éthique

La charte de la Terre

La charte de la Terre est un bon approfondissement de l’éthique de la permaculture. Je passerai sur l’utilisation de l’expression « développement durable », qui ne me convient pas vraiment. Je copie ci-dessous les grandes sections, sans reprendre les points détaillés de la charte.

RESPECT ET PROTECTION DE LA COMMUNAUTÉ DE LA VIE

  • Respecter la Terre et toute forme de vie.
  • Prendre soin de la communauté de la vie avec compréhension, compassion et amour.
  • Bâtir des sociétés démocratiques, justes, participatives, durables et pacifiques.
  • Préserver la richesse et la beauté de la Terre pour les générations présentes et futures.

Pour réaliser les quatre engagements généraux précédents, il est nécessaire d’adopter les
principes suivants :

INTÉGRITÉ ÉCOLOGIQUE

  • Protéger et rétablir l’intégrité des systèmes écologiques de la Terre, en particulier la diversité
    biologique et les processus naturels qui assurent le maintien de la vie.
  • Empêcher tout dommage causé à l’environnement comme meilleure méthode pour le
    préserver et appliquer le principe de précaution là où les connaissances sont insuffisantes.
  • Adopter des modes de production, de consommation et de reproduction qui préservent les
    capacités régénératrices de la Terre, les droits de l’homme et le bien-être commun.
  • Faire progresser l’étude de l’écologie durable et promouvoir le libre l’échange et l’application
    élargie des connaissances acquises.

JUSTICE SOCIALE ET ÉCONOMIQUE

  • Éradiquer la pauvreté en tant qu’impératif éthique, social et environnemental.
  • S’assurer que les activités et les institutions économiques à tous les niveaux favorisent le développement humain de manière juste et durable
  • Affirmer l’égalité et l’équité des genres comme condition préalable au développement
    durable et assurer l’accès universel à l’éducation, aux soins de santé et aux possibilités
    économiques.
  • Défendre le droit de tous les êtres humains, sans discrimination, à un environnement naturel
    et social favorisant la dignité humaine, la santé physique et le bien-être spirituel, en portant une
    attention particulière aux droits des peuples indigènes et des minorités.

DÉMOCRATIE NON-VIOLENCE ET PAIX

  • Renforcer les institutions démocratiques à tous les niveaux et promouvoir une gouvernance
    qui obéisse aux principes de transparence et justiciabilité, ainsi que la participation de tous dans
    la prise de décision, et l’accès à la justice.
  • Intégrer au système d’éducation et à la formation continue les connaissances, les valeurs et
    les compétences nécessaires à un mode de vie durable.
  • Traiter tous les êtres vivants avec respect et considération.
  • Promouvoir une culture de tolérance, de non-violence et de paix.

Par « The Earth Charter Initiative« .

A la recherche d’une éthique permacole

(Ceci est une ébauche de brouillon, vos avis éclairés sont appréciés.)

Vu que je me destine à faire pousser des choses et élever des bestioles vivantes, je cherche comment appliquer concrètement l’éthique de la permaculture dans mes futurs systèmes agricoles.

À ce sujet, j’ai trouvé particulièrement pertinente  la loi de compétition limitée, régissant les écosystèmes naturels, formulée par Daniel Quinn dans Ishmael (dont voici la traduction de l’extrait en question) :

Vous pouvez être en compétition et utiliser toutes vos capacités, mais vous ne pouvez pas chasser vos rivaux ou détruire leur nourriture ou leur en interdire l’accès. En d’autres termes, vous pouvez être en compétition, mais pas faire la guerre.”

Cette loi fait partie de la première éthique de la permaculture (à moins que ce ne soit l’inverse ?) : se soucier de la Terre. À un niveau « macro », la permaculture permet de créer des systèmes productifs sur peu d’espace, permettant de libérer de grands espaces sous-utilisés pour des écosystèmes naturels. Au niveau « micro », sur une ferme ou un terrain, des questions pragmatiques se posent : les poules et le renard, les salades et les limaces, …

Il semble à première vue que la notion même d’agriculture soit en contradiction avec la loi énoncée ci-dessus, puisqu’il s’agit de revendiquer un espace pour faire pousser des espèces utiles à l’Homme, ce qui implique de modifier les écosystèmes déjà présents, et de lutter contre toute atteinte à ce système (que ce soit par les insectes, les renards, les limaces ou les « mauvaises herbes »).

Pour régler ce problème, je dirais qu’en tant qu’espèce, l’Homme a le droit de consacrer de l’espace pour ses besoins primaires (habitat, nourriture). Il faut cependant garder une vue globale : l’Homme est une espèce parmi les autres, et les autres espèces ont droit de coexister avec nous dans nos systèmes anthropiques (même s’ils sont orientés pour nos besoins) et ont droit à des écosystèmes où l’Homme n’est pas présent. À l’heure actuelle l’Homme doit réquisitionner la moitié ou plus de l’énergie solaire reçue par la Terre, ce qui est clairement trop. C’est pour cela que notre consommation et de notre population doit diminuer (troisième éthique de la permaculture). La permaculture est une réponse à ce premier constat, puisqu’elle permet une production plus importante sur un minimum d’espace, et qu’elle recréé des écosystèmes (à forte diversité génétique) productifs destinés à l’Homme.

De ce point de vue, le potager est un exemple de système très artificialisé (car il reçoit de la matière organique d’autres systèmes par le compost, il est constamment sous surveillance humaine, les espèces sont hautement sélectionnées, fragiles et annuelles) et très productif. Une famille avec un terrain pourra être assez facilement autonome au niveau des légumes. Des techniques existent pour rendre cette « domination » humaine plus écologique (i.e. mimant des principes d’écologie naturelle). Par exemple le mulch (recouvrir le sol entre les plantes avec de la matière organique ou non) permet d’éviter que les « mauvaises herbes » se développent au détriment des chétifs légumes. C’est une solution non polluante, qui requiert peu d’énergie et pas d’entretien, et qui recycle d’éventuels déchets, bref la solution idéale. Sauf que le but est bien de sélectionner des plantes au détriment d’autres plantes (et de leurs écosystèmes associés). Cela n’est pas grave en soit si l’on s’arrange pour que ces écosystèmes puissent être représentés ailleurs sur le terrain ou à l’extérieur, dans un espace communal par exemple.

Un cas plus gênant concerne les bestioles qui viennent manger nos plantes. Est-ce qu’on se sent bien quand on écrase des limaces ? Est-ce juste ? Je n’ai pas eu à le faire puisque je n’ai pas de jardin, mais tout le monde avec un potager est concerné un jour ou l’autre par les limaces. Et c’est aussi une leçon : certains êtres vivants doivent mourir pour que l’on puisse vivre. David Holmgren dit, au sujet de la première éthique, « nous acceptons toutes les formes de vie ou les espèces comme ayant une valeur intrinsèque, peu importe à quel point elles nous incommodent (ou incommodent d’autres formes de vie qui nous importent). […] Quand nous faisons du tord à, ou que nous tuons d’autres formes de vie, nous le faisons toujours en conscience et avec respect; ne pas utiliser ce que nous tuons est le plus grand manque de respect ».

C’est là qu’entre en jeu la permaculture, dont le but est d’inter-connecter les systèmes. Supprimer des limaces est un acte immoral, mais donner ces limaces à manger aux canards participe au cycle de la vie, et nous n’avons fait qu’une intervention de plus, comme de désherber autour des légumes, ou d’éclaircir les semis. C’est encore mieux si, par un design intelligent, les canards n’ont pas besoin de notre intervention pour manger les limaces.

Si l’on ne peut pas interconnecter un élément perturbateur, par exemple le renard (ça se mange ?), alors il faudra inventer des systèmes pour éviter les nuisances, mais en aucun cas on ne pourra justifier d’en tuer un, juste parce qu’il mange des poules.

Pour résumer, je dirais que :

  1. chaque forme de vie a une valeur intrinsèque, en dehors de tout intérêt pour l’Homme
  2. les humains ont le droit de réserver des espaces pour leur nourriture,
  3. ces espaces doivent être les plus petits possible, ce qui implique une forme de production efficace (permaculture), et empêcher l’effet rebond, en limitant l’expansion démographique et économique,
  4. les espaces ainsi libérés doivent servir à préserver ou restaurer des écosystèmes naturels,
  5. les systèmes anthropiques doivent laisser une place à la nature (diversité écologique), dans la limite de la stabilité du système considéré (i.e. une certaine quantité de production doit être maintenue)
  6. les systèmes doivent être fortement (intra- et inter-)connectés, pour satisfaire au point 5, tout en respectant le point 1

Beaucoup de réflexions pour planter des salades, ce blog mérite bien son nom …