Mois: juin 2009

Festival de permaculture cet été

Pour ceux qui ne seraient pas au courant, le premier festival français au monde de tous les temps se déroulera à Sambourg les 21, 22 et 23 août.

Plus d’infos : http://festival.permacultureweb.fr/

Je serai présent au festival et au cours de certification qui aura lieu avant.

Est-ce que certains d’entre vous ont prévu de participer à l’un des deux évènements ? Ça pourrait être l’occasion de se rencontrer !

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Organisation sociale des alternatives

Voici les formes d’organisation sociale de différents types d’alternatives qui nous sont proposées, que j’appellerai « associations (supra)nationales structurées », « actions individuelles », « organisations collectives réactives » et « organisations collectives inclusives ».

Associations (supra)nationales structurées

Les associations (supra)nationales structurées s’inscrivent dans un cadre d’organisation plus général que je nommerai « top-bottom », c’est à dire qui commence d’en haut pour se propager vers la base. L’emblème de ce type d’organisation est chez nous la démocratie représentative, où dans les faits les décisions viennent des élites (via la législation, les réglementations, la fiscalité, …) pour se répercuter sur le peuple. Ces associations ajoutent un autre maillon à cette chaîne, en servant d’organisations de lobbying auprès du gouvernement.

Dans les faits, une telle association (Greenpeace par exemple), lance des campagnes vers le grand public. Ce dernier est appelé à « participer » en donnant de l’argent ou en signant des pétitions. Greenpeace peut ensuite faire des actions de lobbying soit directement auprès du gouvernement, soit indirectement en sensibilisant le grand public avec des actions spectaculaires. Le but est que le gouvernement adopte certaines lois, pour faire changer le comportement de la société.

On voit dans ce cadre d’organisation que l’initiative ne vient jamais de la communauté et que les sollicitations de cette dernière se font surtout au niveau individuel (pétitions, lois). Ce n’est pas la communauté qui définit les projets.

Associations écologistes (type Greenpeace)

Associations (supra)nationales structurées (type Greenpeace)

Actions individuelles

Les actions individuelles se distinguent par le manque d’organisation sociale, puisque elles se déroulent au niveau atomique qu’est le niveau individuel. Elles peuvent être plus ou moins engageantes, qu’il s’agisse de petits gestes quotidiens comme éteindre les lumières et couper l’eau pendant le brossage des dents, à un profond changement de comportement comme la simplicité volontaire qui peut être également philosophique ou spirituel. Les actions individuelles concernent la sphère privée, mais la communauté étant composée d’individus, les comportements personnels peuvent influer sur la société (par exemple les choix de consommation influent sur l’offre).

Actions individuelles (type simplicité volontaire)

Actions individuelles (type simplicité volontaire)

Organisations collectives réactives

Les organisations collectives réactives sont des personnes de la communauté qui se rassemblent autour de divergences vis à vis du courant principal de la société. C’est par exemple le cas des collectifs décroissance constitués dans différentes villes. Il y existe souvent une dualisation de la société, avec d’un côté les personnes partageant les mêmes valeurs, les services publics, les écoles, les associations etc., et de l’autre le gouvernement et les entreprises, qui se basent sur un modèle politique et économique (capitalisme, libéralisme, croissance) combattu. Il en résulte une confrontation entre ces organisations et les structures dominantes, qui passent par des manifestations, des actions de désobéissance civile (déboulonneurs, inspections civiles de centrales nucléaires, …), des boycotts, etc., mais aussi d’actions visant à proposer des alternatives (AMAP, SEL, coopératives d’achats …). À cause de cette composante d’affrontement, ces collectifs ne rassemblent pas la partie de la communauté qui ne partage pas leur vision, car ils sont considérés trop radicaux ou extrémistes.

Organisations collectives réactives (type décroissance)

Organisations collectives réactives (type décroissance)

Organisations collectives inclusives

Les organisations collectives inclusives, dont le représentant emblématique est la mouvement des villes en transition, partagent avec les organisations réactives le fait de s’adresser aux communautés. Elles s’adressent à la communauté dans son ensemble, c’est à dire autant aux personnes, qu’aux entreprises, aux instances politiques, aux associations. Le but est que tout le monde participe et apporte sa pierre (sous forme de savoirs, de capitaux, d’infrastructures, etc.). Pour expliquer les différences entre ces deux types d’organisations collectives, on peut assimiler les réactives à de la boxe et les inclusives à de l’aïkido. Dans le premier sport, on utilise sa force pour se confronter à la force de l’autre (grèves, pétitions, etc.), dans le second, on utilise la force (les atouts) de l’autre en la canalisant vers une action positive. Cette vision est directement issue de la permaculture, qui préconise de ne pas se battre contre la nature, mais d’imiter ses structures et de canaliser la formidable force de la vie. Toute la difficulté est d’observer et de comprendre la psychologie de l’autre, de voir les atouts, et de trouver une façon de canaliser une énergie destructrice en actes positifs, même si l’on voudrait avant tout supprimer directement la nuisance. Une illustration de cette pensée, empruntée à Kristen, concerne le lobbying du secteur des agrocarburants. Plutôt que de lutter frontalement contre ce lobby puissant, ne pourrait-on pas canaliser sa force non plus vers une utilisation néfaste (produire du pétrole pour pouvoir le gaspiller dans des utilisations futiles) vers une utilisation augmentant la résilience (phyto-isolation avec du chanvre, par exemple) ? Cet exemple n’est pas forcément des plus pertinents à l’échelle des communautés, et évidemment il n’est pas miracle (puisqu’il ne s’attaque pas aux méthodes de production elles-mêmes), mais l’état d’esprit est réellement là.

Organisations collectives inclusives (type initiatives de transition)

Organisations collectives inclusives (type initiatives de transition)

Évidemment l’inclusion a aussi ses limites : que faire si un projet d’hypermarché voit le jour dans notre voisinage ? Ne faudrait t-il pas le combattre, au risque de créer une barrière avec les personnes qui sont pour le projet (élus politiques, agriculteurs, …) ? Le mouvement doit-il être à la fois inclusif et réactif ?

Susciter un enthousiasme général, dans lequel tout le monde pense pouvoir apporter sa pierre, telle semble être la clef du succès du mouvement en transition, mais les obstacles peuvent être nombreux, et inclure tout le monde nécessite beaucoup de finesse et de diplomatie, si tant est que l’inclusion puisse être totale.

Permaculture et agriculture naturelle (suite)

Suite à la traduction d’un article sur l’agriculture naturelle de Fukuoka, et la permaculture de Bill Mollison et David Holmgren, j’ai un peu plus réfléchi à la différence entre ces deux concepts.

La première différence quasi évidente est que la permaculture concerne toutes les activités humaines, et peut être appliquée aussi bien à l’économie, qu’aux sociétés ou aux terrains agricoles. Cependant Fukuoka va plus loin que l’agriculture, puisqu’il l’a relie à l’alimentation, et plus généralement à une philosophie de vie. Fukuoka semble beaucoup moins s’intéresser à l’interconnexion des différents systèmes, mais comme le dit bien l’article, il adopte implicitement le même raisonnement que le zonage permaculturel. Fukuoka semble ne pas s’intéresser aux bâtiments, mais je suppose qu’il bénéficie déjà de la tradition culturelle durable japonaise.

Je pense que là où réside la principale différence entre permaculture et agriculture naturelle (et entre la permaculture et les formes traditionnelles de gestion durable du territoire), c’est que la permaculture est une science. Comme le dit Bill Mollison dans une interview, «si je demande à une vieille dame grecque assise dans une vigne « Pourquoi avez-vous planté des roses parmi les vignes ? », elle me répondra « Parce que la rose est le docteur du raisin. Si vous ne plantez pas de roses, les raisins sont malades ». Cela ne m’apporte pas grand chose. Mais si je peux découvrir que la rose exsude par ses racines une substance chimique récupérée par les racines des vignes et qui repousse la mouche blanche (ce qui est la manière scientifique de dire la même chose), alors j’ai une information très utile». Je pense que tout le monde ne partage pas les vues de Mollison sur l’utilité ou l’inutilité de ces connaissances, et que c’est ce qui définit notre penchant vers la permaculture ou l’agriculture naturelle. Personnellement je serai plus proche de la pensée de Mollison, car passer d’une connaissance imagée (ou mythique) à une connaissance scientifique permet un plus large choix d’actions (par exemple remplacer la rose par une plante comestible qui exsuderait les mêmes composants).

Pour mieux appréhender ces différences, on peut faire un parallèle avec l’alimentation. On peut avoir d’un côté une alimentation traditionnelle, comme celle de l’île de Crête, très « naturelle » (produits de la mer, herbes sauvages) et de l’autre une discipline scientifique, la diététique (voir d’autres spécialités inconnues du profane que je suis), qui étudie les bonnes associations d’aliments (par exemple l’acidité du milieu de digestion), les aliments provoquant des pics d’insuline etc. (voir le travail de lanutrition.fr). Bien que les approches soient très différentes, la méthode naturelle offre un cas d’étude à la méthode scientifique, qui conforte la méthode naturelle et permet de tirer des enseignements reproductibles sur d’autres régimes alimentaires.

Bien entendu, dans les deux cas on retrouve également une approche scientifique réductionniste et à court terme, qui donne des résultats désastreux. Pour l’alimentation, ça peut être la vision purement « calorique » qui donne les régimes protéinés complètement déséquilibrés. Pour l’agriculture, ça peut être la vision de Liebig (le rendement d’une culture est limité par celui des éléments fertilisants qui le premier vient à manquer) qui donne les célèbres engrais chimiques grossiers NPK.

De quoi parlent les villes en transition

Voici une visualisation du « Transition Handbook » sous forme de nuage arboré. La taille de la police correspond au nombre d’occurrences (par exemple « energy » est souvent utilisé), la distance le degré de co-occurrence (par exemple « town » et « totnes » sont souvent utilisés ensemble), et la couleur la localisation des mots (rouge en début de livre, bleu à la fin, et violet au milieu ou tout au long du livre).

Transition Handbook Tag CloudOn peut facilement voir que les villes en transition parlent d’énergie, de pic pétrolier et de changement climatique, et sont très centrées sur la relocalisation de la production alimentaire, sur les personnes et les communautés.

Étonnamment, le concept de résilience, très central aux initiatives de transition, est assez peu évoqué et de manière très ponctuelle dans le livre.