. La gravitation en offre un bon exemple. L’Homme peut momentanément » échapper » à l’effet de la pesanteur en utilisant de l’énergie (en grande quantité). Mais cela ne doit pas éclipser le fait qu’il est toujours soumis à cette loi, et qu’à un moment donné il devra regagner le sol.

Mon quatrième postulat est qu’une gazelle, un moustique, un ours n’est ni bon ni mauvais, que personne ne songerait à remettre le mode de vie d’un animal en question (même si dans notre culture, c’est le droit même de vie d’une espèce qui est remis en question), et que si un animal a un certain mode de vie (nourriture, organisation sociale, etc) c’est que ce mode de vie lui convient parfaitement, car l’animal et le mode de vie ont évolué (et évoluent encore, même si ce n’est pas perceptible à notre échelle) ensemble vers cet état de fait, et que la sélection par l’évolution produit des systèmes très efficaces pour gérer l’énergie.

Mon cinquième postulat est que pour vivre de manière durable (puisque c’est à la mode), il faut que l’Homme trouve comment vivre sa vie d’animal humain (c’est à dire dans des conditions telles qu’il puisse vivre une vie libre et sauvage, contrairement à ce que vivent les humains civilisés domestiqués). Il faut donc qu’il s’inscrive dans les lois de la communauté du vivant, tout en développant des stratégie propres à son espèce.

Mon sixième postulat est que l’Homme a déjà trouvé comment vivre sa vie d’animal humain. Depuis leur brutal changement de milieu il y a quelques millions d’années en Afrique, nos ancêtres sont passés du stade de primates à celui d’Hommes.  Ils ont dû évoluer et réinventer leur mode de subsistance et leur organisation sociale, et pour se faire créer une espèce totalement atypique. Nos ancêtres paléolithiques et nos « cousins » chasseurs-cueilleurs actuels sont les exemples de cette vie. Ils vivent une vie pleine et entière, et ne compromettent ni leur existence, ni celle de leur écosystème. Il ne s’agit pas de peindre la vie des « sauvages » ou des « primitifs » comme merveilleuse, elle ne l’est pas plus que la vie des grenouilles, des faucons ou des zèbres.

Mon septième postulat est que notre culture n’est pas soutenable, et que nous vivons en dehors des lois de manière artificielle et momentanée. Ce que j’entends par « notre culture », c’est la culture de l’Ouest ou la culture occidentale, qui a pris racine il y a une centaine de siècles dans le croissant fertile, et qui s’est répandue sur la planète depuis. Nos ancêtres ont été les premiers humains à domestiquer le règne végétal et animal, avant de se domestiquer eux-mêmes. Depuis ses débuts, notre civilisation n’a été que répression (armées, gardes royales, milices, chevaleries, polices), conquêtes (des Amériques, des Indes, de la Lune, des forêts, etc), exterminations (des amérindiens, des aborigènes, des juifs, des tziganes, des opposants, des bisons, etc), exploitation (des paysans, des indigènes, des ouvriers, de l’espace,  des ressources naturelles; par les chefs, pharaons, rois, conquistadors, clergés, empereurs, et multinationales). Nous asséchons les rivières et les nappes phréatiques, nous vidons la mer de ses poissons, nous exterminons les espèces, nous faisons des trous dans la couche d’ozone, nous réduisons les sols en poussière, nous faisons fondre les pôles. Nous avons créé les chambres de torture, le napalm, la bombe atomique, l’argent, le travail, les états. Il est temps d’ouvrir les yeux sur ce qu’a réellement été notre histoire, et sur ce que sont nos vies actuellement.

Mon huitième postulat est que nous ne pouvons pas retourner à l’âge de pierre dans les conditions actuelles. Trop d’humains, et des systèmes naturels trop peu présents et trop affaiblis pour nous supporter de manière durable à la mode des chasseurs-cueilleurs. Je ne suis même pas sûr de trouver désirable pour moi personnellement de retourner à un état totalement primitif, mais la question ne se posera pas de toute façon.

Mon neuvième postulat est que notre seule chance est d’inventer un mode de vie durable nouveau, basé sur les conditions exceptionnelles auxquelles nous devons faire face. Beaucoup de choses jouent en notre défaveur : effondrement de la communauté du vivant (sur laquelle nous nous appuyons pour notre survie), dérèglement climatique, pollutions résiduelles, énergies en déclin, dépendance à des réseaux complexes … Certaines peuvent aussi jouer en notre faveur : puissance énergétique, connaissance et technologie. Pendant le déclin énergétique, notre marge de manœuvre va se réduire (et dans le même temps notre capacité de nuisance), et il faudra faire des choix de plus en plus drastiques : est-ce que le coût énergétique, humain, environnemental vaudra les bénéfices retirés (pour la communauté humaine et du vivant) ? Les hôpitaux, les télévision, les lunettes, les voitures, les vitres, l’écriture … seront-elles des options judicieuses dans 10, 30, 100 ans ?

Bien sûr, je m’expliquerai plus sur ces notions, et leur rapport avec la permaculture, dans de futurs articles.

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19 commentaires

  1. Salut !
    Bon article simple.

    Si la question humain/animal en tant que postulat t’intéresse, je te dirai qu’il y a plein de livre sur la question, dont entre autre un numéro d’offensive libertaire etc… Mais je pense cependant, que pour toi, un texte en particulier t’intéresserai et te donnerai de nouveaux horizon sur un auteur que tu ne connais p.ê pas. Un petit article donc pour commencer :
    Portrait de l’humain comme animal particulier qui se pense comme animal spécial ( http://www.lutecium.org/stp/ltl.html )

  2. la source du problème réside dans le développement dramatique de la pensée humaine qui, nul ne sait quand, dans un mouvement de réflexivité, sut par une nuit d’infortune prendre conscience d’elle-même pour venir s’enfermer de manière définitive dans une cloison isolée du monde sensible. La perception humaine s’est focalisée dans et pour le cerveau du fait de ce faux point centralisé que représente la conscience de l’individu.

  3. Passionnant, comme à chaque fois !

    J’espère que tu avances bien également dans tes projets de permaculture (et ta formation).

    Bonne journée !

  4. Commentaires numérotés sur postulats:
    1. J’ajouterais, comme caractéristiques humaines, la pensée, le langage, l’art, les rites funéraires, et plus généralement tout ce qui relève du symbole.
    2. Si ce sont des contraintes, pourquoi les appeler « lois »? Ce terme est lourd de connotations. Parmi d’autres choses que tu nommes « lois » dans ce paragraphe il y aussi des corrélations. J’ai du mal à voir ce que tu appelles « lois ».
    3. L’Homme peut momentanément » échapper » à l’effet de la pesanteur en utilisant de l’énergie (en grande quantité). Un saut sur place à pieds joints n’en consomme pas tant que ça, et produit le même effet « momentanément » ;-)
    4. « la sélection par l’évolution », tu veux pas dire l’inverse? Si oui, la sélection n’est pas le seul (et peut-être pas le principal) processus en jeu dans l’évolution. Sinon, je pige pas ta phrase.
    5. J’aimerais bien savoir comment on définit la notion de « sauvage » (article connexe: http://lezd.wordpress.com/2009/06/28/artificialite/)
    6. Ils vivent une vie pleine et entière, et ne compromettent ni leur existence, ni celle de leur écosystème. ça dépend de ce qu’on veut dire par « compromettre »
    7. Certains paléontologues ont émis l’hypothèse d’un génocide des Néanderthal par les Cro-Magnon, ceci bien avant la culture du blé en Irak. Voir aussi les cas d’exterminations de grand gibier, rapportés par Jared Diamond (dans « le troisième chimpanzé »)
    Les guerres tribales étaient également très fréquentes dans les temps préhistoriques, elles le sont aussi chez d’autres espèces, comme le chimpanzé (avec une efficacité moindre que chez l’homme en termes d’ennemis abattus, mais avec une cruauté ressemblante).
    Ne pas oublier que pas mal de choses sont une histoire de quantité de gens: voir l’article « landuse » sur le site de Toby Hemenway
    En ce sens la culture occidentale n’est pas tant une rupture, mais peut-être en partie un approfondissement, dans un contexte culturel particulier, de certains penchants préexistants.
    S’agissant de la domestication, voir l’article « beyondwilderness » sur le site de Toby Hemenway
    8. Je ne suis même pas sûr de trouver désirable pour moi personnellement de retourner à un état totalement primitif ça me semble difficilement désirable pour quiconque, ou alors de façon feinte (c’est à dire en faisant abstraction de la culture et des affects qui nous ont façonnés)
    9. effondrement de la communauté du vivant à nuancer si c’est à une échelle non globale
    dérèglement climatique à prendre avec précautions, notamment depuis le « climate gate » de l’automne 2009.
    Parmi ce qui joue en notre défaveur j’ajouterais l’inertie des structures étatiques, le déclin moral des « élites » qui prennent les décisions à grande échelle, et l’absurdité du système économique qui fait que par exemple vivre exclusivement de productions issues d’un espace permacole n’est pas financièrement viable dans l’Ouèzd.

  5. @bug-in : j’irai voir merci
    @lintraquil : j’ai rien compris
    @goeland & misko : merci

    @koldo:

    2. Si ce sont des contraintes, pourquoi les appeler « lois »? Ce terme est lourd de connotations. Parmi d’autres choses que tu nommes « lois » dans ce paragraphe il y aussi des corrélations. J’ai du mal à voir ce que tu appelles « lois ».

    Peut être qu’un meilleur terme peut être trouvé. Je ne suis pas sûr que je le vois comme des contraintes, plutôt comme des règles ? Pour moi ce sont des caractéristiques qui émergent de l’expérience. Même s’il s’agit de corrélation (tu parles du rapport poids/densité je suppose), celà traduit surement une ceraine justesse (vérité ?) quant à la gestion optimal d’un territoire par une espèce (en terme d’impact, de nomadisme, etc).

    4. « la sélection par l’évolution », tu veux pas dire l’inverse? Si oui, la sélection n’est pas le seul (et peut-être pas le principal) processus en jeu dans l’évolution. Sinon, je pige pas ta phrase.

    Je pense que ma formulation est maladroite. Pour moi Evolution = mutation + sélection, donc je parlais de la sélection dans le cadre de l’évolution. Ce que je voulais dire donc c’est que même si la sélection n’est pas le principal facteur de l’évolution (tu penses aux mutations ?), il est pour moi le principal facteur de l’efficacité : car quelques soient les mutations, la sélection montre que les modes de vie qui restent on franchit un seuil d’efficacité, et que même si les choix sélectionnés dépendent du pool généré par les mutations, ces dernières sont quand même assez contraintes (par le temps, et l’énergie).

    6. Ils vivent une vie pleine et entière, et ne compromettent ni leur existence, ni celle de leur écosystème. -> ça dépend de ce qu’on veut dire par « compromettre »

    Tu as quoi en tête ?

    7. Certains paléontologues ont émis l’hypothèse d’un génocide des Néanderthal par les Cro-Magnon, ceci bien avant la culture du blé en Irak. Voir aussi les cas d’exterminations de grand gibier, rapportés par Jared Diamond (dans « le troisième chimpanzé »)

    Effectivement il y a des choses pas nettes avant l’agriculture. Cela dit pour les néanderthals, je ne suis pas bien au courant mais ça pourrait être une extinction indirecte due à une même base alimentaire ?

    Pour l’extinction du Pleistocène, je dis en général que comme l’humain est un animal, ça ne me surprend pas plus que ça que lorsqu’il se retrouve dans un nouvel écosystème, il créé des perturbations (qui peuvent aller jusqu’à une réorganisation/extinction des espèces). Mais une fois leur milieu appréhendé, lse amérindiens ont trouvé des gestions durables (enfin ceux qui en sont resté aux saumons, aux glands, aux bisons …). Le problème c’est qu’on pourrait donner la même excuse pour les europééns qui arrivèrent aux amériques. Mais pour moi il est évident que ce ne sont pas les mêmes choses en jeu, mais je n’arrive pas bien à le mettre par écrit (le désirde conquête, le meurtre organisé des tribues indiennes, la destruction des bisons par stratégie …).

    Concernant les chasseurs-cueilleurs, effectivement je n’ai pas abordé leur gestion poussée des écosystèmes (notamment par le bruli). Je compte abordé un peu plus tard les cultures horticoles, car c’est pour moi le modèle de développement le plus dapté à notre situation. Mais il faut aussi que j’en lise un peu plus :)

    Sur les guerres tribales, quelqu’un a soulevé ce point sur le blog anarchie verte, et effectivement je n’y connais pas grand chose. Je ne tiens pas particulièrement à embellir toutes les sociétés tribales, mais il n’y a pas de raison que l’on reprenne aussi les mauvais côtés, si ceux là n’ont pas une raison plus large, importante et bénéfique par ailleurs.

    9. effondrement de la communauté du vivant à nuancer si c’est à une échelle non globale
    dérèglement climatique à prendre avec précautions, notamment depuis le « climate gate » de l’automne 2009.

    Il me semble que l’effondrement est global, ou alors j’ai mal compris ta remarque ?
    Tu es devenu climato-sceptique ? (je suis d’accord pour ne pas se focaliser sur ce problème au détriment des autres aussi importants, mais je crois quand même qu’on détraque le climat)

    merci pour ce commentaire enrichissant :)

  6. 2. Même s’il s’agit de corrélation (tu parles du rapport poids/densité je suppose), celà traduit surement une ceraine justesse (vérité ?) quant à la gestion optimal d’un territoire par une espèce (en terme d’impact, de nomadisme, etc).
    Ça relève plutôt de la contingence, je pense que ce genre d’ajustement se fait plutôt par tatonnements successifs. Après, de là à l’appeler « règle », ou « loi », je sais pas. Ça me paraît des termes trop rigides pour traduire la complexité et la mouvance des relations observées dans un écosystème.

    4. même si la sélection n’est pas le principal facteur de l’évolution (tu penses aux mutations ?)
    Oui, et à la dérive génétique (cf. la théorie neutraliste de Kimura)

    quelques soient les mutations, la sélection montre que les modes de vie qui restent ont franchi un seuil d’efficacité, et que même si les choix sélectionnés dépendent du pool généré par les mutations, ces dernières sont quand même assez contraintes (par le temps, et l’énergie).
    Les formes (viables) de vie ont aussi tout un tas de caractéristiques apparues du fait du hasard, qui bien souvent ne représentent pas un avantage ou un inconvénient particulier, et sur lesquels il n’y a donc pas de pression sélective.
    Mais peut-être que la viabilité d’une mutation peut se considérer en soi comme une forme de sélection agissant d’emblée.

    6. Modifier un écosystème jusqu’à en éliminer certaines espèces (par la chasse) ou certains habitats (par le brûlis), est-ce que dans la mesure où le milieu reste habitable par l’homme on peut considérer que l’existence de l’écosystème n’est pas compromise?
    Dans ce cas on pourrait peut-être en dire autant de l’agriculture?
    Ce qu’introduit l’agriculture c’est surtout l’érosion des sols. Mais par les techniques de semis direct sous couvert on peut éviter le problème, sans pour autant sortir du schéma agricole.

    7. Mais pour moi il est évident que ce ne sont pas les mêmes choses en jeu, mais je n’arrive pas bien à le mettre par écrit (le désirde conquête, le meurtre organisé des tribues indiennes, la destruction des bisons par stratégie …)
    La différence que je vois est que d’un côté il y avait des armées, permises par une organisation sociale centralisée (centrée sur les villes), elle-même permise par l’existence de surplus stockables et transportables. « L’agriculture amène, toujours, à une concentration du pouvoir par l’élite. C’est le résultat inévitable de l’existence de gros surplus stockables, qui est au coeur de l’agriculture » (T. Hemenway). (cette phrase ferait une bonne exergue pour les anarcho-primitivistes je trouve)
    Parmi les civilisations amérindiennes, celles qui ont construit des urbanisations (Olmèques, Toltèques, Mayas, Mochicas, Huaris etc.) sont rapportées comme ayant des mentalités guerrières et expansionnistes. Les chasseurs-cueilleurs et les chasseurs-horticulteurs n’ont pas telle réputation. Mais peut-être que la différence entre ce genre de guerre et les guerres tribales est surtout une question de technique (matériel et organisation) et d’effectifs en jeu. Auquel cas les peuples sans agriculture et sans villes donneraient simplement cours à leurs ardeurs guerrières et expansionnistes à une échelle moindre.

    9. Il me semble que l’effondrement est global, ou alors j’ai mal compris ta remarque ?
    Oui, mais localement il peut n’y avoir pas de tendance, ou bien des améliorations (souvent d’ailleurs dans des régions en déprise agricole, comme par hasard ;-))
    Et comme c’est à l’échelle locale qu’on vit, ça me semble important de faire la nuance.

    Tu es devenu climato-sceptique ? (je suis d’accord pour ne pas se focaliser sur ce problème au détriment des autres aussi importants, mais je crois quand même qu’on détraque le climat)
    Je pense également que le problème du climat prend une trop grande place dans le discours ambiant (notamment en comparaison avec le peak oil ou la dégradation des sols cultivés), le lien entre CO2 et climat est très exagérément mis en avant vu les grosses incertitudes quant à son importance réelle.

  7. @koldo

    Les formes (viables) de vie ont aussi tout un tas de caractéristiques apparues du fait du hasard, qui bien souvent ne représentent pas un avantage ou un inconvénient particulier, et sur lesquels il n’y a donc pas de pression sélective.
    Mais peut-être que la viabilité d’une mutation peut se considérer en soi comme une forme de sélection agissant d’emblée.

    Je n’ai pas dit que les mutations étaient gages d’efficacité dans le mode de vie des animaux qu’on peut observer (à part indirectement comme producteurs de variantes à sélectionner), mais que c’était la sélection qui assurait que le mode de vie était viable (et efficace).

    Modifier un écosystème jusqu’à en éliminer certaines espèces (par la chasse) ou certains habitats (par le brûlis), est-ce que dans la mesure où le milieu reste habitable par l’homme on peut considérer que l’existence de l’écosystème n’est pas compromise?
    Dans ce cas on pourrait peut-être en dire autant de l’agriculture?
    Ce qu’introduit l’agriculture c’est surtout l’érosion des sols. Mais par les techniques de semis direct sous couvert on peut éviter le problème, sans pour autant sortir du schéma agricole.

    Je vois ce que tu veux dire. Plus que l’érosion des sols, c’est surtout une certaine mentalité vis à vis des écosystèmes vs des systèmes agricoles annuels qui me fait dire que l’agriculture est un mauvais choix, et les techniques horticoles un bon choix (cf la fin de mon article sur la nature). J’ai un bouquin sur ce type de gestion (Forgotten fires), peut être que j’en apprendrais plus. Et, effectivement, les pratiques horticoles permettaient aux Hommes de vivre dans un milieu sans cesse plus riche pour eux (mais peut être pas plus riche en général, quoi que cela puisse signifier ?), alors que les pratiques agricoles ont sans cesse conduit les Hommes à la ruine.

    La différence que je vois est que d’un côté il y avait des armées, permises par une organisation sociale centralisée (centrée sur les villes), elle-même permise par l’existence de surplus stockables et transportables.

    Oui, avec la civilisation, on a maintenant des spécialistes de la guerre. Mais je crois que les différences sont plus profondes que ça encore, que c’est une question de perception et non pas juste de moyens techniques. Une division assez constante entre les primitifs et les civilisés (pour ce que j’en sais des peuples primitifs …) et que les premiers ont leur dieux tout autour d’eux, dans les animaux, les pierres et les ruisseaux, alors que les second ont exilé leurs dieux aux cieux. Il doit y avoir encore beaucoup de différences sous-jacentes comme celles là.

    Mais sinon, t’es primitiviste (ou néolithico-sceptique) ? :)

  8. Je n’ai pas dit que les mutations étaient gages d’efficacité dans le mode de vie des animaux qu’on peut observer (à part indirectement comme producteurs de variantes à sélectionner), mais que c’était la sélection qui assurait que le mode de vie était viable (et efficace).
    Dac je comprends ce que tu veux dire.
    On voit ici que le terme sélection peut recouvrir deux phénomènes différents: la viabilité basique en tant que forme de vie (sélection opérant immédiatement sur l’individu), et, au delà de ce seuil de viabilité, le niveau d’adéquation à un milieu donné (sélection opérant sur le plan génétique, sur plusieurs générations)

    Et, effectivement, les pratiques horticoles permettaient aux Hommes de vivre dans un milieu sans cesse plus riche pour eux (mais peut être pas plus riche en général, quoi que cela puisse signifier ?), alors que les pratiques agricoles ont sans cesse conduit les Hommes à la ruine.
    Sur ce dernier point, ça peut changer en appliquant certaines choses (semis direct, + de polyculture, rotation etc.).
    Bref est-ce que l’agro-écologie peut donner des systèmes aussi durables que les systèmes horticoles, tout en restant sur des schémas agricoles (champs cultivés d’espèces annuelles avec une certaine mécanisation, etc.)?

    Une division assez constante entre les primitifs et les civilisés (pour ce que j’en sais des peuples primitifs …) et que les premiers ont leur dieux tout autour d’eux, dans les animaux, les pierres et les ruisseaux, alors que les second ont exilé leurs dieux aux cieux. Il doit y avoir encore beaucoup de différences sous-jacentes comme celles là.
    Oui, l’immanence (ma petite référence à ce sujet c’est Starhawk), vs la transcendance.
    Cela dit ce n’est peut-être pas systématique. Les croyances associées à la mythologie basque (pour prendre un exemple que je connais), dont les dieux vivent sous terre et dans les forêts, ont perduré jusqu’au moyen-âge voir au-delà, alors que l’agriculture était présente depuis déjà 5000 ou 6000 ans. Ce qui a marginalisé ces croyances-là relève plutôt de changements opérés à la Renaissance, et de l’expansion d’un certain rationnalisme, que du fait d’être éleveurs-cultivateurs.
    Cela dit les villes n’étaient pas bien grosses et n’avaient pas une grande importance à cette époque. Le lien serait donc plutôt à faire avec une certaine organisation sociale impliquant l’existence de cités, qu’avec l’agriculture en elle-même.
    Mais là aussi, si tu regardes la civilisation de la vallée de l’Indus, il y avait des grosses cités (Harappa, Mohenjo-Daro), pourtant cette civilisation est décrite comme non-violente, sans grosse armée, et dont l’élément religieux central est une déesse-mère.
    Bref j’ai l’impression qu’il n’y a pas de règle nette sur le lien entre mentalité générale et agriculture/urbanité.

    Mais sinon, t’es primitiviste (ou néolithico-sceptique) ? :)
    Je suis néolithico-sceptique et primitivo-sceptique (en plus d’être rôle-du-CO2-dans-le-climat-sceptique) ;-)

  9. Intéressant tout ça! De la matière à lecture et à réflexion :))

    Je tente de rebondir sur ce qu’a écrit intranquil. Ce n’est qu’une interprétation, je m’excuse d’avance si je tombe à côté.

    C’est un peu différent du sujet principal du post de Nicolas. Mais la réflexion d’intranquil me ramène à un livre de bouddisme zen que je lis en ce moment. Il s’intitule « The book on the taboo against knowing who you are » par Alan Watts.

    L’idée principale de cet ouvrage, c’est que l’être humain s’est construit et perçoit le monde comme étrange et séparé de lui-même.
    L’auteur fait bien la distinction entre différentiation – l’homme est différent de l’univers qui l’entoure comme la main diffère de la tête – et séparation. Selon lui, le principal problème de l’être humain c’est qu’il se concoit comme séparé du monde et des autres règnes (animal, végétal, minéral…) et se croit obligé de dominer et de « gagner contre » cet univers étranger et dénué de sens alors qu’en réalité il n’en est qu’une composante et que son existence est intrinsèquement liée au reste et en dépend.
    La main et la tête peuvent être différenciées mais n’existent pas l’une sans l’autre, ce sont 2 pôles d’une même réalité: l’être humain. De même l’homme sorti de son environnement n’est pas.

    Se concevoir comme supérieur, inférieur ou égal à l’animal ou à la nature n’a pas de sens. L’homme, l’animal, le végétal font partie d’un système complexe de relations et d’interdépendances. Ce sont différentes formes d’expression de ce même système, distinctes mais pas séparées les unes des autres.

    La première étape à une vie plus harmonieuse, respectueuse et ancrée dans le présent consisterait ainsi à abandonner l’illusion d’un soi séparé du reste et à replacer l’individu comme une simple expression changeante et éphémère d’un tout qui l’a précédé qui lui survivra et qui le dépasse, notre planète dans toutes ses composantes.

    Ainsi plutôt que de chercher à « faire au mieux avec » la nature, les animaux, etc. le livre de Watts invite à changer de regard et à sortir de ce qu’il appelle l’illusion de la séparation, source selon lui de notre rapport faussé au monde.

    L’origine de notre comportement et des torts causés par l’humanité à son environnement résiderait alors non pas dans l’invention de l’agriculture ou de la civilisation – qui n’en sont que des expressions – mais plutôt dans l’esprit humain lui-même et dans la conception du monde qu’il s’est forgé et a transmis de génération en génération – à savoir la séparation et la supériorité de l’être humain sur ce qui l’entoure.

    Un peu difficile de résumer en quelques lignes un livre de 150 pages… mais je pense que l’idée principale y est! :)

  10. Salut Stéphanie,

    si je cite l’agriculture et la civilisation comme points de départs du problèmes, c’est justement parce que l’humanité ne se résume pas à notre culture (née au croissant fertile il y a 10000 ans et répandue pratiquement partout aujourd’hui).

    L’être humain n’est pas damné de nature (ce que soutiennent les religions modernes, y compris le bouddhisme je crois). Des tas de sociétés ne considèrent pas les Hommes plus importants que le reste, et l’animisme qui a été la « religion » de l’humanité avant l’avènement de l’agriculture, est justement centrée sur les écosystèmes et non sur l’humain.

    Je suis convaincu que pour que nous avancions en tant que culture (et en tant qu’espèce, vu comme notre culture a phagocyté les autres), il nous faudra nous sortir de l’anthropocentrisme et l’humanisme.

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