énergie

Une autre vision du pétrole

Un court billet sur une métaphore explicitant les différents niveaux de vision que l’on peut avoir du pétrole.

Comme je l’ai déjà dit, le pétrole est essentiel pour notre économie, puisqu’il les produits pétroliers représentent près de la moitié de la consommation énergétique finale de la France. Le secteur clef des transports et quasiment assujetti au pétrole.

Le pétrole est tellement présent qu’on a du mal à comprendre toutes les implications. Je vais essayer de les expliciter en prenant un parallèle avec l’eau.

Le premier niveau de compréhension correspond à la partie visible et tangible. Pour l’eau, c’est l’eau qui coule du robinet, de la douche, des nuages. Pour la pétrole, c’est celui que l’on met dans son réservoir de voiture ou sa chaudière au fioul. Quand on essaie de réduire sa consommation, on a tendance à se focaliser sur ses parties : pour l’eau, on économise sur les bains (prendre une douche à la place), on réutilise l’eau de lavage des légumes pour le jardin … Pour le pétrole, on essaie de moins prendre sa voiture.

Le deuxième niveau correspond aux utilisations masquées. Chaque être animé ou chaque objet contient une part d’eau, que ce soit au niveau de sa structure, pour se maintenir, ou lors de sa création.  Le corps humain est composé majoritairement d’eau, il faut de l’eau pour élever un animal, cultiver du blé, construire une voiture … C’est la même chose pour le pétrole. Beaucoup d’objets contiennent du pétrole, que se soit sous forme de matière première (plastiques, fibres synthétiques …) ou indirectement par l’utilisation de pétrole sur les chaînes de montage, pour le transport des divers composants, etc.

Le troisième niveau est le plus invisible et le plus important à la fois. Il se situe au niveau du système. On y pense peu, mais l’eau peut façonner des paysages entiers par l’action de l’érosion des roches ou des sols. L’eau creuse, valonne, s’accumule … L’eau est un facteur vital pour l’établissement et la pérennité des sociétés humaines. Longtemps l’humanité a été contrainte géographiquement par les cours d’eau et les océans, car la présence de ressources marines était un élément important.
Le pétrole a également façonné de manière profonde nos sociétés. Les ressources fossiles sont à l’origine de la révolution industrielle, qui a été le plus gros bouleversement des sociétés humaines depuis la révolution néolithique agricole qui a vu naître les civilisations. La révolution industrielle a commencé en Angleterre avec le charbon, qui a depuis été remplacé par le pétrole, bien plus efficace (forme liquide plus facile a transporter, stocker, utiliser, et rendement énergétique supérieur). Ces sources d’énergie, qui ne sont rien d’autre que de l’énergie solaire accumulée et compressée pendant des millions d’années, ont rendu l’énergie abondante et peu chère, pour la première fois dans l’histoire (et avant) de l’humanité. C’est grâce au charbon et au pétrole que vous pouvez lire ces lignes. Pas seulement parce qu’il a fallu de l’énergie pour fabriquer et transporter votre ordinateur et le mien, mais aussi parce qu’elles ont augmenté la productivité agricole, qui a fourni des mains supplémentaires pour l’industrie, tout en ayant de quoi nourrir les bouches correspondantes. C’est grâce à cette énergie que des connaissances scientifiques de pointe ont pu émerger, et se transmettre et s’enrichir au fil des ans (pour devenir à l’occasion un ordinateur), grâce à une société assez stable pour que les informations se perpétuent. Les énergies fossiles sont derrière la mondialisation, et permettent de tisser des réseaux autour du globe, comme celui d’internet. C’est également grâce aux énergies fossiles qui vous pouvez lire ces lignes, que l’école est devenue accessible et même obligatoire. Elles ont permis à l’Homme un contrôle sans précédent, menaçant jusqu’à l’équilibre de notre biosphère.

Le grand défi à venir sera de gérer la descente énergétique qui se profile, et à mettre à profit le paradoxe de la société industrielle, qui est que tout en nous permettant de détruire le monde et nous avec, elle nous a permis de jeter un regard vers nos racines, plus lointaines que la naissance de l’agriculture. Saurons nous tirer partie de toute cette connaissance et ces objets produits, ainsi que de l’énergie qui nous reste, pour mettre en place des systèmes humains et agricoles coopératifs et autonomes, pour enfin vivre en paix avec nous même et les autres formes de vie, et dans l’abondance ? C’est pour moi tout l’intérêt de la permaculture.

Données: Bilan énergétique de la France, 2007.

Descente énergétique

Si l’est une chose acquise par nos millénaires de progrès, c’est bien la compréhension de notre propre perte. Parmi les menaces les plus sérieuses pesant sur nos civilisations, on peut donner :

  • les pics énergétiques : Les énergies fossiles sur lesquelles s’appuie toute notre modernité  ne sont pas inépuisables, et nous allons bientôt connaître le pic de production du pétrole (qui représente près de 44% de l’énergie finale utilisée par la France), puis celui du gaz et du charbon.
  • la raréfaction de l’eau : Les ressources d’eau sont utilisées de façon non renouvelable, et souvent dans les pays pauvres du Sud, le développement de la population du fait des surplus de l’agriculture dépend de nappes phréatiques qui ne se remplissent plus ou en dessous du seuil d’extraction.
  • la déforestation : Les forêts sont anéanties pour faire du bois de chauffage ou de construction, et pour l’agriculture (soja, palmiers à huile). Du coup certains services offerts par la forêt ne sont plus assurés, comme la stabilisation du climat, l’augmentation de la pluviométrie, la stabilisation des sols.
  • le dérèglement climatique : Le réchauffement planétaire va augmenter les phénomènes climatiques violents, comme les tempêtes, la sécheresse et les inondations. Des parasites vont migrer vers des régions où ils étaient inconnus. La productivité agricole va baisser. Des zones densément peuplées vont être envahies par la montée des eaux. D’autres phénomènes plus graves et peu prévisibles risquent de se produire, comme un arrêt du Gulf Stream protégeant l’Europe d’un climat proche de celui du Canada.
  • l’érosion des sols : Depuis que l’Homme cultive, des millions d’hectares de sols se sont envolés ou déversés dans les eaux, des régions fertiles ont été rendues stériles à cause de pratiques telles que la déforestation, le labour, le sur-pâturage, et plus récemment la mécanisation et l’utilisation de pesticides.
  • La surpopulation : Dans les pays du Sud, la surpopulation exacerbe les phénomènes décrits plus haut : plus de personnes signifiant plus d’agriculture, de besoins de chauffage et d’eau. En occident, cela se traduit par une utilisation énergétique et un impact climatique plus soutenus. On peut objecter que l’énorme gâchis des pays riches leur laisse une certaine latitude en matière de population (une population plus nombreuse se traduisant par une consommation par tête réduite); mais dans un futur où l’intensité énergétique et la complexité seront réduits, où le miracle des énergies fossiles sera de moins en moins visible, il faut s’attendre à ce que la pression démographique prenne plus d’importance (bois de chauffage, biens manufacturés en bois, verres et métaux plutôt qu’en plastique, chevaux de traits, etc.). Cette question est assez épineuse, et mériterait plus ample réflexion et développement.

Les menaces évoquées précédemment sont étudiées dans de nombreux documents, qui arrivent particulièrement bien à les décrire, comme le célèbre film d’Al Gore, « Une vérité insoutenable », sur le réchauffement climatique, ou encore « Le Plan B », livre de Lester Brown, que je suis en train de lire. Cependant, quelque soit la pertinence du constat, les solutions évoquées laissent généralement un goût amer. Pour nous sauver, il suffirait de passer aux énergies renouvelables, aux voitures électriques, à l’agriculture biologique. Les seules ressources dans lesquelles cette vision n’est pas évoquée sont celles au sujet du pic pétrolier, où c’est généralement une vision apocalyptique qui domine. Ces deux visions peuvent être replacées dans le contexte des visions énergétiques qu’a élaborées David Holmgren, co-fondateur de la permaculture. L’idée étant que c’est l’énergie qui conditionne nos sociétés, on peut deviner notre futur suivant la quantité d’énergie que l’on pense disponible à l’avenir.

Différentes visions énergétiques

Différentes visions énergétiques

Deux approches de notre futur énergétique dominent les esprits et les médias dans nos sociétés. La première, que l’on pourrait appeler « explosion technologique » (techno explosion), est la vision dans laquelle une nouvelle source d’énergie libre et illimitée va nous permettre de nous affranchir des limites finies de la planète (au sens figuré comme au sens propre, avec la colonisation d’autres planètes). C’est également la vision économiciste actuelle, dans laquelle la production d’énergie s’adapte à la demande, et une croissance infinie est possible. L’autre vision, qui a émergé après les chocs pétroliers des années 70-80, que l’on pourrait appeler « stabilité technologique » (techno stability), prône un changement d’une économie de croissance fondée sur les énergies fossiles à une croissance ou une stabilité fondée sur les énergies renouvelables, tout en conservant l’idéologie du progrès. Le développement durable se base sur cette seconde vision, où se mêlent innovation et compétitivité. Parallèlement à ces deux approches, une autre vision du futur est l’effondrement pur et simple de nos sociétés (collapse), d’autant plus rapide que la complexité n’a cessé d’augmenter avec notre consommation énergétique.

Il existe cependant une autre vision, celle de la descente énergétique (energy descent), qui est rarement évoquée. La descente énergétique correspond à un déclin continu et plus ou moins prononcé de l’apport énergétique, suivant le pic pétrolier et les autres pics énergétiques.  Un exemple historique est le déclin progressif de l’empire romain. Une métaphore pour cette vision est celle de la montagne, que nous avons grimpée pour arriver au sommet, depuis lequel nous pouvons apercevoir à travers la brume les chemins à emprunter pour retourner dans la vallée construire une nouvelle maison.  La descente énergétique est la vision sur laquelle s’appuie l’initiative des « Villes en transition », et Rob Hopkins, son fondateur, la définit comme « le déclin continu de l’énergie nette sur laquelle se base l’humanité, qui est le reflet de la montée énergétique qui a pris place depuis la révolution industrielle. La descente énergétique se réfère également au scénario d’un futur dans lequel l’humanité s’est adaptée avec succès au déclin des énergies fossiles disponibles et est devenue plus locale et autosuffisante. C’est un terme privilégié par ceux qui voient le pic énergétique comme une opportunité vers un changement positif, plutôt que comme un désastre inévitable».

Sous l’angle  de la descente énergétique, les solutions généralement proposées ne sont pas pertinentes. L’énergie fournie par les sources fossiles (représentant 70% de l’énergie finale utilisée en France) est trop importante pour être apportée par les énergies renouvelables. Quand on regarde les faits, par exemple le nombre d’éoliennes ou la surface de panneaux solaires à construire, les hectares de champs à cultiver pour faire des agrocarburants, les infrastructures à construire pour une « économie de l’hydrogène », on s’aperçoit que ce n’est tout simplement pas possible de conserver notre mode de vie actuel. Remplacer le parc automobile mondial par des voitures électriques n’est pas faisable.

Dans un article précédent, je faisais la différence entre résilience et soutenabilité, en ce sens que la résilience s’attache à l’entrée des systèmes (ressources, énergie) et la soutenabilité à leur sortie (pollution). La vision « stabilité économique » ne prévoit pas de changement majeur dans la quantité d’approvisionnement énergétique (intrants du système). Le niveau de vie/complexité peut donc être conservé tel quel, il suffit de régler les problèmes de pollution (voitures électriques, biocarburants, agriculture biologique, piège à carbone). Il n’est pas étonnant de voir promu des couverts jetables en bois pour le pique-nique, par exemple. A l’inverse, le scénario de descente énergétique prévoit une forte baisse de l’énergie, et donc des possibilités offertes. La complexité de nos sociétés n’a cessé de croitre, se basant sur le formidable potentiel des énergies fossiles. Nos flux d’approvisionnement sont lointains, nos biens de consommation nécessitent beaucoup de ressources et de transformations. C’est donc le système dans son ensemble qui est remis en question.

Il ne s’agira plus de faire plus et mieux (croissance et progrès), mais moins et autrement (changement radical).

Permaculture et entropie

C’est toujours un plaisir pour le permaculteur du dimanche que je suis de voir que les idées que je peux avoir ont déjà été écrites 20 ans auparavant dans le bouquin de référence de Bill Mollison, « Permaculture: a designers » manual ».

Ma réflexion est la suivante : si l’entropie est le passage de l’énergie de l’ordre vers le chaos, c’est à dire le passage à une forme de moins en moins utilisable, alors la permaculture, à l’image des écosystèmes naturels, est un moyen de réduire l’entropie, de freiner le chaos. On peut élargir le principe également aux ressources (eau, nutriments, …)

Selon Bill Mollison,

L’entropie est de l’énergie dissipée qui devient indisponible pour le travail ou inutile au système. […] La question pour le designer devient, « comment puis-je utiliser au mieux l’énergie avant qu’elle ne sorte de mon site ou de mon système ? ». Notre stratégie est de mettre en place un réseau d’interception de la « source au puit ». Ce réseau est une toile composée de [matières vivantes] et de technologies, et est conçue pour attraper et stocker autant d’énergie que possible durant sa route vers une entropie croissante.

— Permaculture: a designers’ manual, p.13.

Pour David Holmgren, qui en a fait un de ces douze principes permaculturels,

Nous pouvons dire que tous les écosystèmes terrestres ont co-évolué pour attraper et stocker l’énergie de l’eau, des minéraux et du carbone aussi efficacement que possible.

— Collected Writings 1978-2000: Why natural landscapes catch and store water, nutrients & carbon.

Alors comment réduire l’entropie ?

Un moyen est d’ajouter le plus d’intermédiaires possible dans une chaîne donnée. Par exemple dans le cas de l’eau, on peut l’utiliser sous forme dégradée pour certains autres besoins : l’eau qui a servi à laver les légumes peut être utilisée pour se laver les mains, puis pour arroser les légumes. L’eau de douche est utilisée par la biomasse du système de phytoépuration, et peut ensuite servir au bêtes. On peut aussi établir une hiérarchie d’utilisation des aliments : ceux qui sont comestibles sont mangés par l’Homme, les restes sont consommés par les poules, et les restes non consommés par les poules nourrissent les cochons.

Les trois grands principes sont la récupération, le stockage et la concentration des ressources.

Pour l’eau, on peut la récupérer et la stocker dans le sol, soit directement via l’eau de pluie, soit indirectement en stockant l’eau ruisselante dans le sol via des noues (swales). On peut la stocker et la concentrer dans des bassins (via des drains ou un système de débordement des noues) ou dans des bidons (eau de pluie récupérer des gouttières).

Pour les nutriments, on peut les stocker dans le sol (complexe argilo-humique), dans les plantes (arbres, plantes bio-accumulatrices ou « pompes à nutriments » comme la consoude ou l’ortie), les récupérer dans le sol profond (racines profondes des arbres). On les concentre en faisant du compost, ou en mulchant (ainsi les minéraux inaccessibles récupérés par les arbres sont concentrés ailleurs, à l’endroit du mulch de feuilles). Les déjections animales permettent aussi de concentrer les nutriments, et cette méthode était utilisée au moyen-âge pour transférer la fertilité des terres incultes ou l’on faisait paître le bétail (saltus), aux champs cultivés (ager). La pose de perchoirs permet également de récupérer à un endroit précis les déjections d’oiseaux qui ramènent alors dans le système des nutriments venant des alentours.

Pour l’énergie, on peut la récupérer via les végétaux,  les vitres des bâtiments, le refléchissement de surface comme un mur blanc ou de l’eau. On peut la stocker dans des matériaux à forte inertie, de l’eau (un bassin permet de réguler la température à proximité), ou en utilisant les deux (des grosses pierres dans un bassin). On peut la stocker et la concentrer dans les végétaux, et surtout les arbres, qui accumulent des décennies d’énergie qui peut être restituée sous forme de nourriture ou de bois de chauffage.

On peut dire que les grands principes de la permaculture en matière de ressource sont de récupérer l’énergie, de la stocker (période de non utilisation), de  la rendre assimilable (période d’utilisation) et potentiellement disponible au plus grand nombres (interconnexion des systèmes).

PS: J’ai dû oublier beaucoup de stratégies, si vous avez des idées, postez un commentaire !

La France et le pétrole en chiffres

Ce billet présente quelques statistiques sur le pétrole en France, et présente pourquoi le pétrole est une énergie si importante. Les données proviennent de «L’annuaire statistique de la France», éditions 2003 et 2004. Les graphiques sont de moi, des erreurs d’interprétation ou lors de la manipulation ne sont dont pas à exclure totalement.

Le premier camembert montre la part des différentes énergies primaires dans la consommation énergétique française. On peut en tirer plusieurs constats. Premièrement, trois énergies primaires dominent : le nucléaire (qui constitue la quasi totalité de l’électricité primaire, qui doit sûrement contenir l’hydro-électricité aussi), le pétrole et le gaz naturel. On remarque aussi que les énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) fournissent plus de la moitié de notre consommation.

Interessons-nous au pétrole. Tout d’abord on remarque qu’il occupe une place non négligeable (plus de 35%). Une erreur fréquemment commise est de penser que notre énergie nucléaire nous rend moins dépendant du pétrole, or la part du pétrole dans la consommation d’énergie primaire est sensiblement la même qu’ailleurs (35.8% pour le monde, 39.6% pour les USA, 38.3% pour l’Allemagne, 38.6 pour l’Europe de l’OCDE). Cela provient du fait que le nucléaire ne remplace pas l’usage du pétrole, mais celui des autres énergies fossiles (charbon et gaz), qui sont utilisées pour produire de l’électricité. Ainsi le charbon ne représente que moins de 5% en France, contre une moyenne mondiale de 23% (24.2% pour l’Allemagne, 18% pour l’Europe de l’OCDE, 55.6% pour la Chine). La moyenne de la part de gaz dans l’énergie primaire consommée est également sensiblement diminuée en France (13.5% contre une moyenne mondiale de 19.4%, avec 36% pour l’Angleterre et 23% pour les USA).
Le prochain graphique nous montre par quels secteurs sont consommés les produits pétroliers. C’est le secteur des transports qui consomme la grande majorité des produits pétroliers. Ceci signifie que les transports seraient la première victime (quantitativement parlant) d’une pénurie de pétrole entraînant une hausse des prix.
Le graphique suivant montre quant à lui la part des différentes énergies primaires dans le secteur des transports. On voit une immense dépendance du secteur des transports à l’égard du pétrole, qui représente quasiment la seule énergie alimentant ce secteur. On comprend mieux pourquoi le nucléaire n’a pas rendu la France moins dépendante en pétrole : le nucléaire produit de l’électricité, et les voitures et les camions ne roulent pas à l’électricité, mais aux produits dérivés du pétrole.
Nos transports sont donc particulièrement vulnérables à une hausse des prix du pétrole, puisqu’il n’y a pas à l’heure actuelle d’alternative crédible à un transport sans pétrole. Le pétrole étant un enjeu fondamental pour nos transports, qu’en est-il de notre indépendance à son égard (et à celui de nos autres sources d’énergies) ? Si on définit l’indépendance énergétique par le rapport entre production et consommation, on obtient le graphique suivant.
Nous sommes donc très dépendants de l’importation d’énergie fossile, tout particulièrement du pétrole (le charbon culmine à 10% car nous en produisons très peu, mais nous en consommons peu). Sans surprise, nous sommes autonomes en électricité (grâce au nucléaire) et en énergie renouvelables (tout simplement par ce que nous ne consommons que ce que nous produisons, c’est à dire pas grand chose). Il ne faut être trompé par le chiffre de l’indépendance énergétique totale de 50%, il masque de grosses disparités entre une indépendance totale (électricité) et une dépendance totale (énergies fossiles). Il ne faut également pas oublier que la France est totalement dépendante des importations d’uranium pour générer son électricité (on peut dès lors se demander ce que représente l’indépendance énergétique en électricité).
Comme nous sommes très dépendants du pétrole, qui est une ressource cruciale pour un secteur essentiel (le transport), il est intéressant de voir quelles sont nos sources d’approvisionnement. Ci dessous sont représentées nos source de pétrole brut, en 1973 (l’année du premier choc pétrolier) et en 2002.
Les chocs pétroliers nous auront au moins servis à diversifier nos sources.

Cette étude devrait être complétée par une étude sur l’importance des transports pour nos sociétés industrielles et globalisées, ainsi qu’agrémentée de données sur la déplétion de nos sources de pétrole. Ca sera fait quand j’aurai récupéré les données (et si j’arrive à récupérer des données pertinentes pour ce qui nous interesse).

Un pays montre l’exemple

Dans son « Living Planet Report » de 2006, le WWF dresse un état des lieux de la soutenabilité des pays. Un pays est considéré comme « soutenable » si son indice de développement humain est supérieur ou égal à la valeur considérée comme un « haut état de développement humain », et si son empreinte écologique par habitant ne dépasse pas la capacité biologique moyenne mondiale par habitant. On peut critiquer l’approche qui consiste à chiffrer des notions difficilement quantifiables (bonheur, écosystèmes, …), mais je trouve que l’approche a le mérite de fournir une vision facilement compréhensible.

Malheureusement, un seul pays parvient à rassembler ces deux critères. Tous les autres pays accaparent plus que leur part (empreinte écologique trop forte), ou vivent dans la « pauvreté » (indice de développement humain trop bas).

Devinez-vous de quel pays il s’agit ?

Graphique de soutenabilité des pays. Cliquez pour agrandir.

Soutenabilité des pays. "Living Planet Report", WWF, 2006. p.19. Cliquez pour agrandir.

Il s’agit tout simplement de la république de Cuba.

Cuba est un pays singulier. En 1959, Fidel Castro, a la tête d’une armée, renverse la dictature de Batista. Suite à une détérioration des liens entre Cuba et les États-Unis résultant de nationalisations dans l’île, ces derniers tentent une invasion en 61 puis imposent un embargo — toujours en vigueur — depuis 1962. Cuba se met alors sous la protection de l’empire soviétique, dont il tire un pétrole bon marché en échange de canne à sucre, ainsi que la plupart de ces biens de consommation.

Suite à l’effondrement de l’URSS, Cuba se retrouve sans marché exportateur, sans pétrole, et toujours soumis à un embargo de la part des États-Unis. Va alors s’ensuivre la « période spéciale« , (chute de 35% du PIB) pendant laquelle le pays va se réorganiser dans l’urgence. Il a fallu repenser l’agriculture qui utilisait des tracteurs et des pesticides sur des cultures d’exportation, pour une agriculture vivrière demandant plus de main d’oeuvre. Il a fallu réorganiser les transports, en reconvertissant les poids lourds en transports publics, en réhabilitant le covoiturage et la bicyclette, …

Cuba nous montre la voie d’une descente énergétique gérée admirablement à la fois au niveau individuel (autoproduction, utilisation des bicyclettes, etc.), national (privatisation de grandes fermes collectives pour que les gens se réapproprient leurs moyens de production, législation protégeant les plus faibles …), et communautaire (entre aide envers les personnes agée, dons aux écoles …).

Il n’est pas étonnant que Cuba soit une sorte d’exemple pour le mouvement des villes en transition, d’autant plus que des permaculteurs australiens sont allés prêter main forte aux cubains lors de la période spéciale, pour apporter les principes et les techniques de la permaculture à cette société en pleine mutation. L’idéologie socialiste (vibrante parmi la population) alliée à l’éthique permaculturelle (dont le niveau d’influence reste cependant inconnu), a permis à ce petit bout de terre immergé, qui a comme voisin hostile la plus grande puissance du monde, de se développer humainement dans un contexte de pénurie énergétique.

Tous ces changements sont relatés dans l’excellent documentaire, « Power of Community : How Cuba Survived Peak Oil » (Voir une traduction française d’un article sur le documentaire).

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme

Système poule

Comportements, produits, besoins et caractéristiques d'une poule

En permaculture, une grande attention est portée à l’interconnexion des systèmes, c’est à dire la densité des liens qui existent entre les composants d’un système. D’ailleurs la diversité du système est plus fonction du nombre de liens et des types de liens entre éléments, que du nombre et du type d’éléments eux-mêmes.

Cette vision se retrouve dans deux principes de la permaculture qui sont qu’un élément doit assurer plusieurs fonctions (efficacité), et qu’une fonction doit être assurée par plusieurs éléments (robustesse). Par exemple une poule ne produit pas que des oeufs et de la chaire, mais elle gratte et incorpore, mange des insectes, produit de la chaleur. De nombreuses stratégies existent pour se servir de tout ce que procure une poule :

  • amener les poules sur un coin de potager dont les cultures viennent d’être ramassées. Les poules vont « nettoyer » le champ des insectes qui restent, et le fertiliser avec leurs déjections;
  • connecter le poulailler et le verger. Les poules vont manger les larves d’insectes qui pondent dans les fruits qui sont tombés à terre;
  • connecter le poulailler et une serre, pour que la chaleur des poules profite à la serre[1].

On peut donc symboliser un système par ses entrées (besoins) et ses sorties (produits, services). Tout le but est alors de connecter les sorties d’un système aux entrées d’autres systèmes. On retrouve un autre principe de la permaculture, qui est que le problème est la solution. Pour reprendre une expression de Bill Mollison, il ne faut pas voir dans une prolifération de limaces une surpopulation, mais une déficience de canards.

Que se passe t’il lorsque dans un système aucun sous-système ne pourvoit à un des besoins d’un autre sous-système ? Par exemple si les poules ne peuvent pas se nourrir toutes seules ? Eh bien il faut alors que l’Homme se charge de remplir ce besoin à la place du système (par exemple en apportant du grain qu’il a cultivé ou acheté). Cette intervention se traduit en temps et/ou en énergie dépensés.

À l’inverse, qu’arrive t’il si un des produits n’est pas réutilisé par un autre élément du système ? Dans certains cas, cela va amener de la pollution. On peut penser aux élevages de poules en batterie qui produisent des tonnes de déjections encombrantes, qui seraient valorisées dans un système permaculturel (mais ici le problème vient aussi de l’échelle de taille).

Bien sûr, tous ces principes sont à rapprocher du principe fondamental de la permaculture, à savoir travailler avec la nature et non contre elle. L’interconnexion des systèmes est une des caractéristiques fondamentales des écosystèmes naturels. Elle apporte à ces systèmes des qualités d’efficacité et de robustesse, à comparer à nos systèmes qui sont énergivores et polluants.

(L’idée de cet article m’est venue à la lecture du livre « Graines de permaculture »).

[1] Pour nuancer cette invention ingénieuse, voir l’article In Search of the Fabled Permaculture Chicken/Greenhouse, de Rob Hopkins.