Qu’est-ce que la permaculture ?

J’ai souvent été embêté pour décrire ce qu’est la permaculture. La permaculture est un concept à la fois vaste et complexe, et donner une définition n’est jamais aisé, d’autant plus que chacun met dans la permaculture un reflet de ses propres aspirations. D’autres avant moi s’y sont attelés, par exemple le sens de l’humus (sept. 2006) et Imago (fev. 2007) [1]. Je vais donner la mienne, vu que j’ai la prétention qu’elle apportera matière à débat, débat vivement recommandé, car je vais parler de choses que je ne maîtrise pas vraiment.

Ajout d’octobre 2009, voici une autre définition plus classique, s’attachant à l’aspect systémique et au concept de design.

S’il fallait résumer en une phrase, je dirais que la permaculture est un modèle de société post-industrielle soutenable basé sur une éthique «primitive».

Je vais détailler les différentes parties de cette définition :

Un modèle de société

En effet certaines personnes imaginent peut être la permaculture comme un ensemble de techniques de jardinage ou d’agriculture, et non pas comme un cadre plus large dans lequel penser une société (même si comme on le verra plus loin, ces deux choses sont liées). Cela vient du fait qu’à la base, la permaculture étudiait des modèles de planification agricole, et de la notoriété de l’agriculture naturelle de Fukuoka, que beaucoup confondent avec la permaculture. Mais depuis, la permaculture a évolué, elle est passée du domaine agricole (permanent agriculture) à celui d’une société dans son ensemble (permanent culture). La permaculture regroupe donc toutes les composantes d’une société, comme on peut le voir sur la fleur permaculturelle, comme l’éducation, l’habitat, l’énergie, etc.

Une société post-industrielle

La permaculture est à replacer dans notre contexte actuel. Tout d’abord elle a émergé dans le cadre des chocs pétroliers des années 70, c’est pourquoi elle met l’accent sur la réduction de notre dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. Le concept de permaculture est maintenant complètement associé à la problématique de descente énergétique à laquelle nos sociétés vont devoir faire face. Cette descente va commencer avec le pic pétrolier imminent, qui va se traduire par une baisse de la production mondiale de pétrole. Pour la première fois, la consommation sera irrémédiablement contrainte par la production. Le prix du pétrole va flamber, entraînant la chute de nos systèmes financiers et économiques. La suite, personne ne peut la prévoir avec certitude, mais les estimations ne sont souvent pas très optimistes. En effet, nos sociétés sont complètement dépendantes des énergies fossiles, que ce soit pour les transports, la production de nourriture, la construction de bâtiments, etc.

Une société soutenable

Ça ne fait plus aucun doute aujourd’hui, notre mode de vie n’est plus soutenable. Que ce soit au niveau du dérèglement climatique, de la nouvelle extinction en masse des espèces, des pollutions diverses, etc. De toute façon, ce système ne pourra plus durer très longtemps, à cause de la descente énergétique à venir.

Le modèle de société apporté par la permaculture doit donc être soutenable, contrairement au nôtre. La notion de durabilité/soutenabilité est complexe à définir, comme le montre les nombreuses ambiguïtés du développement durable. Je vais tenter le périlleux exercice de définir une notion de soutenabilité. Une société ne peut être soutenable qu’en respectant les lois de la Nature. Nous voilà bien avancés. Pour définir la Nature et ses lois, je vais m’inspirer de Daniel Quinn. Pour moi la Nature est le résultat (sans cesse en mouvement) du processus d’évolution, c’est à dire la diversité créée au cours du temps par les modifications génétiques, passées au filtre de la sélection naturelle. L’Homme, en tant que créature vivante, est le fruit de cette diversité, et est soumis à ce processus de compétitivité entre espèces. Le problème, c’est que l’Homme tente d’échapper depuis peu à ces processus, et comme l’Homme ne peut pas se sortir de l’écosystème dans lequel il se trouve (même s’il le pense, transformant conceptuellement la “Nature” en “environnement”), cette voie n’est pas soutenable.

Mais à partir de quand les Hommes sont-ils sortis (en apparence) du cadre de la loi de compétition entre espèces ? En général, on blâme la révolution industrielle. En effet, l’utilisation des énergies fossiles nous a donné une puissance jusque là inconnue, fruit de l’énergie solaire accumulée pendant des millions d’années avant d’être enfouies sous terre. Pourtant l’Homme n’a pas attendu la révolution industrielle pour mettre la Nature au pas. Que l’on songe au rationalisme cartésien, dans lequel la Nature peut être mise sous forme d’équations mathématiques, ou plus anciennement au message biblique qui déclare que l’homme peut contraindre la Terre et les animaux.

Alors à partir de quand cette séparation entre l’Homme et la Nature s’est elle opérée ? La sélection naturelle est une compétition entre espèces, dans laquelle les espèces les plus adaptées à leur milieu survivent. Un animal peut donc utiliser toutes ses capacités pour survivre (c’est à dire se nourrir, échapper à ses prédateurs et se reproduire). L’Homme a commencé à enfreindre les règles lorsqu’il s’est mis à faire la guerre aux autres animaux : exterminer ses prédateurs (sans que ce soit pour s’en nourrir), exterminer ses rivaux, exterminer les rivaux de sa nourriture, et exterminer les rivaux de la nourriture de sa nourriture. C’est à dire que l’Homme s’est approprié la nourriture et à dénié l’accès de cette nourriture aux autres [2]. On tue les renards qui mangent nos poules, on protège les graines que l’on donne à nos poules contre les rats, on désherbe des champs pour planter du blé pour nourrir nos poules. La séparation entre l’Homme et la Nature s’est donc opérée lors d’une autre “révolution”, celle du néolithique, lorsque l’agriculture est née dans le croissant fertile, il y a 10 000 ans. Ce n’est donc pas notre société occidentale qui est sur la mauvaise voie, mais nos sociétés d’agriculteurs, c’est à dire pratiquement toute la population du globe, mis à part les quelques tribus de chasseurs-cueilleurs qui ont été épargnées.

Une éthique primitive

Il faut d’abord déconstruire l’imaginaire du sauvage primitif brutal et affamé. En effet la vie des peuples chasseurs-cueilleurs, sans être idéale, n’en a pas moins des aspects qui font profondément défaut dans nos sociétés “modernes”. Tout d’abord les famines sont le lot des sociétés d’agriculteurs, non pas de chasseur-cueilleurs, car la Nature est robuste et résiliente, et la diététique primitive est très variée. D’ailleurs les sociétés qui se sont mises à l’agriculture ont souffert d’une baisse de niveau de vie et de santé. Ensuite ces sociétés sont plus égalitaires que les nôtres (gardons nous d’idéaliser cependant), ce qui vient du fait que dans ces sociétés, tout le monde à accès à la nourriture (il suffit de la cueillir). Dans les sociétés agriculteurs, le surplus agricole est mis sous clef et confisqué par une élite entretenue par ces mêmes surplus. Également, les peuples de chasseurs cueilleurs ne travaillent pas, mais se contentent de faire ce qui doit être fait, comme dirait Fukuoka, c’est à dire de vivre.

Pour en revenir à la permaculture, les principes éthiques sont inspirés de sociétés “primitives”[3], en l’occurence probablement par les aborigènes d’Australie. Ces principes sont :

  1. Prendre soin de la Terre
  2. Prendre soin des Hommes
  3. Limiter la consommation et la population, et redistribuer les surplus

Ces principes pourraient sembler naïfs, mais force est de constater qu’on ne les applique pas. Comme nous avons vu notre agriculture totalitaire (pour reprendre l’expression de Quinn) est une guerre contre la Nature. On s’aperçoit que ces principes éthiques sont issus de sociétés primitives par son dernier point, et plus particulièrement la limitation de la population. Ce fait, vital pour les sociétés de chasseurs cueilleurs, est devenu tabou dans notre société. Cependant, tout laisse à penser que la population est fonction de la nourriture, et donc de l’énergie, et que la future descente énergétique s’accompagnera d’une descente démographique.

La question n’est pas de savoir s’il faut revenir à des sociétés de chasseurs-cueilleurs, nous sommes trop nombreux et la Nature est trop dégradée pour que cela soit possible (si cela est souhaitable). Dans ce contexte, la permaculture offre un bon compromis entre l’agriculture totalitaire, et le laisser-faire quasi total de la chasse-cueillette en terme d’interventions. En effet la permaculture se rapproche beaucoup plus des pratiques horticoles ancestrales de certains peuples mi chasseurs-cueilleurs, mi horticoles. Comme ces pratiques, elle définit une méthode de production très respectueuse de la Nature. En effet la permaculture respecte l’évolution climacique de la végétation (c’est à dire la forme de végétation qui est l’aboutissement de l’évolution d’un lieu –la forêt dans nos régions tempérées), en plantant des espèces pérennes, en plantant des espèces pionnières qui vont aider les espèces climaciques à pousser. L’agriculture totalitaire, au contraire, s’appuie sur un traumatisme constant de la végétation, par le feu, les pesticides ou le labour, pour planter chaque année des espèces annuelles, en refusant l’expression spontanée de l’évolution climacique de la végétation.

Voilà résumée ma position sur la permaculture. Elle s’inscrit dans une vision éco-anarchiste, qui remet en cause les dogmes de la civilisation (et de l’agriculture, son nécessaire fer de lance), dans laquelle la permaculture est un modèle qui nous permettra de nous sortir de la descente énergétique, en construisant une société plus égalitaire et respectueuse de la Nature.


[1] Leur définition remontant à des temps immémoriaux, je suppose que leur perception a peut-être évoluée depuis.

[2] Pour une description plus talentueuse, lire l’extrait d’Ishmael dont ma pensée est plus qu’inspirée.

[3] David Holmgren, Permaculture: Principles and Pathways Beyond Sustainability (2002), p. 1.

14 commentaires

  1. A titre personnel, je suis assez d’accord avec ce post, je me demande quand-même ce qu’en penseraient Mollison et Holmgren quand tu dis que la permaculture s’inscrit dans une vision éco-anarchiste ;-)
    Ca prouve en tout cas que la permaculture est une “culture vivante” qui a nettement échappé à ses inventeurs.

    Quelques petites remarques:
    1) Relis la phrase “Le prix du pétrole va flamber, entraînant la chute de nos systèmes financiers et économiques.”, on dirait bien qu’il a _déjà_ flambé.

    2) “évolution climatique de la végétation”, ce ne serait pas plutôt “climacique” (de climax) ?

    3) j’ai un peu de peine avec ces histoires de sélection naturelle et de compétition entre espèces. Ca ne colle pas, la nature n’est pas un champ de bataille d’où seuls les plus forts émergent, il ne resterait plus que des super prédateurs, des super plantes ou des super microbes alors que dans la réalité on voit des millions d’espèces différentes. Il y a juste une exception: Homo sapiens qui est parti (récemment) en compétition contre toute les espèces vivantes alors que la norme semble plutôt être la cohabitation (chacun exploitant sa niche) quand ce n’est pas la coopération.

    Et une drôle de coïncidence: aujourd’hui j’ai découvert 2 liens sur anthropik, ton message et le forum rewild.info qui pointait sur http://anthropik.com/thirty/

    A+

  2. Salut Imago,

    Mollison m’a l’air assez anarchiste sur les bords, je crois qu’il cite kroptokine ou bakounine dans perma 1 ou 2. Et il est assez critique sur les institutions. Pour Holmgren, je ne sais pas, je lis son livre là, peut être que j’en apprendrai plus.

    (1) Le “problème” c’est que le prix est redéscendu (mais bon, c’est vrai que c’est peut etre une rétro-action de la crise du a l’augmentation du pétrole). Je ne suis pas sur que dire que ça a déjà commencé soit constructif, par contre.

    (2) Arg la honte tu l’as vu avant que je corrige

    (3) la compétition ne sélectionne pas les plus forts mais les plus adaptés, ce n’est pas pareil pour moi. Plusieurs especes rivales (= ayant les mêmes sources de nourriture) peuvent coexister durant l’évolution. La compétition est directe entre prédateur/proie, et indirecte entre rivaux (si une espèce s’approprie toute la nourriture, ses rivaux directs sont exterminés, mais ce n’est pas ce qui se passe dans la Nature). Enfin c’est comme ça que je le vois :)

  3. Sur le (3) c’est marrant, je vois exactement l’opposé. J’ai encore vu il y a quelques jours un docu sur des hyènes, des gnous et une lionne. La compétition est clairement entre les hyènes et les lions. Entre les hyènes et les gnous c’est (prédateurs-proie) c’est autre chose: les hyènes n’arrivent jamais à avoir un gnou en bonne santé, par contre, au moindre signe de faiblesse elles interviennent, et rendent un dernier service en quelque sorte. Mais bref, c’est un détail.

    Tu as raison, Mollison est un brin anarchiste, mais éco-anarchiste ?

    J’ai lu une bonne partie du texte sur anthropik, c’est vraiment bon. Je remarque dans la foulée qu’il semble y avoir une grande différence de signification du mot “horticulture” en français ou en anglais (cf wikipedia). En français c’est clairement une branche de l’agriculture, alors qu’en anglais c’est plus large: “Horticulture sometimes differs from agriculture in a smaller scale of cultivation, using small plots of mixed crops rather than large field of single crops the cultivation of a wider variety of crops, often including fruit trees.”

    C’est fou…y’a tellement de choses à découvrir…

  4. Il me semble qu’on est d’accord mais que l’on ne met pas les mêmes termes sur les mêmes phénomènes (mais je me trompe peut-être).
    Pour moi il y a compétition entre le lion et la hyène, mais elle est indirecte et fairplay pour ainsi dire. Même s’ils se volent parfois des proies, il s’agit juste de manger, et pas d’exterminer une espèce qui dérange, comme on le fait.

    Cependant ma vision nécessite appronfondissement, je me base juste sur le texte de Quinn, c’est peut être assez léger. Mais en tout cas il a touché quelque chose en moi, et je vais essayer de voir si je peux pas en faire une grille pour classer les interventions permacoles entre “bonnes” et “néfastes” (enfin, entre celles que je voudrai appliquer et les autres). A suivre.

    Effectivement s’il est éco-anarchiste, il le cache bien, je n’ai pas d’indices là dessus.

    Le texte sur Anthropique est très bon oui, j’ai aimé son idée de distinction entre permaculture et agriculture basée sur le laisser-faire au niveau de la succession végétale.

  5. autre lien (si tu n’es pas encore tombé dessus) :
    http://forum.decroissance.info/viewtopic.php?p=28265

    Je trouve que Daniel Quinn ne dit pas des trucs très avisés s’agissant de démographie humaine (dumoins ce qui en apparait sur http://en.wikipedia.org/wiki/Daniel_Quinn)

    il ne resterait plus que des super prédateurs, des super plantes ou des super microbes alors que dans la réalité on voit des millions d’espèces différentes.Je ne pense pas, il y a des équilibres entre les mangeurs et les mangés de différents niveaux. Prenons des loutres qui mangent des oursins qui mangent des algues. Si tu en enlèves les loutres, paradoxalement il y a beaucoup moins moins d’oursins qu’avant, car en proliférant ils auront diminué la quantité d’algues (exemple étudié en Colombie Britannique).
    Il y a aussi des mangés exterminés par l’espèce humaine, et ce avant l’apparition de l’agriculture. C’est en tout cas ce que dit Jared Diamond (dans “le troisième chimpamzé”) avec des exemples en Amérique du Nord (si je confonds pas) et en Polynésie.
    Donc si avec l’agriculture il y a effectivement des choses qui ont empiré, ce n’est pas pour autant que l’harmonie régnait auparavant.

  6. Koldo, lis Quinn et on en rediscute. Personnellement je trouve son discours sur la “course à la nourriture” très avisé.

    Quinn a écrit beaucoup de choses et inspiré beaucoup de monde. Le fait que la moitié de l’article de wikipedia se focalise sur cette controverse en dit long sur son côté dérangeant: non seulement il prétend que la civilisation n’est pas une bonne chose, mais en plus il affirme que nous faisons erreur de vouloir produire de la nourriture à n’importe quel prix. Ce prix étant l’agriculture, puis la révolution verte, puis demain, la culture OGM, et après demain peut-être “Soleil vert”.

    Si je vais aujourd’hui sur la page de Monsanto.com je lis en gros sur leur logo animé: “Produce more – helping farmers meet the needs of a growing planet”, c’est exactement l’inverse du message de Quinn, la “stratégie” de Monsanto, et du monde moderne en général, va à l’encontre du comportement naturel de toute espèce: plus il y a manger, plus elle se développe. Plus nous inventerons des moyens de produire du surplus, plus notre population augmentera, et ainsi de suite. Ce processus entraine fatalement surpopulation et destruction de ressources.

    Quinn a encore suggéré qu’en fait nous “exportons” notre croissance démographique. Nous le faisons en vendant nos surplus alimentaires subventionnées au pays du tiers monde, détruisant au passage leur agriculture locale. Cet apport externe de nourriture leur permet de faire croitre leur population, mais bien sur au-delà de ce que leur système peut soutenir, forçant donc les gens à émigrer ou à se battre pour les ressources restantes, émigration qu’en général nous refusons.
    Alors oui, les idées de Quinn sont dangereuses car elles mettent le doigt sur une de nos pires aberrations.

    Avec l’agriculture, les choses n’ont pas empiré, elles ont complètement dégénéré. Les agriculteurs n’ont peut-être pas le monopole de la bêtise, comme le suggère J.D., mais l’extinction des mammouths ou des tapirs géants ne met pas en péril notre avenir de la même manière que l’agriculture le fait, ou l’a déjà fait localement.

    A part ça, le fil sur decroissance.info et les liens qu’on y trouve (textes sur anthropik et Jared Diamond) vont dans le même sens il me semble.

    PS: pour la compétition on est d’accord: on se bagarre un peu pour les ressources mais on n’extermine pas systématiquement tous ses compétiteurs, enfin c’est ce qu’on devrait faire.

  7. Koldo: Eh beh t’étais tombé sur ces liens il y a deux ans, on a du retard :)

    Qu’est ce que tu ne trouves pas avisé dans les propos de Quinn sur la population ?

    Je ne dis pas qu’il n’y avait pas d’extinction avant l’agriculture. Des espèces disparaissent, c’est la loi de la Nature. Dans les cas que tu cites, je pense que c’est “juste” du à l’introduction d’un nouveau prédateur (l’Homme) dans des endroits ou les espèces ont évoluées sans eux (ex: les Amériques). C’est un évenement perturbateur. Là où je trouve que c’est différent avec l’agriculture, c’est que c’est une destruction sur le long terme : on s’installe, on dénie la nourriture aux autres animaux, on extermine ce qui mange notre nourriture. C’est une extermination qui ne concernen plus une relation chasseur/chassé.

    M’enfin je m’y connais pas plus que ça, je vais essayer de lire le bouquin de Pelt sur le sujet.

  8. Plus nous inventerons des moyens de produire du surplus, plus notre population augmentera, et ainsi de suite.
    Je n’ai pas l’impression que ce soit aussi simple. Voir la population humaine comme un ensemble qui produit beaucoup de nourriture et qui a une forte natalité me semble masquer deux réalités différentes. Dans le cas de la population humaine on a les pays riches qui n’ont pas de problème d’approvisionnement alimentaire (jusqu’à présent) et des taux de natalité faibles, et les pays pauvres où les gens font globalement plus d’enfants alors que leur accès aux ressources alimentaires est moindre.

    Quinn a encore suggéré qu’en fait nous “exportons” notre croissance démographique. Nous le faisons en vendant nos surplus alimentaires subventionnées au pays du tiers monde, détruisant au passage leur agriculture locale.
    D’après ce raisonnement, si on ne fait pas plus d’enfants dans les pays riches c’est parce-qu’on exporte nos surplus et que du coup on n’a plus de quoi y nourrir d’autres personnes? Et inversement, si on en fait beaucoup dans le Tiers-Monde c’est du fait de l’abondance de nourriture qui s’y trouve?
    Ou je n’ai peut-être pas bien compris quelque-chose.
    Par ailleurs cette “exportation” de croissance démographique potentielle oublie que si les pays riches vendent des surplus alimentaires aux pays pauvres, ils utilisent quand-même beaucoup des ressources de ces mêmes pays pauvres, avec un bilan en faveur des pays riches. Voir le film “le Cauchemar de Darwin”, la situation qu’il décrit n’est pas un cas isolé.

    Cet apport externe de nourriture leur permet de faire croitre leur population, mais bien sur au-delà de ce que leur système peut soutenir, forçant donc les gens à émigrer ou à se battre pour les ressources restantes, émigration qu’en général nous refusons.
    Là aussi, je crois que c’est moins simple. L’accroissement de la population est lié à ce que les démographes appellent la transition démographique. On considère que la baisse de la mortalité (notamment de la mortalité infantile) dans les populations humaines fut liée à des progrès dans l’hygiène (eau potable, etc.), car on mourait plus de maladie que de faim. Ce qu’on appelle la transition démographique est la phase pendant laquelle la natalité est encore forte alors que la mortalité a baissé. C’était le cas de l’Europe pré-industrielle, de l’Amérique Latine au XXème siècle, et de l’Afrique subsaharienne actuellement.
    Dans beaucoup de sociétés paysannes, une fécondité forte tient lieu d’assurance : avoir des enfants constitue une aide pour les vieux jours, en faire beaucoup tend à contrebalancer une forte mortalité infantile. Quand ces usages sont ancrés dans les moeurs depuis des générations et que la mortalité baisse, il y a un certain “délai d’acculturation” avant que la fécondité baisse à son tour, et c’est dans ce délai que la population augmente (à cela il faut ajouter le poids de la religion : une intervenante du forum SV racontait qu’au Québec dans les années 50-60 une femme mariée n’ayant pas un enfant par an était mal vue). Mais même avec des surplus alimentaires la natalité finit par baisser après ce délai d’acculturation (et je dirais que si elle ne baisse pas dans le “Quart Monde” c’est parce-que la vie y est encore précaire). Si ce n’était pas le cas on aurait encore 7 ou 8 enfants par femme en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord.
    Bref ce n’est pas juste la quantité de nourriture qui fait croître la population humaine, et je trouve que Quinn n’a pas assez fouillé cette question. C’est dommage parce-que sur d’autres questions ses analyses sont intéressantes (par exemple le concept d’agriculture totalitaire).

  9. “D’après ce raisonnement, si on ne fait pas plus d’enfants dans les pays riches c’est parce-qu’on exporte nos surplus et que du coup on n’a plus de quoi y nourrir d’autres personnes?”

    Je n’ai jamais dit ça, il est évident que si la natalité baisse dans nos pays, ce n’est pas par manque de nourriture.

    Je constate simplement que la population mondiale continue de croitre, ainsi que celle de mon pays, à cause d’une forte immigration, et que nous produisons de plus en plus de nourriture.

    Le seul point sur lequel je suis d’accord avec toi est que les choses ne sont pas simples.

    Nous en rediscuterons en 2050, nous aurons certainement plus de recul.

  10. (le billet et les commentaires ont été malencontreusement effacés, puis récupérés (merci Zelda et Juliette), ce qui explique les bizzareries)

  11. bonjour
    suite au lancement de la traduction du 16 pages de David Holmgrem, le directeur de son site internet m’a envoyé une traduction déjà faite en mars 2004 du fascicule de 16 pages !!

    La personne demande si je peux la vérifier, car elle n’a pas eu d’explications de la part des 3 traducteurs, notamment pour savoir si la traduction est complète et suffisante pour être diffusée.

    En premier j’aimerai voir si vous pouvez m’aider à retrouver nos 3 traducteurs ! :-) peut-être ont-ils déjà amélioré leur version !

    Donc connaissez-vous :
    Frédéric Bouchard
    Alexandre Gilbert
    Louis-Martin Guénette

    A+,
    Richard

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